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			, ' I 


ROCZNIK 
O RJENT ALI STYCZNY 


WYDAJE 
POLSKIE TOWARZYSTWO 'ORJENT ALISTYCZNE 


Z ZASILKłEM 
MINISTERSTWA W. R. i O. P. 


TOM VIII 
(1931-1932) 


LWÓW - 1934
		

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			ROCZNIK 
ORJENTALISTYCZNY 


WYDAJE 


POLSKIE TOWARZYSTWO ORjENT ALISTYCZNE 


Z ZASłŁKłEM 


MINISTERSTWA W. R. i O. P. 


TOM VIII 
(1931-1932) 


LWÓW - 1934 


II'
		

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			AO
 51 G( 'I 


.... 
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 c0 -I e /l;1 
1t. 
/
 
 
Drukarnia Naukowa, Lwów, ul. Ormiańska ł. 8 - Telefon Nr. 53-10
		

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			Spis rzeczy. - Table des matieres. 


Artykuły. - Articles. 


1. DE LA V ALLEE POUSSłN L. KotRS sur le 'momelIt' ou k{ia'l}-G des 
houddhi.,tes . . . . . . . . 
2. DE LA V ALLEE POUSSIN L. Les tl"ois ou quatre viritis des brah- 
1I1anes . - . . . . 
3. PRZYLUSKI J. Bautriintika et Dr"ir:,{rintika . 
4. PRZYŁUSKI J. ])n'a et asum 
5. WILLMAN-GRABOWSKA H. Le chien daJ/s l'Avesta et dans les 
Virlas . . . . . - 
6. SCHAYER S. Kamala/mas Kritik des Pudgalaviida . 
7. KURYŁOWICZ J. Un archa'i8me de la conjugaison -indoil-anienne 
8. l\'IILEWSKł T. Quelqucs relllm-ques sllr la laugue hittite 
9. NłKITINE B. P. [Tne opologie kurde du sunnisme 
I. Introduction 116-132 
II. Texte kurde . 133-147 
III. Glossaire kurde-persan . 147-14R 
IV. 'l'raduction . . . . . . 149-160 
10. ZIMNICKI W. Jar/yk JJ.[aksud ben Selamet Girej chona z r. 1767 
Le yarl'ik de Maksoud ben Belamet Gira';, khan de Crimie 
(Resume). . _ _. ..... . . . . . . . . . . 
11. SZAPSZAŁ S. Znaczenie opisu porlró=y Ewlija Czelebiego dla 
dziejów Chanatu Krymskiego . . . . . . 
Eu:liya Tchelebi, sur le Khallat de CI'imie (Resume). . 
12. ZAJĄCZKOWSKI A. Przekład Trclló1c Jere1//jasza u' ;narze(-zu 
trocko-km-ai mskiem 


Sprawozdania. 


Comptes rendus. 


1-9 


10-13 
14-24 
25-29 


30-67 
68-93 
94--101 
102-115 
116-160 


161-166 


166 


167-180 
180 


181-192 


l. PRZYLUSKI J. M. Lalou, Iconographie des etoffes peintes (pa/a) 
rlans le ManJuśrimiilal.-alpa. . . . _ . _ . . . . . . . . . 193-19-1
		

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			IV 


SPIS RZECZY 


2. SŁUSZKIEWICZ E. .LV. 11. Dutt, Origin mul Grou-tlt o{ ('aste 
in India, I 194-195 
;
. KOTWICZ 'V. 1. ]{luk-in, The most um'ient .tlongolian Insl'rip- 
tiou Olt the Ilharkhim (Chingis Khun) Stone . 195-197 


Kronika. - Chronique. 


1. Prof. J. Przylusld w Wanzawip (K. REGAMEY) 
2. Prace E. Pielmrskiego . 
3 Odkrycie prof. A. Fl'eimana 


198-199 
199 
200 


Nekrolog. - Necrologie. 


Ks. Bogdan Dawidowicz (S. DONIGIEWICZ) . 


_ _ _ _ . 201-202
		

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			LOUIS DE LA V AL LEE POUSSIN 


Notes sur le 'moment' ou ksana des bouddhistes l). 


a. Les sources piUies sont pauvres ou peu techni4ues. On 
peut citer Anguf/ara IV, p. 137 et I, p. 10: "La riviere ne 
s'arrete pas: ił n'y a pas de khal) a, de laga, de mŻlhulla ou 
la riviere s'arrete: de meme le flux des pensees..." 
"Seize moments de pensee naissent et perissent pendant 
que dure un Dharma materieI 2 ). Aucun exemple ne peut donn er 
une idee de la brievete de leur temps. Aussi Bhagavat a dit 
qu'ił ne voit aucun Dharma de 'revolution' aussi breve (laghu- 
parivatla) que la pensee. 
b. Les sources Sarvastivadins sont le mysterieux Ś:rrdilla- 
ka17}.avadana (ou Mafa/lgasillra, Divgavadana, p. 642-643, ou 
on a: 120 lalk
al)a = 1 lava), la Lokaprajiiapfi (fol. 556, som- 
maire dans Cosmologie bouddhique, 1918, p. 309), Vibha
a, ca- 
hier ] 36; Abhidharmakośa III, 88, trad. III p. 179, II 45-46 


1) Notes Bouddhiques, 19 et 20. Voir Bulletin Academie Belgique. 
Sur Je probleme du temps, STCHERBATSKY. Thforie de la connais- 
!lance... Musee Guimet, 1926; WESENDONK. Kiilw;iido ond Zervanite system, 
JRAS, 1931, 57 -67. Pour les Sarvastivadins, le temps, c'est les cinq 
skandhus, c'est-a-dire Jes choses memes qui f'ont passees, presC'ntes, 
futures; non pas l;iprayuktllflU1!lSkiira, llne certaine entite inconsciente, 
associee a la serie menta"le, I{ośa, I. 12, III. 188, IV. 62, V. 52; mais cer- 
taines ecoles (Darętantikas et Vibhajyavadins) font du temps llne chose 
en soi et eterneIle, Vibhii,wi, cahier 135, ćd. Taisho, p. 701. col. 1. 
2) Dhanl1a se traduit assez bien 'chose'. Les dhar11las sont Jes pe- 
tites entites materielles dont l'ensemble constitup le 'monde receptac1e', 
les petites cntW\s mati'rieIles et immat.i'rielles qui constitupnt Jes etrps 
vivants. TTu moment de cOllJellr, de son... une pensee, une s('ns:
ti()Jl . . 
autal1t de dhanl/os. L'espace et Je Nir v al.1:J. sont 
lUssi des dharJllfls. 


ROCZDik OrjeDlaliatycony, VIII. 


l
		

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			2 


LOUI
 DE LA V ALLEE PO\JSSłN 


(theorie des lak
a1Jas), trad. p. 232; IV, 2-3, trad. p. 4, et 
SAftłGHABHADRA aux memes endroits; Ngagavarllika, 418; Talt'Ua- 
saT1)graha, 142. 


1. L e k 
 a '!- a, m e s u r e d u t e m p s. 
Chez les Sarvastivadins, on a: 
120 k
U1.zaS = 1 tatk
a1Ja; 60 tatk
U1.1aS = 1 lava; 30 la- 
vas = 1 muh'lrta, heure; 30 muhartas = 1 ahorlilra, jour 
et nuit; 30 ahorlitras = 1 masa, mois; 12 masa s, plus les 
anarlitras, ou jours a omettre pour faire concorder les mois 
lunaires avec les mois de trente jours = 1 saT1)vatsara, 
annee. Donc: 
k
a1J1l == 0,013333 seconde; 
tatk
a1Ja = 1,6 seconde; 
lava = 96 secondes = 1,6 minute; 
muharta = 48 minutes. 
A voir les nombreux system es, MANU, Vi
1Jupura,!-a, Kau{i- 
lIga, Sargasiddhlinta, MAHAVIRA, SODHARA, BHASKARA (Tableau dans 
BARNETT, Antiquities oj lndia, 1913, p. 218 et Bakhshall Manu- 
scrlpt by G. R. KAYE, Arch. Sur. lndia, New Imp. Ser., vol. 43, 
1927, p. 59), on constate que la definition: "muharta = 48 
minutes" est generale. La kala de Manu- Vi
1JUpllra,!-a est de 
96 secondes et correspond a notre lava (le lava de Kau{ilrga 
est de 0.12 seconde). Pour le reste, grande diversite. 


2. L e k 
 a 1J a, t e m p s m i n i m u m. 
d e l a V i b h a s a. 


Expl ications 


On essaie de definir le k
a,-za, non plus en partant de 
l'heure (muharta) ou de la minute (laga, lava) , mais en le 
considerant com me la limite (parganta) du temps, le temps 
minimum, comme l'atome (parama1Ju) est la limite de la ma- 
tiere, l'element materiel ind i visible. 
Vibha
li, 136, p. 700. 
Quelle est la mesure du k
a1Ja? 
II Y en a qui disent que, d'apres la Prajńlipti, une fileuse 
d'age moyen, qunnd elle tord les fiJs, touche (teou-.seou, 6i et 
4, 64 et 15) le fil ni long- ni cQurt: le tern ps de cette manoeuvre,
		

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			NOTES SUR LE 'MOMENT' pES BOUDDHISTES 


:3 


c'est la mesure du tatk
alJa 3). Ce texte ne veut pas dire que 
le fil soit court ou long; mais seulement que, le fil sortant 
d'entre les doigts, le temps du contact (ou de la sortie) est 
un tatk
alJa. 
Mais, dira-t-on, nous interrogeons sur le k
alJa; pourquoi 
citer la Prajńapti sur le tatk
alJa? 
Parce que, au moyen du grossier, on donn e une idee du 
subtiI. Le subtil est rlifficile iŁ connaitre. On dit donc: ,,120 
k
alJas fant un latk
alJa; 60 tatk
Ul.1aS fout un lava qui vaut 
donc 7203 k
a1.zas; 30 lavas font un muhurla qui vaut done 
216,000 k
-aT}-as; 30 muhilrlas fant un jour-nuit, qui 'aut don c 
6,480,000 (soit 6,500,000 moins 20,(00). Le corps formć des 
cinq skalldlzas n'arrete pas de naHre et de perir pendant 
ce jour-nuit". 
Ił Y en a qui discnt: "Ceci est un calcul grossier; ce 
n'est pas la mesure du k
al.1a. Voici mon opinion: 64 k
alJas pas- 
sent dans le temps qu'un homme fort fait claquer les doigts" 4). 
Ił Y en a qui disent: "Non; d'apres moi, deux hommes 
forts tirent et rompent des fils de Bćnares: le temps de la 
rupture, c' est le k
Ql.1Q". 
Ił Y en a qui disent: "Non; d'apres moi, deux hommes 
tiennent tendus des fils de Bćnares et l'un d'eux les tranche 
avec un dur couteau de Chine bien affilć: Ie temps de la 
ruptiIre, c'est le k
alJa". 
Ił y en a qui disent: "Ceci encore est grossier. Telle 
n'est pas la mesure du k
alJa. La vraie mesure du k
alJa, Bha- 


3) Cette definition de la PrajiziijJti nous est connue dans l'original, 
ŚardUlakarl).a, ])i1Jya, p. 644: tadyathii striyii niitidirghaniitihrasvakartinyiil! 
sutrodyii/lw et'a/,n dirgha.
 t(/tk
-a
wb.. Ni le p.hiuoi8 ni le sanscrit ue sont 
faciles a comprendre. 
4) L'original est C011llU par ]J.-liidhya1llakllvrtti, p. 547: balrwatl'Unl{iiic- 
chll iimiitrel.w pa;wn;'-a!l!ih k,
(/nii atila-iimantUipiithiit. 
La Vibhr7ęii a 64, SA
GHABHADRA (ci-dessous p. 1. 6) a 65. 
V ASUBANDHU (Kośa, III, p. 178) cite cette definiiion comme cp.lle 
des Vaibll9.ęikas; ił a 65. 
Mahiivyutpatti,253, 10, (tc(:ha!iisa11tghiitumritm; de me me Divya, p. 142, 
11: "Qui pensera au Bouddha, ne flit-ce que la duree d'une.. .". Ibid. 
p. 555, 21: "I<: veille par le bruU (ł'une al'chalii". 
J\lihne emploi de archa/'ii, ac('hariisa-mghJ.ta, rHerences RHYS DAVIDS- 
STEDE, dont les explications etymologiques n'elllpOl'teIJt pas la cOllvictioll. 


1-
		

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			4 



ovw. 
)J;: LĄ v ALLtE POU!,\
IN 


ićsy.at ne r a pa,$ dite. <:::omment sąv
ns-nous cela? Par Ie Só- 


 qui dit: Un cęrtain bhik
u vint aupres de Bhagavat, le 


lua, se Hnt de cote. et dewanda: "Combien vite naissent et 
perissent les 'facteurs vitaux' (ayul}sa11}skara, Kośa, II, J? 122)?" 
ęhagavat 
e.pondit: "je pourrais l'enseigner; mais 
ąus ne 
pourriez comprendre". Le bhi

u clit: "N'y a-t-il pas une com.- 
I?
raison qui en donne unę idee?" Bhagavat repondit: "Je vais 
yous la dire. Supposez quatre bOM archers place s ił cote l'un 
de l'a
tre et faisant face aux quatre points cardinaux 5). Vient 
un hororoe alęrte qui leur dit: "Tirez en meme temps: je suis 
capable d'arreter les quatre fleches, qui ne tomberont p
s sur 
lę- &01". Qu'en pensez-vous, cet homme serait-il vraiment ra- 
pide pour faire cela?" Le bhik
u repondit: "Ił serait tres ra- 
pide". Bhagavat reprit: "Sa rapidite n'approche pas de celi e 
des Yak.
as terrestres; la rapidite de ces Yak
as n'approche 
pas de la rapidite des Yak
as de I,'atł:nosphere (vihayasagąmin); 
la rapidite de cęs Yak?as n'approche pas de celłe des dieux 
des. Quah:e Grand!! Rois; la rapidite de ces dieux n'approche 
i?,'!-s de' 
e)ie des roues du soleil et de la lune; la rapidite <;lę 
ces roues n'approche pas de celłe des devaplItras dits c!.rcJJzą- 
/{amin, le.s dieux qui conduisent. les chars de ces roue
. La 
\{it
;&s.e t9,ujours accruCf d.e
 dj,łrpx en succession au delił de 
cęux-ci, la. vites!'e de la najs!"ance et de la destruction des 
\. I. .. .\ .. . . ...... 
facteurs vitaux est encore plus vite. ł..
. flux de.
 k
a1J-,ą
 n,e_ 
s'
rrete pas". - Nou!\ savonsparcetexteque ęhagavat, n:a pas 
dit 1ft vraie mesure du k
a1J-a. - PQurquoi l}'a-t-i1 pas dit aux 
autres la vraie mesure du ksana? - Parce qu'aucun etre n'est 
capable de la comprendre.
' Śariputra n'est-il pas capable de 


5) C'est une recension du Sutta de Samyutta, 11, p. 265: cattliro 
cla!'wdhammii dltanuggtlhii. .. - On a: "vitesse (java) de l'homme qui arrete 
les fleches; vitessp. des lune-soleil: vitesse des devatris qui courent 
devant les lune-soleil". Dans la citation d'AtthasiJ.Uni, p. 60: "Titesse 
du dieu Yama qui court devant leB lune-soleil". 
Dans notre texte: l. Yakęas terrestres, ti-lting (clef 32 et 3, clef 
144) = p'[thivicara, bhumicara, bhułnigiJ.min (?), sans doute les bltaumas de 
T:"y'utjJatti, 156 ; 2. Yak1]as de l'atmosphere, kong-ldng (clef 116 et 3), traduit 
par vihiJ.ya,
ag..lJtif/, V!/utpatti 126, 54; Hans doute Il's antarikłavilsin de 
Vyutpatti, 156; 3. Deyaputra kien-king (dpf 32 et 8), peut-etre dn1hagiJ.min. - 
..Conduire" = tao-in (cIef.H et 13,57 et l), 
oIlduire-guidel'; puro d1tJ."ati. 
..
		

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			NOTES SUR LE 'MOMENT' DES B;;UDbHI
TES 



 


lA compreótłre? - Ił en est capable. Mais tetł
 t:onnaiśsand
 
est sans utilite. C'est pourquoi Bh
gavat he l'a pas enseigh@b; 
car le Bouddha n'enseigne pas en vairt. 


3. L e k 
 a 1) a, t e łń p g m i n i m u m. 


S a u tr a rl li k ;! Ś. 


a. V ASUBANDHU, Kośa, III. 85 (trad. p. 177), suivant id l'opi- 
nion des Sautrantikas, du moins c est probabie, donne_ deux 
definitions du k
a'l}a: "Les conditions etant reunies, l'instant 
dans lequel un Dharma obtient son etre ou sa "nature pro- 
pre" (atmalabha)", et: "Le temps dans lequel un Dharma en 
mouvement se deplace de la mesure d'un atome". 
Pour la seconde explication, qui decrit l'infiniment petit 
de la duree en fonction de l'infiniment petit de l' etendue - "Le 
k
a,!-a n'a pas une partie anterieure et une partie posterieure, 
comme l'atome n'a pas de parties spatiales" - compar er Ja de- 
finition toute pareille que les sources jainas (Tałtvlirlhadhi- 
gama, j. de Soc. Or. Allemande, t. 40 (JACOBI), et GaTJilasara- 
sany.graha, Madras 1912, I. 32, cites Abhidharmakośa, III, p. 
178, note) donnent du samaya qui est le k
aT}a des jainas: ił 
faut un nombre infini de samayas pour faire une avali ou iiva- 
likti qui est la plus petite duree appreciable. Pour le sam aga, 
on a: paramasfik
makriyasya sarvajaghanyagatipari'l}alasga 
paramal}0l) svavagahanak
elravyalikramakalal} samaya ili : 
"Die Zeit, die ein Atom in langsamster Bewegung gebraucht, 
um sich um seine eigene K6rperlange weiter zu bewegen" 
(JACOBI); et: a'l}ur a'l}vanlarany. kale vyalikramali yavali I sa ka- 
laIJ- samago 'sany.khyail} samagair avalir bhavel: "The time in 
which an atom (moving) goes beyond another atom (immedia- 
tely next to it) is asamaga. . ." (M. RANGAcARYA). On doute si 
a'l}vanlara signifie "un autre atome"; pluto t "l'intervalle, l'eten- 
due d'un atome". 
La premiere explication est refutee par SA
GHABHADRA 
(32, p. 521) qui, apres avoir cite le "Sautrantika" (=V ASUBANDHU) 
dit: "II faut considerer si un Dharma, avant de naUre, possede 
ou ne possede pas sa "nature propre" (lilmabhliva)6). D'apres 


6) Les SarV!1stivadiJlH, ..qui affil'ment I'existence de tout", cl'o1ent 
a l'existence cłu passe et du futuro Si notre acte ancien n'existait pUls,
		

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			6 


LOUIS DE LA V ALLEE POUSSIN 


les A.bhidharmikas, le concours des conditions fait que le 
Dharma obtient la naissance, non pas qu'il obtient sa nature 
propre, qu'il possede en effet avant que de naltre. - Mais alors 
a quoi bon la naissance? Au moment du concours des condi- 
tions, la nature propre existe deja; mais les conditions font 
que le Dharma [qui est cette nature propre] arrive a l'etat OU 
ił devient "cause projetant son fruit"; ou, en d'autres termes, 
il produit une eminente activite. Quand cette activite produc- 
trice du fruit a cesse, le Dharma est nomme "passe". - Pour- 
quoi, dira-t .on, le Dharma futur n'a-t-ił pas cette activite?- 
L'objection est futile. C'est comme si on objectait: Pourquoi 
le Dharma futur n'est-ił pas nomme "present"? je dis que le 
Dharma qui est actif est "present." - Pourquoi adopter cetle 
doctrine de l'existence de la nature propre des Dharmas dans 
le passe et le futur? Parce que les autres doctrines se heur- 
tent ił d'innombrables textes et arguments. Nous expliquerons 
ce probleme lorsque nous traiterons du temps (V. 25). Donc la 
mesure du ksal}a proposee par le Sautrantika n'est pas admis- 
sible... D'apres les A.bhidharmikas, du point de vue de la 
verite vraie, la mesure du k
al}a que durent tous les Dharmas 
peut etre indiquee par des excmples. Mais lc Bouddha Bha- 
gavat ne l'a point definie, parce ąu'il ne voyait personne qui 
pUl la comprendre. Toutefois, dans le but d'instruire le s ćtu- 
dian ts, on peut avoir recours a des comparaison.'-; par exem- 
pl e: "Soixante-cinq k
a1Jas passent dans le temp s qu'un homme 
fort fait claquer les doigts". 
b. VASUBANDHU signale une troisieme explication (Kośa, IV, 
p. 11) : i1tmalabhanantaravinaŚł- k
al}aly I sa gasgasli sa k
al}ika 
iti. - Comme k
al}a s'explique souvent par k
aya, on pense 
a corrigcr vinaśaly et a traduire: "Le k
a1J.a est la destruction 
qui se produit immćdiatement apres l'acquisition de l'etre. 
Est dit k
a1J.ika, instantan'-', ce a quoi on attribue le k
a1Ja." - 
Mais la formule Sautrantika est citee Tatlvasan}JJraha, p. 142, 
et commentee: ulpadananlaravinaśisvabha.vo vastunaly k
a1Jaly.: 
"Le k
a1J.a, c'est la nature de la ch os e, nature qui est de pe- 


comment pourrait-il fructifier au cours de llotre vi.... actueJle? D'ailleuI"s 
la pensee Ile peut penser quc de l'existant. - Sm' ceLto doctrine, qui 
p'cst paR 8impJe, KORą, OI13p. Y, p. 50-- r;:;.
		

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			NOTES SUR LE 'MOMENT' DES BOUDDHlsTES 


7 


rjr immediatement apres Hre nee. La cho
'e qUi a cette natu- 
re est dite k
aIJika, instantanee". 
D'apres les Sautrantikas, la destruction est spontanee, ne 
depend pas d'une cause - de meme que la fleche tombe 
(Vibha
a, 20, p. 103, 21, p. 105), de meme qu'une motte de 
terre tom be (Madhgamakavrtli, 222). Elle est donc immediate. 
Aussi bien Bhagavat a dit que les choses ne duraient pas. 
(Vibh
a, 39, p. 201). 
La duree du Dharma sera nulle, puisqu'il perit aussitót ne. 


4. L c k
aIJa d e s S a r v ci s t i va d i n s. 
D'apres V ASUMITRA, Bhagavat n'a pas voulu dire que les 
choses ne duraient absolument pas, mais seulement qu'elles ne 
duraient pas longtemps, qu'elles ne duraient pas au dela d'un 
k
aIJa (Vibha
a, ibid.). 
Le k
aIJa est ainsi nomme parce qu'il est le temps le 
plus reduit (paramanikr
la kala; sarvanlgo hi kalalJ- k
aIJalJ-); 
la periode pendant laquelle, apres un long futur et avant un 
long passe, le Dharma est actif (sakarilra), c'est- a-dire pre- 
sent. Les Dharmas presents, ayant cette mesure d'etat de du- 
rće, sont nommes k
aIJika, momentanes 7). 
Le k
aIJa, qui est donc le moment present, ne se divise 
pas en une partie anterieure, une partie posterieure. Cepen- 
dant il n'est pas simple. Tout Dharma a naissance, duree, mo- 
dification ou vieillesse, destruction. 
Les Sarvastivadins n'entendent don c pas le tenne k
a- 
IJika, momentane, dans le meme sens que les Sautrantikas. 
Non seulement ceux-ci nient l'existence du Dharma passe 
et du Dharma futur, et aussi l'existence des Asarpskrtas (es- 
pace, etc.); il nient encore que le Dharma momentane ait 
naissance, duree-modification, destruction, c'est-a-dire les trois 
ou quatre caracteres que le Rouddha dit etre les caracteristi- 
ques de tout Dharma produit par les causes. D'apres eux, 
quand le Bouddha dit que le Dharma dur e (slhili, avafi
thale), 


7) TattvasU1!!gralw, p. 142: atha k:
at!a8thitikaliifi k
ar:ikalt I sarvantllo 
kii{alt k!,UI.wlt I t((
1I l/e 'vatię[,h.tllte te k;
ltI.tikt;,; I. 
Kolia, III, p. 177: klilapuryantalf k,'lll!((IJ,.
		

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			-s 


LOUIS m: LA VALLEE POUSSłN 


il entcnd que, le moment (k
a1J.a) posterieur ressemblant au 
moment anterieur, on peut dire que celui-ci "est comme s'il 
durait" (avati
!hata iva): le moment posterieur est, pour ainsi 
dire, la durec (slhiti) du moment anterieur. Et ił Y a aussi 
"modification", parce que, dans la duree ainsi comprisc, se 
produit une dissimilitude de plus en plus accusee. 
Les Sarvastivadins, fideles ił la lettre du vieux Siitra, re- 
connaissent au Dharma momentane "naissance, duree-modifi- 
calion ou vieillesse, disparition". lis rencherissent, divisant le 
deuxieme caractere "duree-modification" en deux, duree et 
modification. - La naissance, c'est ce qui fait naitre le Dhar- 
ma; la duree (slhiti), ce qui le stabilisc ou fait durer (slhapa- 
gali); la vieillesse (jara ou slhilyangalhiilva), ce qui le dete- 
riore; la disparition ou impermanence (anilgala), ce qui le 
detruit. 
Ces quatre ne sont pas con
us comme des etats du 
Dharma; ce sont quatre entites, des sa11}-skaras, quJon nomme 
les caracteres (lak
a1J.as) du Dharma, et qui entrcnt en activi- 
te quand les conditions sont presentes. La naissance, plus les 
causcs et conditions exterieurcs, -fait naitre le Dharma; la du- 
ree le fait durer... l'impermanencc le fait perir. Ił est faux 
que, comme l'enseignent les Sautrantikas, le Dharma perisse 
sans cause, par le fait meme qu'il est ne, immediatcment. Ił 
perit par la vertu de l'entite "impermanencc", apres que l'entite 
"dun.'e" l'a fait durer. 
Aussi les Sautrantikas disent aux Sarvastivadins: "V ous 
direz peut-etre que, pour vous, le k
Q1J.a c'est le temps OU 
les quatre caracteres (naissance, duree, vieillessc, imperma- 
nence) du Dharma ont acheve leur action (caturlak
al)akriga- 
p-arisamapli)" (Kośa, ił, p. 232). SA
GHABHADRA ignore cette 
Jigne du [(ośa dans sa refutation du Kośa; mais on a l'impres- 
sion qu'ellc donne unc idee asscz exacte du k
a1J.a des 
Sarvastivadins- V aibha
ikas. 
La discussion des trois ou quatre "caracteres" occupe 
plusieurs pages dans lc Kośa (II, p. 222-237), et dans SAM- 
GHABHADRA (p. 405-412). - Voir aussi la critique de CANDR":"- 
KIRTI dans Madńgamakavrlti, p. 544, et Madhgamakilvalara, p. 
193. Tout n'est pas simple dans ces longues controverses.
		

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			NOTES SUR LE 'MOMENT' DES BOUDDHIST£S 


9 


Mais on ne peut douter que, pour les Sautrantikas, le k
a1)a, 
duree du Dharma, soit une grandeur de temps se rapprochant 
de zero ił l'infjni: le Dharma perit immediatement apres etre 
nej le Dharma-cause produit le Dharma-effet comme un fleau 
de la bal ance monte quand l'autre descendj tandis que, pour 
les Sarvastivadins-Vaibha
ikas, encore que le Dharma perisse 
aussitót ne, ił ne laisse pas de durer: ses naissance-duree-vieil- 
lesse-mort ne font qu'un k
a1)a et on ne peut pas dire: calulJ- 
k
a1)ikarr vaslu "la chose dure quatre k
alJas"j mais ces qua- 
tre ne sont pas simultanes bien que le k
alJa ne soit pas di. 
visible, n'ait pas un avant et un apres. En d'autres termes, le 
temps est discontinu et fait de k
alJas, comme le corps etendu 
(rapa) est fait d'atomes. 


Bruxelles, Hivrier 1931.
		

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			LOUIS DE LA V ALLEE POUSSIN 
Les trois OD quatre veriłt'5s des brabmanes. 


1. On lit dans Angullara, 11, p. 167-177, le sermon que 
fit Bhagavat a de nombreux et "bien connus" (abhińńata 
abhińńata, ("well known"?) religieux errants (paribbajaka) , 
l 
leur tele Antabhara, Varadhara et Sakuludayin, installes dans 
l'hermitage (arama) des Paribbajakas sur la rive de la Sappini 
ou Sappinika, sur les "verites des brahmanes" , brahma,!-asacca. 
Quelles sont les verites des brahmanes? se demandaient 
ces gens. Bhagavat leur dit: "Ił y a, Ó Paribbajakas, quatre 
verites des brahmanes, que j'ai personnellement decouvertes, 
rćalisees, per
ues. Quel!es sont ces quatre? Le brahmane parle 
ainsi: "Tous les etrcs sont ignorance (sabbe pa1)a avijja li), 
parlant ainsi, ce qu'il dit est vrai, non pas faux. II ne pense 
pas POUI" cela qu'il soit un brahmane, un religieux, meilleur, 
egal, inferieur. [C'est-a-dire, ił ne con
oit aucune des formes 
du mana, orgueił au sentiment-du-moi]. Mais ayant decouvert 
cette verite, il est parte a la pitie, a la compassion a l'endroit 
des Ctres".- De meme le brahmane dit: "Tous les plaisirs (kama) 
sont impermanents, douloureux, perissabies", "Toutes les exis- 
ten ces sont impermanentes, douloureuses, perissabies", et par 
ces deux verites, ił est porte au degoiit, au detachement, a la 
destruction des plaisirs et des existences". - Enfin: Le brahmane 
parle ainsi: "je ne sui s nulle part, de personne, quoi que ce 
soił; il n'y a nulIe part quiconque, quoi que ce soit, qui soi t 
de moi (ou mien). II ne pense pas pour cela... Mais ayant 
decouvert cette verite, ił est porte dans le chemin de rien-que- 
ce-soit (akirr-cańńam eva pa!ipada,!l palipClnno holi").
		

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			LES TROIS OU QUATRE VERITFS 


11 


2. Un des fragments d'Idykutśari, bien edite et commente 
par PISCHEL, Seances de l'Academie de Berlin, 5 mai 1904, p. 
817, 818, 825, contient la replique sanscrite de ce sermon. Le 
texte presente de facheuses lacunes. Mais on voit qu'ił traitait 
de trois verites; que la scene est fixee "au bord de l' etang 
Sumagadha". La definition sanscrite de la troisieme verite 
perm et d'amender la recension palie de la quatrieme verite 1). 
3. Vibha
a (cahier 77, p. 400, col. 2) cite une redaction 
ou trois verites correspondent, dans l'ordre, aux verites 1, 4, 
2-3 de I' Angullara. Comme dit le Sutra: "Les Parivrajaka- 
brahmal)as ont trois sortes de verites des brahmanes. Quelles 
sont ces troi s ? II Y a des Parivrajaka-brahmal)as qui disent: 
"Aucun Hre, ił ne faut lui faire mai". Ce qu'ils disent ainsi, 
c'est vrai, non pas faux. C'est ce qu'on nomme la premiere ve- 
rite des brahmanes. - Encore, il y a des Parivrajaka-brahmal)as 
qui discnt: "Je ne suis pas de lui (OlI de cela); ił (ou cela) 
n'est pas de moi". Ce qu'ils disent... la deuxieme verite des 
brahmanes. - Encore, il y a des Parivrajaka-brahmal)as qui di- 
sent: "Tous les dh<1rmas qui sont produits sont des dharmas 
qui perissent"... Cest la troisieme veritć des bri:.ihmane
". 
3. La Vibha.
(i1 eXLlmine ce qu'il faul entendre par "les brah- 
manes" et par leurs verites. "L'intention est de parler des 
Parivrajaka-tlrthikas qui sont nomme.; brahmanes. Oans ce 
qu'ils disent, les troi s qui precedent sont vrais; le contraire est 
faux. "Ne pas faire du mai" = ne pas tuer. - "Je ne suis pas 
de lui" = Je ne dćpends pas de lui; ił ne depend pas de 
moi. - "Tous les dharmas qui 50 nt produits..." = tout ce 
qui nalt va a la destruction (nirodhapralisara,!-a)". 
"O'apres d'autres, on Ilommc "brahmane" celui qui reside 
dans le Oharma du Bouddha. Les troi s susdits sont vrais. C'est 
en opposition avec les Tirthikas que le Bouddha dit ce Sutra. 
II y a des Tllthikas qll
 se disent vraiment brahman es et qui 
cependant, dans les sacrifices, tuent boeuf et mouton; qui rć- 
unissent et melent toutes sortes d'animaux et les privent de la 
vie. Le Bouddha, en opposition, dit que celui qui nuit a autrui 


1) On a: evam ahur na mama kva cana kaś Cllua ki
1! Clll/l/m asti; 
con'cspondant au p:Ui: evmn aha ndha
n kva C(tnlł ka88a ci ki
11 ("mWI!1 
tasmi'ł!! na ca mama lwa rU11a k(fttlw li ki
n nt/Uli!! lIa/ilu/i.
		

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			12 


tbUIS DE LA VAU.EE POUSSlł-I 


n'est pas vraitf1ent l1ń brahtfiane. L
 vrai brahmane ne nuit pas 
aux etres vivants. Ił y a des Tlrthikas qui se disent vraimcnt 
brahmanes et qui, afin de renaitre parmi les dieux et tle jóuir des 
plaisirs, observt::nt la vi
 continente (brahmacarga): ils ne sont 
pas vraiment des brahmanes. Le vraiment brahmane observe 
le brahmacarga sans etre attache ił quoi que ce soiŁ. - Ił Y a 
des T(rthikas qui se disent vraiment brahmanes et qui, cepen- 
dant, admettent l'aneantissement ou l'eternite (uccheda-śaśvataJ, 
per\rertissant ainsi l
 chemin d'entre-deux. Le Bouddha, en oppo- 
sition, dit que celui qui admet uccheda-śfiśvata n'est pas vral- 
ment brahmane. Le vraiment brahmane sait que les dharmas 
qui sont produits perissent. Comme ił y a production (samud- 
aga), pas uccheda j comme il y a destruction (nirodha), pas 
śaśvata: c'est le chemin d'cntre-deux". 
En outre, le Su tra veut enseigner l'exercice preparatoire 
aux trois vimok
amukhas j - ou les trois vimok
amukhas (Kośa, 
VlII, p. 187), ou les trois sami1dhis, ou encore les trois skandhas 
(moralite, etc.). 
4. Le texte que commente SA
GHABHADRA (cabier 58; p. 
667, col. 3) differe de celui cite dans Vibhi1
i1. "C'est dans ce sens 
que, aux brahmanes, le Bouddha dił que le vraiment brahmane 
doi t Ctre muni de twis verites: Dire: "Ne pas tuer-nuire BUK 
etres vivants" , c'est vrai, non faux: c'est nommt la prerriiere 
verite. - Dire: "Les dharmas qui sont produits sont des dhar- 
mas qui perissent", c'est vrai, non faux, c'est nomme Ja deu- 
xieme verite. - Dire: "Moi, mien, nulIe part (na kvacana), 
pas de n'importe qui (na kasga cit), pas quoi que ce soit (na 
ki11}- cana)", c'est vrai, non fauxjc'est nomme la troisieme verite". 
Parce que, traditionnelIement, les brahmanes disent que 
le vrai Yogacara (?? si.eou-hing, 9 et 8, 144) possede trois ve- 
rit
s: "Dire que c'est Dharma que de tuer les betes dans les 
sacrifices, c'est vrai, non faux j c'est nomme la premiere verite. 
Dire que le svakrta (?? ki-souo-tso, 49, 63 et 4,9 et 5), [c'est- 
a-dire l'acte] obtient un fruit eterne!... c'est homme la deu- 
xieme veritć. Dire que son corps, etc., depend d'un dieu sou- 
verain... c'est nomme la troisieme verite. - TraditionnelIement 
les brahrnanes enseignent ces trois. On ne peut obtenir la 
delivrance en se conduisant d'apres ces principes. Le Bouddha
		

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			LES TROIS (')U OUA'fRE VERITES 


13 


veut les ecarter. Le mo ode en eHet, couvert par l'obscure ce- 
cite, n'est pas capable de distinguer ce qui est et ce qui n'est 
pas; il accepte le Veda transmis par les brahmanes; ił pense 
que ces trois sont vrais et non pas faux; ceux qui les accep- 
tent et le, pratiquent tombent dans les mauvaises destinees. 
Bhaga vat, plein de pitie, coupe ces vains discours, et ił loue 
les trois principes qu'il enseigne et nomme des verites". 
SA
GHABHADRA, ensuite, etablit les relations entre les trois 
verites des brahmanes, d'une part, et, d'autre part, le chemin 
preparatoire aux trois. 'l)imok
am).lkhas, les trois vimok
amukhas, 
les troi s terres (de preparation, de Śaik
a, d'Aśaik
a), les trois 
skandhas. - Les trois verites rentrent dans trois Aryasatyas; 
donc elles sont paramlirlh.asalga. 
5. II faudrait avoir le courage de decouvrir dans le com 
mentaire de I' AiLgullara le texte qui nous interesse. On verrait 
probablement que la locture des MSS. de MORRIS: sabbe pl1l)a 
avijj"ii li est ioexacte. Le paragraphe se 
ermine par la com- 
passion ił I'endmit des tłres vivants. Dane la lecture sanscrite-: 
"II ne fallt pas faire mai aux etres vivants", s'impose. Donc 
on peut corriger avijjha, avajjhn. 
L.es deuxieme et troisieme verites du te-xte pali distin- 
guent- les kamas et. les bhavas, les plaisirs et les existeoces, 
Ces deux \'erites sont confondues dans la deuxieme verite. du 
Sut-ra de S"AMGHABHADRA. 
Le Siitra de la Vibhl1
li f-aito de la quatrieme verite palie 
(= t-roisieme verite de SA
GHABHADRA)' sa deuxieme veritć. Cet 
arraogemeot est- sans doute iospire par le desir d'etablir une 
relat40n raisonoable eotre les v.er
tes et les vimok
qmukhas etc. 


ĘruJ\:el1e
 ftivri
 19,81.
		

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			JEAN PRZYLUSKI 
Sautrantika et Darstantika. 


La litterature brahmanique oppose couramment śruli a 
s.7l!fi. Le premier terme comprend les textes reveles (Veda et 
Vedanga); le seeond designe la tradition contenue dans les 
Upaveda. Une autre classificatioIl, qu'on trouve dans des 
ouvrages tardifs, a ete etudiee par L. FEER dans l'introduction 
aux Trente-deux ricits du trone 1): d'une part ad!
!lirtha qui 
eomprend Veda, Vedanga, systemes philosophiques, jurispru 4 
dence; d'autre part, d!
!lirtha qui groupe les Upaveda, e'est-a- 
dire ee qui eonstituait jadis la sm!ti. La notion de d!
!a, ce 
qui est "vu" ou eonnu par l'experience, a done empiete sur 
celle de sm!ti. A premiere vue, ił semble que la distinction 
de ce qui est ou non fonde sur l'experience, ait remplaee 
l'ancienne opposition entre Tradition et Revelation. 
Ce ehangement doi t probablement Hre mis au eompte 
d'une nouvelle theorie de la eonnaissanee. Les materialistes 
mettaient la pcreeption (pratyak
a) a l'origine de la connais- 
sanee et refusaient toute valeur a l'intuition (śruti). La per- 
ception (pratyak
a) s'oppose donc a l'intuition (śrut i) : de meme 
d!
!a en regard d'ad!
!a. Ce qu'on trouve dans la classifieation 
des eonaaissances en ad!
!lirtha et d!
!lirtha, e'est done en 
definitive le eontraste śruti et pratyak
a. La substitution de 
ces deux termes aux anciennes categories appelćes śruti et 
smrli marque le progres de la speeulation phiłosophique. Elle 
eclaire en outre une partie de la terminologie bouddhique et 
par suite certains problbnes de l'histoire religicuse et litteraire. 


1) p. XXII-XXVIII.
		

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			SAUTRANTIKA ET DARSTANTIKA 


15 


Dans la pensee bouddhique, la notion de śruli a be au- 
coup plus d'importance qu'on ne le croit generalement. Elle 
explique łe terme si frequent de bahuśruta, rendu litterałement 
en chinois par to-wen "qui a beaucoup entendu". La formule 
initiale des sfitra: eva'?1 maga śruta m ne rappelle pas unique- 
ment la promulgation des textes sacres par ANANDA lors du 
Premier Concile; elle indique que ces textes ont ete reveles, 
que leur ensemble constitue la śru!i 1 bis). Et de meme que 
śruta s'oppose a d!"
ta ou śruli a pratgak
a, le premier terme 
impliquant par rap port au second une connaissance de qua- 
lite superieure, de me me śmti s'oppose a d!"
!i dans łe voca- 
bIllaire bouddhique. Le Niddesa, p. 300, resume une theorie 
de la connaissance en quatre term es : ta1).ha, d;Uhi, suti, ii(1).a. 
011 admettra difficilement avec RHYS DAVIDS et STEDE 2) que 
les trois derniers termes soient compłementaires de ta
lh'l. Ił 
est plus probabie que ces quatre mots doivent etre pris deux 
ił deux et que d;Uhi qui a pour origine le desir (ta1).ha) s'oppose 
ił sui; qui donne le vrai savoir (ńi11).a). Des lors, on comprend 
mieux que pali d;Uhi "vue, opinion" soit souvent employe dans 
un sens pejoratif avec la valeur "opinion non fondee ou fausse". 
Lorsque le mot est pris en bonne part, on est oblige de l'indi- 
quer: samma d;!fh;; cette derniere expression montre qu'it 
l'origine, di!{hi avait un sens neutre et tres generał; l'accep- 
tion "vue fausse" est secondaire. 
L'opposition śruti! d!"
!; pennet peut-etre d'expliquer deux 
term es obscurs qui tiennent une grande place dans les contro- 
verses des sectes bouddhiques. Le memoire de MAS UDA sur 


J biB) II est nai que pour BUDDHAGHOSA suivi pRr les erudits 
europeens (KERN, Manual of Indian Buddllisnt, p. 2, reproduit par de LA 
V ALLEE POUSSIN, Opinions, p. 35), eva
n uW;/jii sutlł-/!/ signifie sm!luwklat 
lla
iggahita1!! (Su-mangalaviliisinl, I, p.31). lVlais cette interpretntioll hlJ
dh'e 
date d'une epoque ou l'on s'inquietait de prouver l'authenticite de
 tex- 
tes en les faisant remonter au Buddha par I'illlermediaire d'A.NANDA, 
beaucoup plus que de le
 egaler aux Vedas. AutremelIt dit,les controverses 
entre Bouddhistes avaient Illodifie la melltalite des docteurs: ceux des 
premiers siecles ćtaient SUl'tout oecupćs de tenir Wte łlUX Bl'ahmulles, 
tandis que BUDDHAGHOSA discute avec des geus qui i'ecunnaissellt 
ł'umni:'('i/:"lIce fiu Butldh:t. 

) liiI-t. ul tI,
 Pali Tr:l:l SVlitfy. 
. v. cli!!hi.
		

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			16 


JI!.AN PRZYLUSKI 


le traite de V ASUMITRA 8) rapporte des traditions qui sont de 
natur e a faire considerer les sectes Dir
tantika et Sautriintika 
comme des subdivisions de l'ecole Sarviistiviidin. A mOn avis, 
ces sectes doivent respectivement leur nom a deux categories 
de textes: dr
flinla et salrlinla. Dr
tlinla est fai t sur dr

a comme 
sllrlinla sur salra. Puisqu'un salra est ce qui a ete "entendu" 
(śruta) ił est probabie que l'opposition dr
tlinla / salrlinla 
repose en definitive sur le contraste dr
!i / śruli. Examinons 
cette these a la lumiere des documents. 


* 


* 


* 


Depuis que H. LODERs a publie les fragments de la 
Kalpanlil1la1J.ą.itika, l'attention du monde savant s'est porte sur 
KUMARALATA, auteur de ce recueił et fondateur de l'ecole 
Diir

iintika. Plusieurs erudits japonais et europeens se sont 
appliques a grouper des renseignements sur cette ecole et 
notamment ceux qui sont fournis par K' OUEI KI, l'un des plus 
celebres disciples de HIUAN-TSANG. On trouvera les principaux 
łextes dans la traduction annotee de la Vijńaplimalrallisiddhi 
par L. de LA V ALLEE POUSSIN 4). A van t d'utiliser le temoignage 
de K'OUEI KI, je citerai la traduction du savant belge laquelle, 
exactement litterale, est une base solide pour la discussion. 
K'OUEI KI, Vasumitra, II, 9 b (Genealogie des sectes): "Le 
commentaire de la Siddhi, iv, 1, 53 b dit que les Sautriintika 
sont de trois sortes: 1. Mula (ken-pen) c'est-a-dire Kumiirata; 
2. Śrlliita; 3. d'une maniere vague (wei-/an) le nomme le 
Sautriintika" . 
Ce texte signifie san s doute que les Sautriintika sont de 
trois sortes: 1. les Mulasautriintika, c'est-a-dire les disciples 
de KUMARALATA ; 2. les disciples de ŚRILATA; 3. ceux qu'on 
oomme Sautriintika sans leur donner une designation plus precise. 
Le commentaire de la Siddhi auquel renvoie le texte 
precedent est un peu plus explicite: 
"Ceux-ci (les Sautriintika) sont de trois especes: 1. Mula, 
c'est-a-dire Kumiirata; 2. Śriliita, qui composa la Saulranlika- 


B) As.ia Major, 1925. 
4) Bwldhica, t. l, p. 221-224: K'ouei ki 8UT leM Sautriintikall.
		

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			SAUTR.i.NTłKA ET DARSTANTIKA 


17 


Vibh7i
li, que SA¥GHABHADRA nomme "le Sthavira"; 3. Ie seu- 
lement nomme Sautrantika 5). Comme le Mtilacarya eomposa 
Ie Kie man louen, le Kouang chouo p'i gu, il fut nomme Dar- 

!antikaearya.. prenant son nom de ee qu'il disait". 
Ce texte eonfirme les donnees du preeedent, ajoute que 
ŚRILATA, auteur de la Sautrlintika- Vibha
li, etait aussi nomme 
le Sthavira et precise que le Mtilaearya, e'est-a-dire KUMARALATA 
etait aussi appele Dar
!antika-aearya. II en resulte que Mula- 
sautrantika, disciples de KUMARALATA et Dar
tantika sont troi s 
designations d'un meme groupe. 
Que KUMARALATA, auteur fameux d'une D!
!linrapankti 
ou D!
!antamalga, ait ete nomme Dar
!antikaearya, ił n'y a rien 
la qui doive nous surprendre. Nous savons par les eolophons 
de la Kalpanama1J.ą.itika que ee reeueił etait une D!
!antapankti 
et que son auteur etait precisement KUMARALATA. M. de LA 
V ALLEE POUSSłN (p. 223) signale, apres SCHIEFNER: "II y a 
dans le Tandjour un D!
!antamalga". En se reportant au texte 
tibetain, M. Sylvain LEvł n'a pas eu de peine a etablir que 
le D!

antamalga du Tandjour est un fragment de la Kalpa- 
nama1J.ą.itik(8). Le Kie man louen ou Yu man louen de K'ouEI KI 
n'est san s doute pas autre ehose 7). 
K'OUEI K (Vasumitra II, 9 b) nous apprend eneore que 
KUMARALATA, le Dar
!antikaearya, parut dans le premier siecłe 
apres la disparition du Buddha, et qu'a cette epoque ił n'y 
avait pas eneore de Sautrantika. Comment eoncilier eette 
assertion avec une autre du meme texte qui fait de KUM.i.RALATA 
le Sautrantika-Mulacarya? II semble que les Sautrantika se 
separerent tardivement des Dar

antika j eeux-ei pouvaient 
don e elre eonsideres comme les Mulasautrantika et KUMARALATA. 
leur fondateur, etait bien le Sautrantika-mulaearya, puisque les 
Dar

antika etaient des Sautrantika en puissanee. 


!i) J
 prefere eette traduction a une autre que M. de LA V ALLEE 
POUSSIN donne dubitativement en note. 
6) JA, 1929, II, p. 270 et suiv. 
7) Pour la variante Kie 1/lan louen, Yu man 10'Uen, cf. LA VALLEE 
POUSSIN, ibid., p. 221-222. Sur l'equivalence 1'1£ 1nan louen = Dn4antapankti 
er. Sylvaill LEVI, JA, ]927, II, p. 100. 


Rocznik Orientalistyczny, VIII. 


2
		

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			18 


JEAN PRZYLUSKI 


En somme, qu'ił s'agisse des Sautrantika proprement dits 
ou des disciples de ŚRILATA, on peut considerer ces deux 
groupes comme des rameaux issus de la souche Dar

antika 
ou Mnlasautrantika. 
D'oiI vient ce nom: Dar

antika? K'OUEł KI admet que 
KUMARALATA etait appele Dar

antikacarya a cause des dr
!anta 
qu'ił avait composes. En fait, dlir
!antika derive normalement 
de dr
tlinta. Ce dernier terme est synonyme d'avadana, car 
les traducteurs chinois rendent l'un et l'autre par p'i-gu 8) 
"exemple" . En analysant ailleurs le titre de la KalpanamalJ.- 
cjitika, rai montre que les dr
!anta qui la composent etaient 
des recits d'actes, de faits destines a illustrer les su.tra. Dans 
la litterature, Ie dr
tanta s'oppose donc au salra ou sulranla 
dont ił est en quelque sorte le compIement, l'illustration, de 
meme que, dans l'histoire des sectes, les Dar
;antika s'opposent 
aux Sautrantika. 
Si, comme le suggere la glose de K'ouEł Kł, l'ecole fondee 
par KUMARALATA doit SOn nom aux dr
tanla composes par 
cet anteur, et si, apres plusieurs generations, des adeptes de 
la meme ecole prirent le nom de Sautrantika, ces termes ne 
traduisent-ils pas une certaine attitude al'egard des textes sacres? 
Voici comment on peut se representer les choses. Quand 
parurent les premiers recueils de contes, ił ne pouvait venir a 
l'esprit d'un croyant de mettre sur le me me plan les sulra, 
paroles du Buddha, et les ecrits d'un patriarche, KUMARALATA 
par exemple. Le terme dr
tanla, employe pour designer les 
recits edifiants, marquait bien cette difference. D'une part, les 
sulra contiennent la doctrine prechee par le Buddha; iłs sont 
analogues a la śruli des Brahmanes; d'autre part, les dr
!anla 
ne sont que des fai ts d'experience, des choses vues (dr
ta), 
la doctrine en action. Pour certains conservateurs rigi des 
ennemis des nouveautes, ces dr
tanla ne pouvaient qu'etre 
tenus en suspicion. Ailleurs, sans les egaler a la śruti, on leur 
faisait une place dans le Canon 9) et on tenait ceux qui les 


8) Cf. Maltiil.'yutp. 62, 7; 139, 30; 200, 6. 
II) Pour le developpement de ces idees, ef. mon al'ticle FableB in 
the Vinaya Pitalca or Ule Sarviistiv{lda School, IHQ, V, 1, p. 1. On y vrera 
que les auuhilla, rt'jetes par l'eeole du Caehemire, faisaiellt partie du
		

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			SAUTRANTIKA ET DARSTANTIKA 


19 


avaient rediges en particuIiere veneration; d'ou le nom de 
Dar

antika qui servit a designer les disciples de KUMARALATA, 
auteur iIIustre de d!"
!linla. Plus tard enfin, la defaveur qui 
s'attachait, dans certains cas, au mot c1!"
!i, pris parfois en 
mauvaise part, fit tomber en desuetude le mot d!"
!linla. On 
le rempla
a generalement par aVQduna ou par d'autres termes 
equivalents. Pour la meme raison, certaines fractions de I'ecole 
Dar

antika prefererent renoncer a ce nom, tandis que d'autres 
le conservaient par respect pour la tradition. 
En resume, le rapport que nous alfons suppose entre 
dr
!i et c1!"
!linla permet de comprendre comment des derives 
de dr
!a ont pu servir a designer une categorie de contes et 
I'ecole Dar

antika. D'autre part, I'histoire du mot d!"
!i expIi- 
que la defaveur qui parait s'attacher, dans certains milieux, 
aux derives de d!"
!a et ne tarde pas a en restreindre l'emploi. 
On va voir que I'application des memes principes jette quelque 
lumiere sur les rapports entre Snlrlila'!lkara et Kalpanama1J.r/.ifikli. 


* 


* 


* 


KUMARAJrVA rapporte qU'AŚVAGHO
A composa des king 
louen. Dans son article sur la D!"
tanlapankti, M. Sylvain LEvł 
explique cette expression en disant qu' AŚVAGHO
A "composa 
des sillraśastra"10). Cette interpretation a ete critiquee par M. 
joh. NOBEL qui propose la traduction suivante: "In breiter 
Weise verfasste er sfitras und śastras" 11). Ił ne semble pas 
qu'aucune de ces explications soit e-xacte. L'expression siltra- 
śaslra, qui n'est attestee nulIe part, doit siirement etre rejetee. 
En outre, lorsque les mots king et louen sont rapproches, ił 
est douteux que king puisse designer autre chose que la pa- 
role du Buddha 12), ce qui exclut I'hypothese qu 'AŚVAGHO
A 
ait pu composer des sillrQ et des ślislra. 


Vinayapitaka de l'ecole de l\'Iathurn. On est tente d'en deduire qu'ii 
I'epoque ou se place la redaction du Ta tche tou louen, l'ecole de Mathura 
repI esentait la tendauce Darętnntika. 
IV) .TA, 1927, II, p. 115. 
Jl) Nachrichten de la Societe de mittingen, Phil.-hist. Klasse, 1928, 
seance du 26 Octobre. 
l
) Remarqne faite par }L 8ylvain Lt::Vl dans sa reponse aux cd- 


2.
		

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			20 


JEAN PRZYLUSKI 


je propose de traduire king louen par "explication des 
salra". Pour bien saisir id le sens de ces termes, il n'est pas 
inutile de se reporter a un passage du Yogacarabhamiśaslra 
d' ASANGA deja cite par M. Sylvain LEVł 13): "... expliquer 
exactement le sens des salra prononces par le Tathagata, cela 
s'appelle orner les sulra.. . voila pourquoi on dit que "composer 
un śaslra" s'appelle "orner les sulra" (Tok. XVIII, 4, p. 16, col. 2 et 
5). En somme, "expliquer les satra", "orner les sulra", "composer 
un ślislra", ces trois expressions sont equivalentes. Par consequent 
dire qu' AŚVAGHO
A fit des "explications des salra (king louen)" 
revlent a dire qu'il orna les sulra ou qu'il "composa un ou des 
ślislra". On sait qu'au temps ou le [Salra]-ala'!1 kara fut traduit 
en chinois, AŚVAGHO
A passait pour en 
tre l'auteur. La phrase 
de KUMARAjlvA: kouang lsao king louen rappelle simplement 
cette attribution. 
Des lors on comprend mieux la maniere dont le titre de 
cet ouvrage a ete rendu en chinois. M. Sylvain LEvł traduit, 
apres HUBER, le debut du [Sulra]-ala'!1kara: "je vais enoncer 
dans son ordre et publier le śaslra des Ornements (lchouang 
gen louen)". II est exact que lchouang gen = ala'!1 kara (Ma- 
hlivgulp. 237, 1 et 61). Tchouang gen loaen est donc "le śaslra 
qui orne (les salra)" c'est-a-dire "le śaslra qui explique (les 
sulra)", autrement dit Ie [Sulrajala'!1kara-śaslra. 
Le titre com piet, tardivement atteste 14), de la traduction 
chinoise est Ta lchouang king louen 15), que M. Sylvain LEVI 
traduit: "Le Grand Alarp.kara qui est (un) salraśaslra". De 
meme NANjIO avait deja retabli un original errone: Mahala'!1- 
karasulraśaslra. Le mot sulra ne peut faire partie d'un com- 
pose illusoire sulraśaslra. II faut comprendre: "Le Grand Śasfra 
qui orne (ou explique) les sulra", c'est-a-dire: Maha-sulrala'!1- 
klira-śastra. L'erreur de NANjIO et de M. Sylvain LEvł vient 


tiques de Joh. NOBEL (.TA, 1928, II, p. 195). M. Sylvain LtVI concIut : 
"Le probliHne demeure obscur et la solution incertaille". 
13) .TA, 1927, II, p. 127. 
14) Dans un memoire important que j'ai vu en manuscrit. le Pro- 
fesseur E. TOMOMATSU etablit que, dans ce titre, le Ulot king n'apparait 
pas avant le XIIe siecle. 
15) Les deux derniers caracterf'R Ront intervertis dans l'edition 
coreelllle.
		

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			SAUTRANTłKA ET D$.RSTANTIKA 


21 


de ce que le titre chinois a ete complete, non en se confor- 
mant a la syntaxe sanskrite, mai s en faisant de king, suivant 
la construction chinoise, un complement du verbe tchouang-gen. 
II est c1air que ce titre est exactement paralIele a celui 
de la Kalpanama1Ją.itika, tel que j'ai propose de I'interpreter 
dans une communication recente a I' Academie Royale de Bel- 
gique 16). L'oeuvre de KUMARALATA se presente en eHet ave c 
un nom qui lui appartient en propre, qu'on peut considerer 
comme SOn titre veritable: Kalpanama1Ją.itika, et en outre avec 
un nom generique qu'on peut tenir pour un sous-titre: Dr
tlinta- 
pankti 17). Le tout parait signifier: "La guirlande de contes 
nommee la Decoratrice des sutra au moyen d'actes". En 
d'autres termes, les actes dont le recit constitue la serie des 
contes sont compares a une guirlande qui decore les sutra. 
Maha-(sutra]-ala'!1kara-śastra est exactement comparable. 
On y uistingue un titre proprement dit: Sutra-ala'!1klira qui, 
par le sens, est tres voisin de Kalpanama1)ą.itika. En outre, 
śastra est un terme generique qui joue id le meme role que 
dr
tii.ntapankti ou o malga. Com me la serie des contes est la 
meme dans les deux recueils, que l'un est attribue a KUMARALATA 
et I'autre a AŚVAGHO
A, il faut admettre que le meme ouvrage, 
ou deux recensions du meme ouvrage, ont ete COnnus succes- 
sivement sous des titres differents et qu'on a, dans I'intervalle, 
change le nom de I'auteur. Ce fait n'est pas pour nous sur. 
prendre: les textes bouddhiques etaient dans un perpetuel 
devenir; d'une ecole, d'une generation a I'autre, i1s se trans- 
formaient, s'adaptaient a des situations nouvelles; la meme 
oeuvre changeait de titre et pouvait, sous ce deguisement, 
etre assignee a un autre auteur. Citons pour memoire les ava- 
tars de l' A-gu wang king, alias A-gu wang tchouan. Dans le 
cas qui nous interesse a present, le probleme est de savoir 
quel est Ie plus ancien titre et pour quelle raison ił a ete modifie. 
Dans la litterature bouddhique telle qu'elle nous est par- 
venue, les śastra sont innombrables, tandis qu'on cherche en 


16) Bulletin cle la Classe des Lettre8, seance du 3 novembre 1930, 
p. 425 --434. 
17) Var. dll titre: Ilall'anrtla1!zkrta; var. du sous-titre: Dr:v{r"illtamrllri 
(ou mr'Zlya).
		

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JEAN PJtZYLUSKI 


vain une autre dr
tllnlapańkti; le titre Kalpanama1J.ą.itikll est 
unique, mais nous aVOns un Sutra-ala1[/-kara d' ASANGA pro ba- 
bIement posłt
rieur au Sutra-ala1[/-kllra dit d' AŚVAGHO
A; les 
textes attribues a ce dernier sont nombreux, tandis que 
KUMARALATA etait naguere un inconnu pour nous. Ces indi- 
ces sont concordants: titres et noms d'auteurs ont ete modi- 
fies pour obeir a de nouvelles tendances. San s la decouverte 
d'un manuscrit exceptionnellement ancien, nous ignorerions 
encore dr
tllntapańkti, KalpanllmU1J.ą.itikll. Ces expressions de- 
modees avaient ete rajeunies, au moins dans certaines ecoles, 
quand le Sutra-ala1[/-kllra fut traduit en chinois. Par un parti 
pris de renouvellement, d'autant plus actif que l'ouvrage jouis- 
sait d'une grande notoriete, la dr
tllntapańkli s'est changee 
en śllstra et la Kalpanllma1J.ą.itikll est devenue le Sutra-ala1[/-- 
kara d'AśVAGHO
A. 
Cette theorie n'explique pas seulement les transformations 
du colophon; elle eclaire jusque dans le detail certaines mo- 
difications du texte original. Au de but du 2()e conte, chapitre IV, 
le manuscrit LODERS contient une phrase malheureusement 
mutilee qui ne se retrouve pas dans la traduction chinoise: 
tad gathasthi... svakalpanala1[/-krto smabhir evam abhidhlga- 
manal}. śobheta. M. H. LODERs traduit: "So diirfte zum Beispiel 
(die Geschichte von dem) Skelett... die na ch eigener Phan- 
tasie ausgeschmiickt ist, wenn sie in folgender W cise von uns 
vorgetragen wird, einen guten Eindruck machen 18)". M. Sylvain 
LtVI propose une autre interpretation: "Cest ainsi qu'une 
(charpente d') os... quand notre imagination l'orne a son golit 
et que nous lui appliquons telle designation [de beaute], de- 
vient chose charmante lU)". Ił n'est pas douteux que kalpana- 
la1[/-krto ait ici le meme sens que l'expression similaire du titre 
et c'est pourquoi je propose de traduire: "Ainsi (le sermon) 
sur le squelette, une fois orne d'un exemple approprie, lorsque 
nous recitons de la maniere suivante, est edifiant". Les kal- 
pana sont des ornements des sutra; le recit edifiant qui est 
annonce est destine a "orner" le sermon sur le squeleUe. Ou 
jour ou le titre Kulpanamo fut une expression desuete, la phra- 


18) Bruch8t.ucke, appendice p. 197. 
19) JA, 1928, II, p. 197.
		

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			SAUTRANTIKA ET DARSTANTlKA 


23 


se... svakalpanalarr-krto... restait sans echo dans I'esprit du 
lecteur et l'on comprend que le remanieur ou le traducteur 
chinois du Sulra-alarr-kara I'ait laisse tomber. 
II apparait enfin que not re theorie s'accorde bien ave c 
ce qu'on sait de la chronologie des ecoles Dar

antika et 
Sautrantika. Puisque les deux branches proprement Sautrantika 
sont issues du tronc Dar

antika, on s'explique qu'apres la 
scission, Ies dissidents Sautrantika, sans vouloir renoncer aux 
chefs-d'oeuvre qui restaient le patrimoine commun a toutes 
les fractions de la secte, aient pretendu les adapter a leurs 
idees et en effacer notamment ce qui pouvait rappeler I'ori- 
gine Dar

anlika. D'ou le souci de modifier un nom comme 
dr
tantapankti. 
D'autres causes de changements se laissent encore devi- 
ner. ŚRILATA, patron d'un des grollpes Sautrantika, est l'au- 
teur d'une Sautrlintika-vibha
a. Cette vibhli
li qu'on cite comme 
SOn oeuvre maitresse, etait sans doute une Abhidharma-vi- 
bha
li, car l' Abhidharma est le prolongemtnt de la Corbeille 
des Stitra et ceux qui se disent Sautrantika doivent naturelle- 
ment s'attacher a developper l' Abhidharma. Or un texte du 
Ta tche tou louen 20), confirme par d'autres temoignages, nous 
apprend que des collections de contes (avadana et jataka), 
et par consequent des recueils analogues a la dr
!lintapankti 
de KUMARALATA, etaient rattaches, dans le canon de l'ecole 
de Mathura, a la Corbeille du Vinaya 21). 
Des lors, on peut presumer que la scission entre 5autran- 
tika et Dar

antika fut un des aspects de la querelle qui, pen- 
dant des siecles, mit aux prises sutristes et vinayistes, parti- 
sans des Sutra ou du Vinaya, de la prajńa ou du ś-da 22). Pour 
les Sautrantika, un ouvrage didactique fonde sur les sutra de- 
vait naturellement s'inserer dans l' Abhidharmapitaka et par 
consequent se ranger parmi les śastra. Le titre Maha-sutra- 


20) CI. La legencle de l' Empereur Ar;oka, appendice, p. 214-215. 
21) Cf. Fables in the Vinaya Pilaka, et supra, p. n. On aper
oit 
mieux maintenant les raisons qu'on pourrait avoir de rattacher les 
Darętantika a I'ecole de Mathura. 
22) Cf. Le Parinirv("i-ł:a et lcs Funćraillcs d.u Budclha, p. 98-100.
		

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JEAN PRZYLUSKł 


alarrklira-ślisira repondait done aux exigences des Sautrantika, 
puisque l'oeuvre etait presentee eomme un śasira. 
En somme, rien n'autorise ił penser avee MM. joh. 
NOBEL et Sylvain LEVI que le Sulra-alarrklira, oeuvre 
d'AśVAGHO
A, ait ete remanie par KUMARAI.ATA. Au eontraire, 
une serie d'indiees eoneordants semblent prouver que le Suira- 
alarrkara est l'adaptation Sautrantika, attribuee ił AŚVAGHO
A 
d'un reeueil eompose par KUMARALATA, fondateur de l'eeole 
Dar

antika. 


Paris, mars 1931.
		

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			JEAN PRZYLUSKI 
Deva et asura. 


Rak
as est un tres ancien terme par lequelles Indo-aryens 
designaient des genies malfaisants. A l'egard de ces etres 
redoutables, deux attitudes etaient possibles: on les com bat- 
tait avec les armes de la magie ou on les propitiait avec des 
offrandes et des paroles flatteuses. Par un jeu de mot facile, 
rak
as pouvait s'adapter a toutes les circonstances. Rattache 
a la racine rak
 "nuire, faire du tort", il designait un eŁre 
nuisible. Si au contraire on pensait a rak
 "garder, proteger" , 
Ie rak
as pouvait etre le gardien, le protecteur. La premiere 
interpretation s'accorde mieux avec la vraie nature du rak
as. 
Au sens de "gardien", le mot devait etre senti comme un 
euphemisme 1). 
Ambigu ou nefaste, ce terme ćtait appele plus qu'un autre 
a se renou'!eler. Dans la langue des BrahmaI)a apparait ra- 


asaj dans l'epopee, la valeur avantageuse de rak
as se pre- 
cise et s'accuse avec les composes nouveaux brahmarak
as 
et brahmarak
asa. II n'est pas probabie que, dans ces com- 
poses, brah ma soit le nom du dieu Brahma. II fa ut plutot en 
rapprocher une serie d'expressions familieres aux Bouddhis- 


1) Le PW explique rakęas par ]a racine rak
 "beschadigen, ver- 
letzen". OLDENBERG interprete le meme terme par "celui qui exerce]a puis- 
sance nocive du rakęas" (Religion du Vćda., trad. franl;i., p. 222, n.). D'au- 
tres auteurs posent ił l'origine de rakęas, rakę .,proteger, garder". Cf. 
BERGAIGNE, Rel. VĆd., II, 218; KEITH, Rel. and Phil. ot the Veda, p. 238. 
II ne semble pas qu'on doive opposer l'une fi l'autre les significations 
de rakf!. Un bon chien de gm'de est nu chien m6chant. Proteger et faire 
du ma] sont deux aspects, necessairement connexes, d'une meme activite.
		

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JEAN PRZYLUSKI 


tes: brahmacariya, brahmada1].ga, brahmadeyya, ou brah ma sem- 
ble avoir une valeur d'adjectif: "religieux, pieux" 2). Un brah- 
marak
as devait Hre un "pieux rak
as" incapable de faire du 
maI a ceux qui l'imploraient ainsi. 
Brahmarak
as prend place dans une serie d'euphemis- 
mes bien connus des hisloriens des religions. Sans aller cher- 
cher jusqu'en Grece le nom des Eumenides, on peut trouver 
dans I'Inde des termes comparabies. Rudra, le dieu leroce et 
sanguinaire, est appele Śiva "le propice, l'amical" par anti- 
phrase. De meme, la deesse de la petite verole est appelee 
Śłtala, "celle qui rafraichit". On peut egalement citer Sumitra 
"Bon ami" qui est le nom d'un Hre malfaisant dans Mahii- 
Marata 1II , 14, 167 3 ). 
Le compose brahmarak
as se trouve dans une inscrip- 
tion sanskrite du Cambodge et son emploi y est particuliere- 
ment instructif. Dans la province de Banteai Meas, ił l'est 
du massif calcaire de Moroum, se dressait, a l'extremite d'un 
contrefort abrupt, une stele dont les denx grand es faces 
etaient occupees par une inscription sanskrite 4). La stance 
XXXVI, intacte sur les deux faces, a ete editee et traduite 
par Ahel BERGAIGNE ó) : 


yaśodhariiśrame elatte śrlmatlndvekamurttibhi[l 
śrivrahmarakęase so smai Śii8ana1J! krtaviin iti 


"Le splendide couvent de Yaśodhara ayant ete donne (en l'an 
marque) par lune, un et les corps (de Śiva) = 811, ił (le roi 
Yaśovarman) a fai t cet edit pour l'illustre (śrl)-Brahmarak
as". 
BERGAIGNE ajoute le commentaire suivant: "La stance 
XXXVI, intacte dans les deux textes, apprend que la dona- 
tion s'adressait id au Brahmarakshas. Cette classe de demons, 
qui a pour fonction speciale de troubler les sacrifices, est sou- 



) Cf. Le Concile de Riijagrha, p. 161, n. 3. 
B) Cf. SCHEFTELOWITZ, Die Zeit als Schicksalsgottheit, p. 33, note. 
4) Cette stele porte le nO 42 K dans l'Inventaire de COEDES (Li3tes 
GeneralelJ des Inscriptions et des Monuments du Cham pa et du Cambodge, 
Hanoi, 1923). 
5) Inscriptions sanscrites du Clww:pa et au Call1boclge par A. BERGAłGNE, 
2-me fas c., nO LII, p. 387.
		

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			DEVA J!.T ASURA 


27 


vent mentionnee dans la litterature de l'Inde, et, comme a 
Ieur congeneres, on leur presente des offrandes. Mais on ne 
s'attendait pas ił voir l'un d'eux recevoir des donations royales 
et devenir titulaire d'un śasana en bonne et due forme. Peut- 
Hre n'y a-t-iI la qu'une denomination sanskrite d'un culte in- 
digene. Les esprits de la montagne (voir les Conles annami- 
les et les Conles ljames de M. A. LANDES, passim) ne pou- 
vaient Hre mieux designes que par le mot rakshasa ou ra- 
kshas, et, pour Hre poli envers eux, on les aura appeles brah- 
marakshas. Encore aujourd'hui, les defiles des montagnes de 
Banteai Meas ont mauvaise reputation et sont l'objet de ter- 
reurs superstitieuses". 
II apparait aujourd'hui que, dans le monde austro-asiati. 
que, y compris l'Inde non-aryenne, la multitude des genies 
locaux formaient une feodalite reconnue des l'antiquite par le s 
chefs indigenes et plus tard par les rois aryens. De meme 
que le roi du Cambodge croit devoir fonder un aśrama en 
faveur d'un puissant rak
as qu'il appelle brahmarak
as 6), les 
chefs indiens et apres eux les rois aryens n'ollt pas man- 
que de faire des donations pieuses en l'honneur de genies 
puissants auxquels ils decernaient alors des titres honorifiques 
tels que brahmarak
as. mahliyak
a ou asura. Ceci pose, une 
question longtemps controversee s'eclaire d'une maniere inat- 
tendue. On s'est souvent demande pourquoi le meme terme 
qui designe les dieux dans l'Inde (deva) signifie "demon" 
(daeva) dans I'Iran et pourquoi, inversement, les demons 
(asura) indiens ont un nom qui correspond a celui du grand 
dieu de l' Avesla. Pour rendre compte de cette contradiction, 
on a imagine des hypotheses compliquees 7). II suffit d'admettre 
que l'emploi du mot asura s'est progressivement etendu dans 
l'Inde: par euphemisme, les Indo-aryens ont attribue ce titre, 


6) Comparer I'usage annamite: le souverain decerne des titres 
aux gćnies de son royaume qui ont manifeste une puissallce extra- 
ordinaire. 
7) La bibliographie complete de cette question serait fort etelldue. 
Je dois me borner a donner quelques references qui permettent de 
suivre les principales phases de la discussion: OLDENBERG, La Religion 
du Veda, trad. V.HENRY, p. 136; HILLEBRANDT, Ved. .Myth.III,430 et suiv.; 
KEITH. Religion and Philosophy ot the V
da, p. 35--36, 230-233.
		

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JEAN PRZYLUSKI 


non seulem en t aux plus grands dieux, mais encore aux pre- 
miers d'entre les rak
as et autres genies locaux 8). Cet usage 
s'etait d6jił implante quand, par reaction contre les aborigenes, 
un nouveau dualisme s'etablit, opposant au monde aryen et ił 
ses dieux, un monde non-aryen hostile, habite par des dćmons. 
Dans ce systeme, aSUl"Q ne pouvant s'appliquer a la fois aux 
dieux et aux demons, finit par designer exclusivement ceux-ci. 
Voici comment on peut sans doute se representer les 
choses. Le titre accadien assur, emprunte par les Indo-iraniens, 
sert tout d'abord dans I'Iran et dans I'Inde a designer Ie dieu 
supreme, le souverain du Cielił). Mais dans le Mazdćisme, sous 
l'influence des idees monotheistes, Ahura Mazda s'eleve fort 
au dessus des anciens dieux indo-aryens qui gardent le titre 
de daeva. Dans l'Inde au contraire, la tendance monotheiste 
est moins accusee et la religion brahmanique fait de larges 
emprunts a celle des aborigenes. Cette tolerance conduit 
a attribuer Ie titre d' asura aux chefs des genies locaux comme 
aux princes d'entre les deva. 
Dans les plus anciens hymnes du 
g Veda, asura est 
encore l'attribut normai de VaruJ)a, tandis que dans le Xe 
ma1J.4ala, les asura (au pluriel) sont deja les ennemis des deva. 
Cette hostilitć s'affirme constamment dans la litterature poste- 
rieure. Dans les Sa'?}-hźla tardives, aux trois classes d'etres: 
dieux, ho mm es, manes, correspondent trois classes hostiles: 
asura, rak
as, piśaca 10). Comme l'indique KEITH 11), l'opposition 
des asura et des deva a diJ. etre renforcee par l'etymologie 
populaire qui voyait dans asura un mot forme de CI-sura "non 
divin". Mais ce n'est la sans doute qu'un facteur accessoire 
et relativement tardif. La cause initiale du schisme entre les 
deva et les asura doi t probablement etre cherchee dans l'hos- 


8) SCHEFTELOWłTZ observe (ibid., p. 33, n.) que le mot asura, apres 
avoir signifie "Gebieter, Herrscher" a fini par designer des etres de- 
moniaques, et ił ajoute: "zum Teil kaun auch der Euphemismus mitge- 
teilt haben". J'attribue a l'euphemisme un role, non accessoire, mais 
Pf.'eponderant dans l'evolution du mot asura. 
9) Cf. Varu1}a, god ot the sea and the sky, JRAS, 1931, p. 622. 
10) Cf. OLDENBERG, Rcligion du Veda, trad. fran\:., p. 222, 11. 
11) Religion and Philosophy ot the Veda, p. 230.
		

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			DEV A ET ASURA 


29 


tilitć entre aryens et non-aryens. A mesure que Ja socićte 
brahmanique s'organise et s'enferme derriere la barriere des 
castes, le contraste apparaIt plus net entre les groupes aryens 
avec leurs dieux et les hors-caste adorateurs de demons anthro- 
pophages. Pour le brahmane, ił n'y a aucune difference de na- 
ture entre les rak
as ou les piśaca des forets et les indigenes 
suspectes a bon droit de cannibalisme. Le monde des esprits 
se divise comme la societć des vivants. Les asura ne sauraient 
des lors figurer dans les deux camps. Deva, qui est un vieux 
mot indo-europeen, dć.signera dane exclusivement les dieux 
aryens tandis qu'asura, mot exotique, s'appliquera aux dieux 
etrangers. Etendu d'abord par euphemisme aux demons les plus 
puissant.s, asura s' est finalement speciaJise dans cet emploi. 
Bref, la ten dance monotheiste se manifeste dans l'Iran 
plus profondement que dans l'lnde. Dans le Mazdeisme, le 
prestige d'Ahura Mazda ne tarde pas ił s'imposer ave c tant 
de force qu'il ent ete sacriłege de profaner son nom en l'appli- 
quant a des genies inferieurs. Ceux-ci etai
nt en majorite des 
dieux dechus : on ne pouvait faire mieux que leur Jaisser J'an- 
den nom indo-europeen daeva. Dans FInde egalement, asura 
designe d'abord le dieu supreme; mais cette notion reste en 
marge de la religion aryenne. De Varul)a, dieu anaryen 12), le 
titre exotique asura s'etend bientot, par euphemisme, aux autres 
divinites des peuplades aborigenes. 
En somme, la religion indo-iranienne s'e.st en quelque 
sorte polarisec sous l'action de deux grandes forces : ił l'ouest, 
elle a subi plus fortement l'attraction du monothćisme semiti- 
que; a l'est, elle etait davantage sollicitee par les superstitions 
austro-asiatiques. Ce sont ces influences que reflt
te l'histoire 
des mots deva et asura. 


12) Cette esquisse laisse apercevoir pourquoi la lutte des deva et 
des al!ura ne preoccupe guere les premiers Bouddhistes, tandis que les 
redacteurs des Bra.hmal)3 en sont veritablement ob sedes. Le Bouddhisme 
primitif, qui se developpe le plus aisement chez les peuples incomple- 
tement aryanises, est plein de sympathie pour los barbares; le dualisme 
y prend l'aspect de la lutte COlltre :Mara. Au contraire, los Brahmanes, 
ll1eI13CeS dans lenrs privileges par les heresies sectaires, poussent avec 
conviction le cri de guerre contre les UBura.
		

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			HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 
Le chien dans I'Avesta et dans (es Vedas. 


La place des animaux dans les traditions religieuses, les 
cultes et l'iconographie a toujours ete d'une importance con- 
siderable. Si on ne l'a pas encore etudiee J autant que je sache J 
dans son ensemble, elle fai t le sujet de nombreuses monogra- 
phi es de dćtail. je veux y apporter une contribution en exami- 
nant le róle que Ięs rites avestiques d'une part, et les Vedas 
de l'autre, attribuent au chi en. 
Le sujet a ete partiellement expose par A. HOVELACQUE 
dans un grand article: Le chien dans I'Avesla, paru en 1875 
dans la Revue de linguislique el de philologie comparee, t. VIII, 
et reproduit presque en entier dans: L'Avesla, Zoroaslre el le 
mazdeisme du meme auteur (Paris, 1880). Mais HOVELACQUE 
s'interesse surtout aux soins qui sont dus au chien, ce qu'il 
indique du reste dans le sous-titre. je me permets don c de 
reprendre le meme theme et d'en elargir les cadres. 
C'est surtout du chien tel qu'il est represente dans I'Avesta 
que je vais m'occuper. Les Vedas fourniront des points de 
comparaison. 


Le chien n'est point mentionne dans les Gathas. Les autres 
parties du Yasna, de meme que le Vispered et le Khorda 
A vesta, ne le nomment pas davantage, bien qu'ils parlent sou- 
vent des troupeaux dont le chien est le gardien naturel. Mais 
le Vendidad en est plein. 
Ce Videvdat "loi contre les daevas" nous fait le mieux 
connaitre la legislation mazdeenne, surtout en ce qui concerne
		

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			LE CHlEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


31 


la purification religieuse dans les nombreux cas de souillure.- 
On entendait par ce term e toutes sortes d'impuretes et de 
contaminations, extremement faciles a contracter dans l'etat 
primitif de la civilisation, au sein d'une societe peu differen- 
ciee on ił n'existait pas encore de classes dites inferieures 
pour decharger les autres classes de certaines occupations, 
reconnues cOlllme meprisables ou silllplement repugnantes, ou 
meme tristes. Et la croyance mazdeenne au principe du maI 
personnifie dans la Druj, qui guette toute occasion de s'emparer 
sournoisement des creatures d' Ahura Mazda, augmentait les 
chances de se trouver impur a tout moment. 
A cote des souillures, peches involontaires, on la faute 
ne pouvait etre attribuee qu'a l'accident ou bien meme aux 
phenomenes inevitables dans la vie humaine, certaines divisions 
speciales du Vendidad, les fargards XIII, XIV, XV et certains 
preceptes intercales de temps a autre partout aiIleurs, enume- 
rent les chatiments pour de veritables pech es cOlllmis sciem- 
ment, avec mauvaise volonte. Parmi les plus graves dćlits fi- 
gurent les mauvais traitements infliges au chi en ou a ses petits 
"Si quelqu'un tue un chien gardien des troupeaux ou des 
maisons, un chien de gard e personnelle ou un chien habile- 
ment dresse (SPlEGEL: "von denen, die aufs Blut gehen und 
die, welche abgerichtet sind" 1), son allle s'en ira de ce monde 
dans le monde futur, poussant des cris et plus en detresse 
encore qu'un loup dans une gorge on regnent les sinistres, dans 
une foret profonde" 2). 
Et voici le texte: 
.'10 aelaesąm siinąm jainp yim pasus.haurvąmca vis'haur- 
vąmca vohuna'zgąmca draxlo.hunaranąmca xraosyrNaraca nD 
ahmat voyo'laraca hvo urva paraiti paro'asnui alJuhe 
ya3a vahrkD vayoi tiiile 
dramne baraziste raziiire. 
Vend. XIII, 8 (edition GELDNER). 


1) F. SPłEGEL, Avesta, die heiligen Schriften der Parsen. .. iibersetzt. 
Leipzig 1852. 

) de HARLEZ, Avesta, lil're sacrf du ZOl'oasl1'isme, traduit... 2e ed., 
Paris 1881.
		

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HELENA WILLMAN.GRABOWSKA 


De HARLEZ s'appuie sur le version pehlvie, mais, comparee 
avec le texte avestique, sa traduction "dans une gorge 011 
regnent les sinistres" n'est pas exacte. SPIEGEL donne id: 
"wie ein W olf, der zu verwunden vermag in einem grossen 
Walde", ce qui ne satisfait pas encore. BARTHOLOMAE (Altirani- 
sches Worterbuch) serre le texte de beaucoup plus pres et 
dit: "... unter noch argerem Angstgeschrei und unter grosse- 
rem Wehklagen geht seine Seele weg zum kiinftigen Leben, 
aIs ein Wolf Wehgeheul ausstosst, der in einer sehr tiefen 
Fallgrube gefangen ist". 
Quoi qu'il en soit, on comprend malgre les obscurites 
du passage que le meurtrier du chien est menace de damna- 
ti on eterneIle. 
Un tel chiitiment paraitrait bien severe, meme fi. une epo- 
que de sensibilite tres evoluee; ni les bouddhistes ni les jainas 
n'ont jamais propose rien de pareil. L'idee du Vend. XIII, 8 
etonne pour une societe et un temps ou la vie humaine elle- 
me me n'avait pas beaucoup de valeur. Le chien devait donc 
avoir une importance toute particuliere, devait representer un 
etre sacre et divin. 
II est clair cependant que la premiere moitie dIJ verset 
ne parle que de l'animal domestique, serviteur de l'homme. 
II y a une opposition de sens entre le debut et la fin du pas- 
sage. On a l'impression qu'i!. partir de xraosyO.tara commence 
un autre texte et que les redacteurs - bien tardifs - ont 
reuni, sous les Sassanides, en un seul ce qui avait ete, quel- 
ques siecles avant j.-C., deux fragments differents qu'on ne 
savait plus OU metlre separement. C'est surtout frappant pour 
la seconde partie. Les adjectifs xraosyrJ"tara et voyo.tara ne 
se rencontrent point ailleurs, et pourtant l' A vesta ne manque 
pas de repetitions. Isolee aus.si est la gatha sur le loup qui 
hurle dans la foret, - c'est le sens premier du mot razura - 
ou bien qui est tombć dans un piege, sens que razura a pris 
par extension dans la langue des chasseurs: "bois" ou "bran- 
ches" > "une fosse dissimult
e sous des branches". Le frag- 
ment en prose et en vers que nous avons devant nous a pu 
appartenir jadis fi. quelque recit populaire, connu, mais perdu 
avec le temps et n'ayant laisse dans la memoire des hommes
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


33 


que juste de quoi tirer une comparaison. Peut etre aussi, la 
prose et les vers faisaient-ils partie, chacun, d'un ouvrage 
different. Peut-etre les a-t-on deformes. En effet, en supprimant 
hvrJ urva qui se retrouve d'ailleurs un peu plus loin et qui 
n'est pas necessaire ici, on aurait, au lieu de la prose, trois 
vers de huit syllabes qui pourraient faire corps avec la stro- 
phe finale: 


xraosyrJ.taraca no ahmlit 
voyrJ.taraca parliiti 
paro'asnlii aJJuhe 
yaaa vahrko vayoi talie 
dramne baraziste razaire. 


En traduisant les comparatifs xraos.lJo.tara et voylHara 
par des superIatifs absolus ou tout simplement par des po- 
sitifs, ce que fait SPIEGEL ("grauenvoll und krank"), et ce que 
l'usage indo-iranien ne contredit guere (d. les adverbes en 
-taram etc), en admettant d'autre part avec BARTJ-łOLOMAE que 
dramne est mis pour dramno, participe pres. moy. de dar, ave c 
la fausse finale e attiree par les finales de deux mots au 10- 
catif qui suivent dramne, on aurait le sens et la forme satis- 
faisants. 
Dans le vers suivant, le legistateur pousse la severite 
encore plus loin: 
noit he anyo urva haom urvlinam paili irista bqzaiti xrao- 
syaca voyaca alJuhe naeoa spana pasu'plina paili irista bqzaiti 
xraosyaca vrJyaca atJuhe. Vend. XIII, 9. 
"keine andere Seele wird seiner Seele Hilfe leisten, wenn 
er stirbt (BARTHOLOMAE, Warterb. 1520) trotz ihrem Angst- und 
Wehgeschrei (ib. 534), noch werden die Hunde, die beiden 
Briickenwachter, bei seinem Tode Hilfe leisten (ib. 898), etc" 
Ces deux chiens gardiens du pont, splina pasu'p lina ne 
peuvent se trouver qu'ił l'entree du pont Cinvat "mince comme 
un fil, tranehant comme une epee" par OU les ames s'en vont 
dans l'autre monde, les unes au paradis, les autres dans renfer. 
Hs seraient analogues aux 2 chi en s śabcilau de Yama - identi- 


ROCEDik Orjentalist)-CEDY, VIII. 


3
		

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HELENA WłLLMAN-GRABOWSKA 


fies avec KEp
EpOC; 8) - qui gardent le chemin conduisant au 
sejour des Pitris. 
tili drava saramegtiu śvlinau caturak
tiu śabtilau sadhuna 
pathli "puisses-tu echapper aux deux chiens barioles, fils de 
Sara ma, chiens aux quatre yeux, sur un sentier heureux", 
chante-t-on au mort dans l'Inde (RV. X, 14, 10). Ytiu te śvli- 
nau gama rak
itlirau... pathirtik
f... nrctik
asau... tlibhlJam 
enam ptiri dehi rajan "protege-Ie contre tes deux chiens gar- 
diens, gardiens du chemin, surveillant (= examinant) les ho m- 
mes" s'adresse-t-on fi. Yama en recommandant le mort fi. sa 
grace (RV. X, 14, 16). De meme Atharva-Veda VIII, 1: gamti- 
sga gtiu pathiró.k
i śvlinau. On fait allusion fi. ces chiens dans 
l'hymne RV. II, 39, 4 OlI I'on demande aux Aśvins d'etre pour 
le fidele "comme les deux chiens qui ne font aueun dommage 
aux corps" śvlineva no tiri
anga tanUnam. La communaute des 
deux conceptions, indienne et iranienne, n'est que trop evidente. 
Le Vend. XIII, 9 parle de deux chiens p:su'pana. Ce doit 
etre une image ancienne, datant peut-Hre du fond aryen. Elle 
ne se repete plus dans I' A vesta. La conception plus recente 
place fi. I'entree du pont le gazata Rasnu, le dieu juste, textuel- 
lement: Rasnu digne d'adoration. Son epithete constante est 
razista "le tres droit". Le Y ast qui lui est consacre le repre- 
sente comme ennemi du mensonge, surveillant d'en haut tout 
I'univers. Cette notion peut Hre ancienne egalement; elle rap- 
peli e celle de Varu9a vedique. Dans le Minokhired, texte rela- 
tivement tres recent par rapport fi. l'epoque supposee zoroa- 
strienne, Rasnu pese les actes des morts avant de decider de 
leur sort. Mais nulle part il n'est dit qu'il ressemble au chien; 
jamais, non plus, ił ne lui est compare. Une de ses fonctions 
cependant sur laquelle appuie le Yast (plutót recent, ił est vrai) 
XII, l, v. 7-8 est d'eloigner le voleur. C'est la fonction prin- 
cipale du chien. Et de nouveau s'impose un rapprochement 
vedique: ce n'est pas toujours de deux chiens, mais aussi d'un 
seul sQrameyó. qu'on parle dans l'Inde. Ainsi, RV. VII, 55, 2-3, 
des morts arretes ił l'entree du pays de Yama 4 ) disent: 


3) cf. A. Km-IN, Zeitscltrift f. deutscltes Altet"thu1I1, VI, p. 125. SPłEGEL, 
op. cit., II, cxv. I, 143. A. KAEGI, Der Rigveda, p. 209, note. 
4) Ce n'est qu'ainsi qu'on peut comprendre la premiere partie cIp 
l'hyumc ił Va_ e tv'!l){di; la suite parait 3ppartenir ił UIl autrc ensemble.
		

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			LI CHłEN DANS L'AVEStA ET DANs LES VEDAS 


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stenam raga sarameya ttiskararr vi! punaly.sara 
stotm indrusya rayasi kim asmlin duchunayase ni 
u svapa 
"aboie contre le voleur, () fils de Sarama, toi qui cours toujours 
apres le brigand 
"c'est contre les chantres d'lndra que tu aboies ! pourquoi nous 
inquieter 7 endors-toi". 
Sarameya, gardien du chemin des morts, est paralIele a 
Rasnu, gardien du pont Cinvat. Tous les deux trient les ani- 
vants et les dirigent vers leur destin. 
D'autre part, Rasnu a un compagnon. Cest Sraosa du 
Yast XI, aussi peu ancien au point de vue de la redaction. 
Sraosa qui, ił. l'epoque des abstractions, personnifia l'obeissance 
aux lois divines, est l'autre iuge des morts. Sa place est aussi 
au mont Cinvat, ił. la limite du monde futuro Sraosa ne dart pas 
depuis que les deux esprits, le bon et le mauvais, ont cree 
leurs oeuvres (Y as na LVI, 7). Sa vi gil ance na tur elle l'empeehe 
de se livrer au sommeil, pendant que tout dort autour de lui. 
Son Yast (XI) honore en lui le dieu qui veille sur les demeu- 
res et sur les troupeaux. Tous ces traits rappellent les fonc- 
tions et le caractere du chi en. 
Mais (Yasna LVI, 455) ił n'a rien de l'animal: son appa- 
rence est majestueuse et belle, c'est un guerrier cćleste. Re- 
marquons cependant que le Vend. XIII,44, comme on le verra 
plus tard, compare le chien au guerrier. 
Dans l' A vesta recent, Sraosa est bien le compagnon (ou 
la contrepartie 7) de Rasnu, mais il se trouve aussi Hre en re- 
Iation etroite avec Mi&ra-soleil, et dans le Y asna LVI, 11 ił 
e s t solei!. Rien de commun avec le chien. Et cependant rap- 
pelons nous que M. BLOOMFlELD (SBE. XIII, 13, 50) identifie les 
2 chiens de Yama avec la lune et le soleił et que la strophe 
d' Atharva- V eda VI, 80, 1 


anttirik
ena patati viśva bhatlivaclikaśat 
śuno divyasya yan mahas lena te havi
a vidhema 
traduite par WHITNEY et LANMANN (HOS. 7- 8) : "he flies through 
the atmosphere, looking down upon aIl existences; what the 
ireatness is of the heavenly dog, with that oblati'Jn wouJd 


3'
		

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HELtNA WtLLMAN-G
ABOWSKA. 


we pay worship to thee", - se rapporte a la Iune-chien du ciel. 
De meme SB. XI, 1, 5,1, la lune, invisible le jour d'amlivasya, 
surveille le betail du sacrificateur, car elle est le chien: sa 
hai
a divyaIJ- śvli sa yajamanasya paśan abhyavek
ate. 
Un rite funeraire decrit dans l'Avesta confirme la relation 
etroite qui a dfi exister, a une epoque eloignee, entre les my- 
thes iraniens et les mythes indiens. 
Le chemin qu'on a suivi en porta nt au daxma le cadavre 
d'un homme ou d'un chien-ils semblent avoir une impor- 
tance egale et l' A vesta dit toujours: spanasca irista nara
ca 
irista "d'un chien mort ou d'un homme mort" - devient souille. 
Ni les troupeaux n'y peuvent passer, ni les hommes ou les 
femmes sans etre souilles a lem tour, ni 1'00 ne doi t porter 
par la le feu ou le barasman 0). L'endroit doit etre d'abord 
purifie d'une fa
on particuliere: 
spanam zairitam caftru.casmam spa
tam zairi'gaosam a&ri- 
izm taoa a
tfi paftfi vlvaoayaątu aiwi.niticit spitama zaraftustra 
spanam zairitam caftru'casmam spa
tam zairi'gaosam aesa druxs 
go. nasus apadvąsaiti apaxaora
ibyo naemaeibyo. Vend. VIII, 16 
"qu'on y fasse passer alors troi s fois un chien jaune a 
quatre yeux, blanc (et un chien blanc 7) aux oreilles jaunes; 
par Ie fait, oSpitama Zarathustra (c'est Ahura Mazda qui 
parle), d'y avoir conduit un chien jaune a quatre yeux, blanc 
aux oreilles jaunes, cette Dm} Nasus (= le mauvais esprit qui 
s'empare du cadavre de l'homme vertueux et de tout ce qui 
I'approche) s'envolera vers le Nord (ou: vers les tenebres 7 6)". 
La suite n'est pas tres claire; la voici: 
yezi noit upa vl spitama zaraftustra spanam zairitam ca&ru. 
casmam noit spa
tam zairi°gaosam xsvazayacit taoa a
tfi pa&fi 
VIVQoaya'1ti aiwi'nilicit sp. z. spanJm zairitJm caftru'casmam 
spa
tam zairi.gaosam ada druxs ya nasus apadvąsaiti apaxJ- 
ora
ibyo na
ma
ibyo. 17. 


5) Le faisceau de haguettes employe pendant le culte pour puri- 
fier Je lsaomu. 
6) On b'orientait dans i' A vesta en se tournant vers le sud, c'est-a-d 
vers la pleine lumiere du soleiI; Je coM opposć apaxiorri on apaxtara 
etait le nord et probablement 1'idfe fonciere en etait "l'obscurite" 
Cette opposition caur
 bien avec Je systfnne dualiste des mazdeells.
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES vtDAS 


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Le verset 18 remplace xsvazayacit "six fois" par nauma.lJCicit 
"neuf fois"; pour le reste i! est identique au precedent. Les 
deux paraissent corrompus. En s'aidant de la version pehlvie, 
les traducteUl's ont compris qu' a defaut de chien jaune on 
conduisait six fois ou neuf fois le chien blanc aux oreilles jau- 
nes, ou bien des chiens tout court (de HARLEZ). C'est le pehlvi 
egalement qui nous renseigne sur les "quatre yeux". La bete 
doit avoir au-dessus de chaque oei! une tache ronde: l'ensemble 
fait l'impression de quatre yeux. Ces chiens a "quatre yeux" 
n'apparaissent pas dans le s rites parsis tardifs, mai s le souve- 
nir de la tradition ancienne est longtemps reste dans la me- 
moire des mazdeens. - lei, nous sommes en pleine Inde, car les 
chiens de Yama sont caturak
ciu śabcilau "les 2 tachetes a qua- 
tre yeux"... caturak
ciu pathircik
l "les 2 quatre-yeux, gardiens, 
du chemin" RV. X, 14, 10-11, et A V. IV, 20, 7 parle de la 
c h i e n n e a quatre yeux, śunyliś ca caturak
.lJli!J- ; on la renconh'e 
aussi dans Aśvahiyana-Śrauta-Siitra VI, 5, 2, 19. 
Le commentateur d'Atharva-Veda dit que c'est la chienne 
Sarama, mais rien ne Ie prouve: Sarama ne figure nulle part 
avec quatre yeux, d. du reste la note de WHITNEY HOS. VII, p. 185. 
Remarquons cependant a cette occasion que le Vend. XIII, 50 
parle aussi de sunf, mot qui devrait signifier textuellement 
"chienne", mais qui designe le chien en general, sans aucune 
indication de genre, ou bien en indiquant plutot le genre mas- 
culin. Voici le passage: 
yat sflnfs para.iri&yeiti naslli'ziJmanasca pairista.xsudrasca. 
BARTHOLOMAE (Warterb. 1584) le traduit: "wenn ein Hund 
stirbt, d.er sein Brod nicht mehr verdient und dem der Same 
versiegt ist

... 
sfinf, nom generique, serait peut-etre parallcle a śunf 
d'Atharva-Veda. Une petite difficulte s.y oppose pourtant. Cer- 
tains noms d'animaux peuvent servir pour les deux genres, 
cf. skr. gau, awa (independemment de aśvli, rare dans le RV.), 
avi etc., parce qu'ils sont generalement employes pour nom- 
mer "un ani maI de telle ou telle espece" sans preciser si l'on a 
affaire a un male ou a une femelle. Mais si un adjectif les accom- 
pagne i! est mis ordinairement au masculin. Le feminin et le 
neutre sont des precisions secondairement appliquees aux noms,
		

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HELENA WILLMAN.GRABOWSKA 


qui ne peuvent appartenir en realite qu'au genre anime, essen- 
tiellement masculin et equivalent au masculin, ou bien au genre 
inanime. Que les chiens de Yama soient caturak
au ms., rien 
de plus naturel. Si nous n'avions pas d'autres definitions p. 
ex. sarameya "descendant de Sarama" nous n'y verrions peut- 
etre que "le chi en" to ut comt, sans genre. En presence d'une 
forme au feminin on hesite. Autant ił est naturel qu'un sub. 
stantif ou rien n'indique le genre serve pour tous les deux ou 
bien meme pour les trois, pour le masculin, le Mminin ou le 
neutre, autanl ił est difficile de supposer qu'un theme destine 
a caracteriser le genre feminin fUt con
u contrairement a sa 
caracteristique. On est d'accord que la desinence (t dans no- 
tre cas) n'avait aucune valeur par elle-meme; elle en acquerait 
cependant et la mettait en relief du moment qu'elle s'opposait 
a une autre desinence. La seule alternative qui nous reste, 
c'est de supposer que śunl vedique et silnl avestique (ou sunl 
d'apres certains manuscrits) viennent de l'etat de la langue 
ou la derivation du fćminin des themes masculins en etait 
encore ił ses debuts. 
Dans les Vedas, il est toujours question d'un etre mythi- 
que, a moitie divin, qui n'intervient jamais dans la vie reelle. 
Au contraire, dans I'Avesta le mythe a disparu ou presque, 
car la seule mention concernant les deux chiens gardiens de 
l'autre monde se trouve intercaIee dans le Vend. XlII, 9 comme 
un rappel de quelque tradition lointaine. En revanche, le chien 
"a quatre yeux" est bien vivant. Encore maintenant l'adjectif 
persan carcasm est applique non seulement au chien, mais 
a tout ani mai domestique qui a des taches - foncees I - au- 
dessus des yeux (BARTHOL. Wart. 579). Cela ne devait .pas etre 
un phenomene tres rare, puisque chaque fois apres que le 
cadavre eut ete transporte par quelque chemin, on avait recours 
a un animai de cette espece. Dire que la prescription du 
Vendidad n'allait peut-etre pas necessairement de pair avec 
la pratique, serait meconnaitre la force des superstitions. On 
peut observer jusqu'a nos jours, et dans des societes plus civi- 
lisees que ne le fut la communaute mazdeenne quelques siecIes 
avant J.-C., combien sont tenaces les formes rituelles et 
combien elles sont profondement enracinees dans les habitudes
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


39 


populaires. 11 est donc a supposer que le Vend. VIII nous 
transmet exactement une coutume vivante. 
En dehors du fait incontestable qu'un chien jaune avec 
des taches au-dessus des yeux avait une vertu particuliere, les 
versets 16, 17 et 18 du Vend. VIII sont assez obscurs. Quand 
on veut s'en tenir a la lettre du texte, on ne sait meme pas 
s'il s'agit de deux chiens, dont l'un est jaune et l'autre blanc, 
ou bien si c'est un seul chien qui peut etre jaune ou blanc, 
mais qui, dans ce dernier cas, doit avoir au moins les oreilles 
jaunes. L'adjectif ca{J-ru'casmiJm, toujours au singulier et ne se 
repetant pas apres spaetiJm, - l' A vesta ne fuit pas les repe- 
titions! - temoignerait en faveur d'un seul ani mai et non 
de deux. 
Un fait extremement curieux et important : on rencontre 
le chien "a quatre yeux" loin de l'Inde et de l'Iran. A. WUTTKE, 
Der deutsche Volksaberglaube (1900), p.127, ecrit: "... Der vier- 
augige Hund, der iiber jedem Auge einen weissen Fleck hat, 
ist gegen Besprechung durch Diebe geschiitzt und schiitzt ge- 
gen das Kasmandel, einen Alpendamon" . 
Les peuples finnois croient aussi a la vertu magique d'un 
cQ
rucasman. Nous lisons chez KARJALAINEN (Die Religion der 
Jugra- Volker, Helsinki 1927, p. 281) l'observation suivante faite 
sur les coutumes des Ostiaks 7) : 
" . . . erwahnt doch Putkanor von einem Ostjaken, dass er 
sich dadurch Auskunft iiber die Zukunft verschaffte, dass er 
nach der Beschworung zwischen den Ohren eines Hundes, 
der iiber den Augen Flecken hatte, nach vorn sah und so den 
Geist zum Erscheinen brachte". 
Ainsi outre Ies taches au-dessus des yeux, les oreilles 
ont aussi une importance particuliere. Rien n'est dit sur la 
couleur du chien. Celui du Vendidad est jaune. C'est la cou- 
leur ordinaire des chiens loups, des chiens-chacals, enfin de 
ces betes encore a moitie sauvages dont les premieres gene- 
rations a peine domestiquees ne se distinguaient pas beaucoup 
de leurs parents, le lo up ou le chacal. Maintenant encore, les 


7) Je dois ces renseignements ainsi que les autres qui touchent au 
folklore de I'Europe orientale Ii l'amabilite de M. le prof. K. l\10SZYŃSKI.
		

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HELENA WłLLMAN-GRABOWSKA 


chiens sauvages de la Perse et de l' Asie Mineure, et les fa- 
meux chiens de Constantinople, ont le poil jaunatre. Peut-etre 
cette couleur des poils etait-elle consideree comme caracteri- 
sant le chien type, le chi en parfait; il est probabIe qu'on n'en 
connaissait pas d'autre avant la multiplication des races ca- 
nines par un elevage soigneux. La couleur typique est-elIe 
passee dans la tradition comme couleur exigee par le rite? 
C'est probabIe. 
Mąis l'av. zairita, skr. hiirita ne dit pas necessairement 
ou exclusivement "jaune". La distinction des couleurs et leurs 
noms chez les Anciens posent des problemes assez delicats. 
Le roux semble bien entrer dans la gamme des teintes que 
designait le mot hari ou harila. je fais cette observation pour 
rap pel er qu'un chien roux semble etre particulierement distingue 
par les croyances pop ul aires. Sans entrer dans les details, 
remarquons seulement que c'etait des chiens roux qu'on tuait 
a Rome en sacrifice ił la constellation de la Canicule, au mois 
de fevrier, et qu'une sorte d'appelation meprisante: "chien 
roux" plus forte, que "chien" tout court est repandue dans le 
langage populaire p. ex. dans les pays s!aves, en Pologne, en 
Russie etc. Autrefois on l'appliquait beaucoup aux AlIemands; 
c'etait pendant la formation de I'Etat polonais au moyen age, 
a l'epoque des luttes avec l'Empire germanique. Et je ne crois 
pas que ce soit seul le blond vif des Germains qui ait pro- 
voque la metaphore, car ni tous les Germains ne sont bIonds, 
ni cette couleur des cheveux ne manquait-elle parmi les Slaves. 
Le chien roux semble appartenir a la meme categorie que 
celIe ou nous trouvons deja spiiniJm ca3'ru'casmiJm... zairigaosiJm 
et ses camarades vediques. Qu'un nom prononce d'abord avec 
respect, sinon avec effroi, pUt devenir pejoratif, cela ne doit 
pas nous etonner: ces changements de sens ne sont pas san s 
exemple, d. le ved. asura, yak!fa etc. Le chien roux, descen- 
dant de spli zairitli, a rejoint d'autres epithetes que les voisins 
aiment a echanger entre eux. La representation des quatre 
yeux est en rapport avec la force du regard. L'Avesta n'en 
parle pas, mais on apprend par des textes tardifs, qu'on attri- 
buait au regard du chien la vertu d'eloigner les demons. Les
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VtDAS 


41 


Parsis connaissent le rite de Sagdid 8), observe au moment de la 
mort d'un mazdeen. "On place un chien a quelques pas du 
lit funebre, de fac;on a ce qu'il regarde le visage du mourant. . ." 
Ił voit les esprits qui assaillent le mourant et peut les chasser, 
car il est en etroite relation avec l'autre monde. Cette croyance 
est assez repandue chez d'autres peuples encore, surtout en 
Europe orientale 9). La ceremonie du chien se repete deux fois 
avant l'entree au daxma". Autant qu'on sache, on pouvait se 
servir a cet effet de chiens qui n'avaient aucun signe extra- 
ordinaire. Mais dans l'Inde le regard du chien porte en lui 
, la souillure, d. Manu III, 239 ss. Cest des chiens ordinaires qu'on 
se sert dans le rite de purifieation decrit Vend. VIII, 37 et ss. 
Tous ceux qui ont ete souilles par le contact direct du 
cadavre d'un homme ou d'un chien - l' A vesta n'y fait pas 
de difference et la formule spanasco narasca reste invariable,- 
doivent se purifier avec de l'urine de vache, gao'maeza, et 
avec de l'eau. Cela dans le cas ou le cadavre aurait deja ete 
partiellement devore par les betes ou les oiseaux carnivores. 
Mais s'il est encore tout entier, il reste davantage en la pos- 
session de la nasuś et la purification est plus compIiquee. On 
creuse trois trous dans la terre, l'impur se lave avec du gao. 
maeza seul et on amene les chiens: 


fra me gaowa zazayąn niźbiJriJta noi! ainiźbiJriJta niibiJriJta 
haca paourvaeibya V. VIII, 37. 
Le passage est extremement diffieile. SPIEGEL declare car- 
rement ne pas le comprendre. Les traductions de de HARLEZ 
et de DARMEST£TER ne sont pas satisfaisantes. BARTHOLOMAE, 
Worterb. 1088, donne ceci: 
"sie sollen meine Hunde herholen [- cependant gaowa 
est au nominatif? -], indem sie sie forttragen (von ihrem 
Lager weg), nieht ohne dass sie sie forttragen durch F orttra- 
gen an den Vorderbeinen" - ce qui est d'un style extreme- 


B) SPIEGEL, Avesta, II, XXXIII. De HARLEZ, L' Avcsta ou livre sacre..., 
CLXXII. Aussi J. S. MOD!, Die Leichengebriiuche der Parsen dans Glo- 
bUB, t. 64 (1893), p. 395. 
B) CI. A. WUTIKE, op. cit., p. 127; Fr. KRAUSS, Sluwische Volksfor- 
schul1gen, 1903, p. ] 13; JSFOu, V, 76; MSFOu, XVIII, 34 etc.
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


ment lourd, mais correspond exactement au texte, a ce langage 
gauche, a repetitions de details exacts et par cela me me 
incomprehensibles pour nous. On pourrait seulement faire 
quelque objection a "meine" en proposant "mir" a sa place. 
En effet les passages precedents n'autorisent point a conclure 
qu' Ahura Mazda parle de ses chiens, a lui, et d'autre part me 
avestique est souvent employe uniquement pour souligner le 
sens imperatif du verbe. 
Contrairement aux citations precedentes, le texte se sert 
ici de gaowa- et non de span-. BARTHOLOMAE suppose qu'il est 
question d'une race particuliere. Mais aucun des passages, - ,. 
seulement du Vendidad. - OU I'on rencontre gaowa n'autorise 
cette conclusion. JUSTI, Handbuch der Zendsprache, p. 101, cite 
Fr. MOLLER qui traduitgaowa par "le chat". jusTl ne le croit pas 
et la raison est que, selon lui, le chat n'a ete introduit en Asie 
qu'au moyen age. - Au contraire. Manu et Mahabharata con- 
naissent deja marjara "le chat". D'autre part, ił est evident 
que le Vendidad, id et plus loin , dans le fargard XV, ne peut 
parler que du chi en. L'etymologie de gaowa est inconnuej d. 
le sogdien kwi. Le mot doit etre vieux, car ił peut s'employer 
pour les deux genres. II existe un Mm. gaowa, mais quand 
on sousentend hairisi "femeIle", on peut dire d'une chienne 
.'la gaowa, Vend. 15, 19. Mais ił est toujours etonnant que 
sanł-S, qui est feminin, au moins par sa desinence, ne soi t 
employe qu'au Vend. XV, OU ił est question - il s e m b I e 
n'etre question que du chien en generał. lei, OlI 1'on parle cia i- 
rement d'une chienne, on I'appelle gaowa, nom plutót generi- 
que qui n'indique pas le sexe. gaowa sont aussi les chiens 
qu'on amene dans le rite purificatoire Vend. VIII, 37 ss. 10). 
On amene donc les chiens, - le texte ne dit pas com- 
bien mais gaowa ne peut etre que le pl., - en les tenant par 
les pattes de devant. Est-ce une maniere ritueIle d'amener les 
betes, ou bien est-ce la maniere humanitaire ordonnee au nom 
d' Ahura Mazda par le prophete soucieux de bien traiter les 
chiens, de ne pas les amener au moyen de coups ou en les 
tirant sur une corde? Peut-etre l'un et l'autre. Peut-etre aussi 


lU) cr. encore SPIEGEL, Variu, p. 369.
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEOAS 


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s'agit-il de toucher le chi en, d'etre ave c lui en contact direct. 
ANQUETlL a retrouve en Perse la pratique signalee ci-dessus. 
"II a vu amener un chien au milieu des sillons et l'impur tenir 
la main sur ce chien, en passant d'un trou a l'autre 11). Le con- 
tact de l'animal est indispensable, il est porteur d'un principe 
purifiant. - Doit-on dter id encore une fois K. F. KARJALAINEN 12) 
qui dit des VoguIes: on pretend "dass die Wog. den Hund 
fur eine Verkorperung der Gottheit betrachten"? II est pru- 
dent de ne pas en tirer des conclusions precipitees. 
Le procede purificatoire du Vend. VIII, 37 au moyen de 
chiens ou d'un chien est repris aupres de trois nouveaux trous 
et accompagne d'une nouvelle ablution de l'impur avec du 
gao'mai!za. A la troisieme serie de trous, Ie purifie se lave tout 
entier a l'eau; on ne parle plus des chiens. 
Le role purificatoire du chien dans l' A vesta n'a pas 
d'analogie dans les Vedas. Des qu'on ne parlc pas de deux 
slirameya, le chien dans I'Inde des Vedas est pluto t un animaI 
redoutable. Vorace comme le chacal et comme le loup, il est 
non moins sauvage qu' eux. śune kró
!re ma śarira,!-i kar/a m 
A V. XI, 2, 2 "que nos corps ne soient pour le chien ou pour 
le chacal" implore-t-on ainsi la protection des dieux. tad enaqz 
vrka vii śvano vadyur "Ies loups ou les chiens le devoreront" 
glose le SB. XI, 5, 1, 8 l'exclamation de Pururavas: sudevó 
'adya prapated... adhainaqz vrkii rabhasdso 'adyur. Dome- 
stique, il est assez meprisable; son nom est le terme de com- 
paraisons d'OlI toute grandeur est exclue: yó na!J- śapad aśapata!J- 
śapato yaś ca na!J- śapat I śune pe
fram ivavak
aman:z tam pra- 
t.fJasyami mrtyave "quiconque nous maudirait sans que nous 
le maudissions ou qui nous maudirait Ie maudissant, je l'aban- 
donne, desseche, a la mart, comme on jette l'os a un chien" 
dit I' Atharva- V. VI, 37, 3 pour bien indiquer la haine et le 
mepris qu'on a de l'ennemi. Le chi en est gourmand, importun 
et rodeur; on le chasse avec colere : apa śvanam śnathi
!ana 
sakhayo dlrghajihvyam RV. IX, 101, 1 "chassez avec des coups, 
6 amis, le chien a longue langue". Un avare qui n'apporte pas 


11) De HARLEZ, op. cit., p. 108. 
l!) Op. cit., dans FF Communicatiolls, t. 
O, 1927, p. 39.
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


d'offrandes est comparc
 au chi en, RV. IX, 101, 13. Le nom du 
chien rentre dans la composition des surnoms meprisables de 
trois fils du brahmane cupide, Ait. Br. VII. Manger la chair 
du chien etait chose degoiitante: avartya śuna antrliT}-i pece 
"dans ma misere j'ai roti (pour manger) les entrailles du chien" , 
se plaint Indra RV. IV. 18, 13. "Ceux qui font bouillir du chien" 
śvapaca ou śvapaka est le nom meprisant d'un hors-caste, fils 
d'un Car;tgala et d'une Brahmar;tł ou d'un autre mariage mixte, 
egalement condamnable. śvabhojin du Ramaya1)a, śvabhak
a du 
Mahabh. (BR. Worterb.) sont des termes pejoratifs, bien que la 
chair de chien ne figure pas parmi les nourritures interdites 
par la loi. Au contraire, dans l'Iran, celui qui mangerait du 
chien serait egal fi qui mangerait des cadavres humains. II en 
contracte une souillure eterneIle. 
Kat ta nara .'1aozdayąn a1Jhan 18) . .. .'1 a nasaum fra1Juhqrlit 14) 
sanD va para'iristahe masyehe va Vend. VII, 23. 
ayaozdayąn a1Jhan... taeca naro garao(J"karatf1sca zarao('j". 
kariJtf1sca taiJca narD spiti'doi&ra casmanat haca niźbarantiVII,24, 
"ces (deux) hommes sont-iłs purifiables 7 ceux qui man- 
geraient le cadavre du chien ou d'un homme mort 7" (= d'un 
mazdeen mort 7 car iristay- se rapporte aux creations d' Ahura M. ; 
pour les autres ił yale terme maratay-). 
A. M. repond: "ils ne sont plus A purifier... ni ceux-IA 
non plus qui enlevent la bile ou le coeur (du cadavre du 
chien ou de l'homme), ni ceux qui enlevent I'oeil de la ca- 
vite oculaire". 
On suppose generalement qu'il est question id d'un usage 
de magie. Certaines parties du corps ou des intestins avaient 
une importance particuliere A cet egard. Rappelons-nous entre 
autres dans le culte, dejA en partie epure, des Brahmal)a, 
I'offrande d'omentum, cł. ŚB. III, 6, 3; 8, 1; VI, 2,2 etc. 
Cependant les causes d'interdiction de la viande du chien 
dans l' A vesta et chez Manu p. ex. ont une origine differente. 
C'est le respect, dans l'Iran; c'est le mepris dans l'Inde. 
Śvavrtti "u n gagne-pain de chien" ou une existence meprisable, 
18) Pluriel pour le duel. 
14) Defaut de concordance avec yii.
		

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			tE: CłłlEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


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appelIe Manu IV, 4 et 615) la servitude de Brahmane. Le chien 
est compare ił un CaJ;ląala, Manu III, 249 ss. Un brahmacarin 
qui calom nie son guru renaitra comme un chien, ib. II, 201. 
Ił en sera de meme pour un brahmahan, XII, 55. Pendant la 
ceremonie en l'honneur des Manes, on ne doit ni s'irriter, car 
la colere attire les ennemis, ni men tir, car le mensonge attire 
les chiens, ib. III, 230. "Lorsque les cris du chacal, du chi en, 
de l'ane ou du chameau se font entendre, le Brahmane ne 
doit pas lire les Vedas" ib. IV, 115. La nourriture qui s'est 
trouvee en contact avec un chien est souillee, ib. 208. Les 
eleveurs des chiens appartiennent, - avec beaucoup d'autres 
metiers, ił est vrai, - aux castes viies, ib. III, 164, 216. En 
somme, tout en reconnaissant les quaIites de l'animal - dont 
ił sera encore question - on le regardait dans l'Inde, tout 
autant qu'en Grece et i1 Rome (d. Otto KELLER, Die anlike 
Tierweli, vol. 1, "Hund"), comme une bele plutot impure. L'in- 
continence du chien le faisait bannir des lieux saints. Tout 
bon gardien qu'ił fUt, on le tenait eloigne de l' Acropole (op. 
cit.). Cela se retrouve un peu partout, et aujourd'hui encore 
le peuple dit en Pologne: "co po psie w kościele 7" = "un 
chien n'a que faire ił l'eglise". "Chien, chienne" sont des inju- 
res courantes; le folklore et la litterature europeenne, ił com- 
mencer par l'lliade et 1'0dyssee, en fournissent de nombreux 
exemples. Je ne connais pas cette sorte d'injure dans les textes 
indiens, peut-etre parce qu'iJs nous ont garde peu de tableaux 
de la vie du vulgaire. Mais de meme que les superstitions 
actuelIes dans les pays si ave s 16) et en AlIemagne 1
), c'
st-ił-d. 
en Europe centrale et orientale, voient souvent dans le chien 
(noir ou non) l'incarnation du diable ou de quelque ame dam- 
nee, I'Inde populaire, sans doute non brahmanique, mais celle 
qui s'introduisait imperceptiblement dans la religion officielle, 
connaissait des etres malveillants sous la meme forme. Ił y a 
des demons śvagatu, dans le RV. 


l:') Traduction de A. LOISELEUR DESLONGCHAMPS, Paris. 
16) H. MACł-łAL, Niikres sloVlt1tskiho Mjeslovi, pp. 97. 173, 184 SS., cI. 
aussi B. 6. M H n n e P "lo, BHa'ieHle CotJakII Bil MH90J/01H'iecknX1J riPOBOHlRX3 dana 
/lpeBHocmH. t. VI, 1876. 
17) A. WUTIKE, Der deutsche Volksaberglaube, p. 127.
		

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ł-ł£LENA WIlLMAN-GRABOWŚKA 


Des figurines de demons a tete de chien ont ete trou- 
vees en Asie Centrale (voir la salI e Ha99a au Mus. Guimet) ; 
le bouddhisme a adopte id les croyances populaires largement 
repandues et son art s'en est impregne. Ces sortes de yulu 
et de yak
a indiens sont la contrepatrie d'Anubis egyptien, 
dieu genereux et favorable aux hommes. Le chi en-symbole 
ou le chien-dieu-dćmon couvre une aire si grande et assiste 
a la civilisation depuis si longtemps, que des correspondances 
se retrouvent a tout moment. II est impossible de fixer l'epo- 
que et le lieu de leur point de depart. 
L' A vesta n'a pour le chien que des eloges. Mais avant 
d'entrer dans les details, il fa ut remarquer que le terme span- 
s'etend en avestique sur diverses especes d'animaux. On s'en 
apen;;oit des que l'on aborde le Vend. XIII. A la question kat 
lat dqma spanto'mainyava "quel est l'etre qui appartient a 
sp
nto Mainyus 7" Vend. XIII, 1 Ahura Mazda repond: spamm 
slźdnm urvl"saram - ces noms sont a l'accusatif com me s'ils 
remplissaient la fonction d'objet du verbe mraot, - yim vaTJ- 
haparam gim masgaka avi duzvacaTJho du'źakam nqma aojaite, 
Vend. XIII, 2, traduit par BARTHOLOMAE (Worterb. 1348): "den 
scheuen, spitzschnauzigen Hund VaTJhapara, den die iibelre- 
denden Leute Du'źaka nennen". La phrase a donne beaucoup 
de maI aux traducteurs, a commencer par Huzvard. SPIEGEL, 
s'appuyant sur le pehlvi OlI duzaka est rendu par un mot qui si- 
gnifie "le herisson", ramene a ce sens sl'źdram 18) urvisanm 
,,(der Hund) mit stachlichem Riicken"; "le chien porte-dard" 
de HARLEZ. BARTHOLOMAE, en partant de sizdgo Yt. XIX, 84 et 
de slzdgamna Y. XXXII, 4 et en com para nt s['źdram avec 
mqz-da-/mqzdra, fait deriver sl'źdriJm de sgazda- "zuriickwei- 
chen", et trouve le sens de "scheu". 11 se peut qu'on ait eu 
id en vue l'habitude du herisson de se dissimuler sous ses 
epines. urvi"saram que SPIEGEL rattachait a urvaes "tourner, se 
retourner", ce qui lui a permis de voir dans l'adjectif en que- 
stion le sens de "laineux" et de supposer que le texte parlait 
d'un ani mai couvert de poil frise - a ete rattache par BARTHOLOMAE 
a urvi-xaooa et urvi-van&ra, OU le sens du premier terme parałt 


18) SPIEGEL, Al'estlt I, p. 190, note: "Fiir r-ijdrn habe ich gar keinen 
Anhaltspunkt" .
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA 
T DANS LES VtDAS 


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etabli comme "qui finit en pointe". Le resultat en est: ,,(l'ani- 
maI) qui a la tete pointue". Tout cela grace a la traduction 
pehlvie qui a parle d'un herisson, car ił n'a pas ete possible 
de trouver une signification a VQrahlipara, mot que I'on ne 
trouve dans I' Avesta que cette seule fois-ci. 
Ce 
pa sizdro detruit des milliers de creatures d' Angra 
Mainyus. II le fait fi l'aube, jusqu'au lever du solei!. Telle est 
I'idee de la phrase (Vend. XIII, 2): v -spJm paili usfiraham li ha 
vaxsat hazararaja alJro.mainyus (au lieu du genitif mainyas, 
mais la vraie quantite des voyelJes est souvent negligee par 
les copistes de l'Avesta) pailijasaiti. Le herisson detruit en 
effet les hannetons et les founnis. Les uns et les autres, sur- 
tout ces dernieres, devant etre fort rćpandus sur le territoire 
sec de la Bactriane, etaient par consequent nuisibles, par con- 
sequent - les creatures d' Angro Mainyus. La proposition de 
de HARLEZ, op. cit., p. 136 qui cherche a voir ici, sur l'autorite 
de BUFFON, une espece de fourmilier, n'est pas necessaire. _ 
Autant pour spli duzako. 
Le crime d'avoir tue une loutre, udram, animai sacre pa- 
rait-iI, est expie par le massacre de "dix mille serpents Kahr- 
puna de l'espece (7) de chien" , "Hundschlangen" de BARTHOLOMAE 
(Wiirlerb. 455): baevara azinąm spakanąm Kahrpunanąm ava' 
janylil Vend. XIV, 5. On ignore ce que peuvent etre ces 
Kahrpuna qui sont en meme telllps serpents et chiens, creatu- 
res du mauvais esprit, contrairement a spa tout court. . 
Le Vend. V, 31 ss. enumere encore d'autres "chiens". 
Ce sont sp.a sukuriJno ("Stachelschwein", BARTHOLOMAE), spa ja- 
zus, spa aiwizus, spli Vlzus, tous les trois inconnus pour nous, 
car non caracterises et, en dehors de ce passage, mentionnes 
une seule fois, sans plus. Le dernier de la liste est spa urupis, 
que DARMESTETER (ci te par BARTHOL.) traduit par "belelte", ani- 
maI qui remplac;ait le chien avant que celui-ci ne fUt connu; 
de HARLEZ, attire par l'analogie du lat. vulpes, le traduit par 
"chi en renard". Si le chien derive du chacal, du loup et sur- 
tout du loup tibetain (O. KELLER, op. cit., 91), ił est possible 
que ces noms du Vend. V soient ceux de races differentes. 
Le Vend. XIII, 16 mentionne encore raopis, aussi un mot isole. 
C'est le renard en pehlvi. BARTHOL. Warl. estime cette traduc-
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


tion comme incertaine. Cependant, si c'est un mot compose, 
on y distinguerait un element rao(k} "briller, etre clair etc." 
et un autre pag/pis < paes "colorer, orner", mais surtout dans 
le sens de la couleur, d. sI. plslru "bariole". Cette radne se 
retrouve dans le nom du chien plsu en slave, qui offre un 
parallelisme sernantique avec ved. śabala, forme prakritisee de 
śarvara. Le "chien" serait alors ,,(un animai) de couleur claire, 
eclatante" et correspondrait a un chien jaune ou roux comme 
le renard; ił serait tachete. 
raopis (il la forme du nominatif mais indiqunnt le genitif) 
est accompagne de l'adjectif gaoniJ"xVala (-he). BARTHOLOMAE 
(Worlerb. 231) dit id: "Oenkbar ware auch gaonoxVanl- (vgl. 
namaxVanl. . .), Ableit. aus *gaonah-. Oie Bedeutung bleibt auch 
so dunkel". Et ensuite ił renvoie a gavan-. 
Or gavan-: gaon. designe en premier lieu "Getreidefeld". 
je crois que le veritable cham p de ble est gav(rcaranya que 
BARTHOL. traduit aussi par "Getreidefeld"; gavan-, "Ableit. aus 
gava-" dit BARTI-lOL., esttout simplement "le ble". Dans le lan- 
gage familier on dit tout naturellement "le ble" pour "un 
champ de ble" ou pour "un grenier, un depót de ble" - autre 
signification de gavan - ou en general pour dire "ce qui se 
rapporte au ble". Hau raopis gaon(rxf>alahe est le chien jaune 
couleur de ble mur. A l'epoque OU les races de chiens ne 
s'etaient pas encore differendees au point de vue de la gran- 
deur ou de la forme du corps des individus, la couleur restait 
le trait exterieur le plus frappant. Remarquons aussi que les 
couleurs etaient le plus souvent nommees d'apres les objets 
qu'elles caracterisaient. On disait que tell e chose "brillait" ou 
"luisait" - car c'etait l'expression qui signifiait "avoir la cou- 
leur", - comme la mer, comme le ciel, l'or etc. etc. C'est du 
reste ce que nous faisons aujourd'hui, sans y penser, et en 
passant par des assodations beaucoup plus compliquees" raopis 
gaon7J"x v atrJ est textuellement "celui qui est orne de lumiere 
(couleur) comme le ble"; c'etait l'epithete distinctive d'une 
des categories de spa. Comme beaucoup d'epithetes elle etait 
destinee a remplacer avec le temps le nom generique auquel 
elle ne servait d'abord que d'apposition.
		

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			LE CHłEN DANS L'AVESTA ET DANS LES vEDAS 


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Tous ces spa jazus et autres sont des creatures de Sp
nta 
Mainyus, non comme les precedents, les serpents Kahrpuna, 
qui ne sont que spaka-, qui ont l'apparence seule du chient 
sans en avoir la nature. II est vrai que les Medes appelaient 
le chien de ce nom (HERODOTE, I, 110). Mais ił est isole dans 
l' Avesta et le Vend. XIV, 5 paralt faire distinction entre spak- 
et son derive spaka-. C'est justement ce derive qui s'est con- 
serve en russe: co 6aKa. Les chiens enumeres Vend. V, 31 et 
Vend. XIII, 16 appartiennent ił la familIe des spa.ci3ranąm. 
Les composes ił second terme ° Ci&ra, sont au nombre 
de 2 ł dans le Diet. de BARTHOLOMAE. lIs se rencontrent dans 
les Yast, c'est-a-d. dans la partie plus recente de I'Avesta; on 
en trouve quelques-uns aussi dans le Yasna et le Vendidad. 
L'idee fondamentale de cia'ra, sa signification concrete, 
est "l'apparence"; I'idee derivee (BARTHOLOMAE le conteste) est 
celle de "race (= qui a les memes signes que.. .), naissance, pos- 
terite" et enfin "semence". II Y a des etres qui sont azi'ci3ra 
Yt. m, 8; 9; 11 "de la race des dragons" et azici{}ra'aziCi- 
&ro.tama "le plus dragon parmi ceux qui sont de la race des dra- 
gons, des gao.Ci&ra "qui ale signe, ou qui contient, le principe du, 
betail" , huit exemples disperses un peu partout; deux vahrko' 
Ci{}ra et un superlatif, tous dans le Yt. III, "descendant du loup"; 
dans le meme Yt. III on trouve trois bizangrlYci&ra, "descen- 
dant d'un bipede", et un superlatif. Sur leur modele on a fa- 
brique lilars'Ci&ra (une fois, Vispered 16), lilra.Ci&ra Vend. 
VIII et autres °Ci3ra isoles, don t la plupart termes savants 
porteurs de conceptions etrangeres au monde iranien. Spa.Ci&ra 
est de ce groupe de noms d'objets concrets 011 appartiennent 
aZio, vahrkoO et bizangr(rCi&ra. 
Śvlipada, śvlipad ou śvtipad ont dans le RV. et A V.la va- 
leur de "animai sauvage, une bete de proie etc.", et plus tard 
celle de "quadrupede". Dans l'Iran, ił apparalt selon les textes 
que to ut animai a tete effilee et a corps allonge, qui rappelait 
par consequent le chien, pouvait etre nomme spa ou, au moins, 
spaka-. Le type representatif des 
-pa'ci&ra devait etre le chi en 
Ioup. II etait naturellement frequent dans les contrees qui 
avaient, de toute antiquite, la reputation d'etre infestees de loups. 


ROCEnik Orientalistyozny, VIII. 


4
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


la fargard XIII du Vendidad mentionne le croisement des 
chiens avec des loups. Ił semble qu'on n'en avait plus besoin 
pour ameliorer la race; au contraire, on l'evitait. Probablement 
le chi en domestique etait encore assez proche de son parent 
des fourres. On demande, Vend. XIII, 31, lequel des deux 
biltards est plutot atuer: celui qui vient d'un loup et d'une 
chienne, ou bien d'un chien et d'une louve? De la premiere 
union naissent des chiens, splin a, qui s'attaquent aux autres 
chiens et, naturellement, aux domestiques, gardiens des trou- 
peaux etc. (d. l'enumeration du Vend. XIII, 8). De la seconde 
viennent "des 10lips plus dangereux, plus meurtriers pour les 
hommes et les betes que les autres loups" vahrka. . dui;to. 
tarasca gae&ojatarasca ga&a anga vahrka. L'elevage actuel des 
chiens-loups ne produit ordinairement que cetle seconde ca- 
tegorie de batards. On ne leur connait pas de ferocite parli- 
culiere. Ił est vrai que notre chien occidental est tout a fait 
domestique; quant au loup, ił est rare et fuit l'homme en temps 
ordinaire. Nous ne pouvons pas juger de ce qu'etaient ces bet es 
plusieurs siecIes avant notre ere, sur les hauts plateaux de 
l'Iran a moitie deserts, OU les betes de proie vivaient en mai- 
tres, et lorsque notre simple chi en berger pouvait etre a juste titre 
compare au guerrier: ast;... ga&a ra&aestarahe. Vend. XIII, 44. 
L'Avesta appelle les deux sortes de batards du meme 
nom vahrkag
 (au genitif duel): 
Katara zl agfi vahrkagfi ]ą3wo.taro aIJmn... ga&a spli 
vahrkahe karanaoiti ga&a gal vahrko spli. 
Comme beaucoup d'autres, ce passage presente des diffi- 
cultes. les deux spli ont la desinence du nominatif sg. msc.; 
vahrko et vahrkahe ne distinguent pas le genre. Ou est-ce id 
,,(de ou dans) la chienne", "la louve"? Le sens est donne pa'r la 
tradition, et l'on n'a qu'a admettre avec BARTHOLOMAE: "das ist 
jedenfalls der Sinn der Stelle" (Worterb., p. 1419; d. aussi 
de HARLEZ, op. cit., p.144, et HOBSCHMANN, ZDMG, XXVIII, p. 84: 
"... VieIleicht ist mit anderen Handschrjften besser spli vahrka 
oder. .. vahrke, wobei vahrka, vahrke das F emininum ware"): 


le chien domestique garde la maison contre le voleur 
et le troupeau contre le Ioup (Vend. XIII passim); ił est na-
		

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51 


turel qu'on ne lui fasse pas souffrir de mauvais traitements. 
Cela devait cependant arriver assez souvent" vu la rudesse 
des moeurs confirmee par d'autres temoignages. Le Vendidad 
protege le chien tout particuIierement. II insiste sur les cha- 
timents pour les blessures qu'on ferait au chi en, classe ces 
delits et demande pour eux la peine de baoo(rvarsta, c'est-a-d 
la punition qu'entraine tout crime volontaire. Pour un coup 
mortel porte au chien, si c'est un chien gardien des troupeaux, 
le plus estime, la peine peut s'eIever a 800 coups d'aiguillon 
ou de srao-Śo'caranQ 19). - D'apres le sens rituel de ce dernier 
mot, les mazdeens auraient connu I'usage de la discipline en. 
vue de la mortification. - Pour la mort d'un jeune chi en, la 
penitence n' est que de 500 coups. Ces chiffres etant trop eleves 
pour que les chatiments soient pris ił la lettre, on a su g- 
gere que les coups d'aiguillon doivent etre donnes aux 
betes nuisibles, creations des daeva. Parmi ces dernieres figure 
la tortue! baevariJ kasyapanąm ava"janyat Vend. XIV, 11. Si 
'on se rappelle que kaśyapa est (e nom des genies solaires 
dans I'Inde, que c'est aussi le nom d'un r
i, createur mythique, 
et surtout si I'on se rappelle que les anciennes traditions reli- 
gieuses aUribuaient a la tortue un role cosmogonique, role 
qui rapproche la mythologie indienne de la mythologie chi- 
noise, on constate encore une fois qu'ił existe a certains 
egards, entre I'Inde et ('Iran, une opposition tres nette et 
tres tranchee. 


La loi indique en detail a quelle distance des troupeaux 
ou des habitations ił faut placer le chi en, pour qu'ił remplisse 
bien son devoir. Le plus simple paysan d'aujourd'hui s'etonne- 
rait, si on se mettait a (ui parler de choses si naturelles. Le 
legislateur iranien jugeait cependant necessaire d'apprendre 
a son peuple la meilleure maniere de se servir du chi en. C'est 
comme si cet anima(, ou au moins son emploi dans I'economie 
de l'eleveur, - c'est toujours de troupeaux qu'on parle dans 
le Vendidad, non d'agricuIture, - etait chose neuve. Cette con- 


]9) Sra03lt- OU (g.)6arao_,a- = "obeissance de I'homme ił la volonte 
divine" + y'tar "se mouvoir". 


4-
		

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HELENA WILLMAN.GRABOWSKA 


clusion s'impose a la lecture du fargard XIII. La sollicitude 
que la loi temoigne au ehien en est une preuve indirecte. Ainsi 
le mazdeen qui prive de nourriture Ie ehien gardien des trou- 
peaux contracte une souillure aussi grande que s'ił refusait la 
nourriture a un noble chef de elan. Un chi en gardien de village 
est eompare a un ehef de maison moyenne, nmlina, oppose 
a vis. Si l'on donne une nourriture insuffisante a un ehien de 
garde personnelle, gr; splInam tarr;.pi3wam dasti gim vohunazgam 
Vend. XIII, 24, le peehe est le meme que si on le commettait 
ił I'egard d'un pretre venu demander I'hospitaIite. Un tout 
jeune chien est eompare a un enfant bien ne. le maI qu'on 
lui fait egaIe I'injure faite a un mineur d'origine mazde- 
enne. travaillant dans la maison, aparanlI'yakam dahmo.karatam 
syao3nam'varazam Vend. XIII, 26. 
II n'est point question du ehien de ehasse j au moins 
n'en trouvons-nous pas de nom partie uli er. C'est sans daute 
vohuna.zgr; ("Bluthund, Hund der auf den Mann geht" BARTHOL.) 
qui servait a cet usage. Son nom me me parait l'indiquer: le 
premier terme est un presume vohuna "sang", non atteste sous 
eette forme; vohunl seul se rencontre dans les Yast et dans 
Ie Vendidad. Quant au seeond terme, ił est derive de hang, 
skr. sajati "adherer a qlq. ch." On peut don c eomprendre par 
la un ehien dresse a poursuivre la bele ił la traee du sang. 
Les eertitudes manquent, d'autant plus que vohuna'zgr; est un 
mot isoIe. Repete plusieurs fois Vend. XIII, dans des phrases 
toutes pareilles, ił ne revient plus dans le texte. La traduction 
pehlvie ne s'explique pas elairement. DARMESTETER croit que 
c'est un ehien errant, sans maitre, - mais alors le texte ne 
Ie plaeerait pas parmi Ies animaux domestiques dont ehacun 
a sa fonction. - JUSTI, Handbuch der Zendsprache: "Der abge- 
richtete Jagdhundj in einer Rivayet... ein gelehriger Hund". 
Ce sens est Ie plus probabie, mais ił n'est permis de rien 
conclure. Tandis que l'Inde mentionne souvent le chasseur et 
le ehien de ehasse, I' A vesta se tait la-dessus. L'epithete in- 
dienne du ehien est varlIhagu!J. "qui ehasse le sanglier". Ainsi 
RV. V, 86, 4 , Indrli1)1 faehee eontre Vr
li.kapi s'eerie: 
śva nu asga jambhi
ad api kan}e varahagur 
"que le chien, ehasseur de sanglier, Je morde bien fort 
a I'oreille".
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


53 


Dam; un autre endroit: 
tvam sakarasga dardrhi tava dardartu sakaraIJ. 
"prends garde au sanglier, que Ie sanglier prenne garde 
"ił łoi" RV. VII. 55. 4 a. C'est-ił-d. "tu ferais mieux de prendre 
garde au sanglier ou: de chasser le sanglier (que d'aboyer 
contre nous. qui louons Indra)". disenł Ies om bre s ił Sarameya 
qui les arrete en chemin. 
l'lnde fournissait des chiens de chasse aux pays eloi gnes 20). 
On les payait tres cher. lis etaient ardents. vigoureux. exceI- 
lents chasseurs de sanglier. dociles ił Ieur maitre. Leur renom- 
mee s'etendait au Ioin. HERODOTE (I, 192) ecrit qu'on les impor- 
tait ił Babylone. XENOPHON fai t leur eloge dans sa Cynegetique. 
STRABON. et d'autres apres lui, Ies disent etre des betes super- 
bes. On connaissait plusieurs races de chiens originaires 
d'Orient 21): les chiens de la Perse. de la Medie, de I'Hyrcanie 
et de I'Inde; ces derniers passaient pour I'espece la plus no- 
ble et la seule employee ił la chasse. lis etaient apprecies 
dans le monde antique: on payait le tribut avec des chiens 
de chasse 22) et on les echangeait comme cadeaux precieux. 
La Bactriane semble avoir surtout eleve des chiens de 
berger. Remarquons ił ce propos un fait cite par ARISTOTE 211). 
Les habitants de I'Epire, qui elevaient des troupeaux de boeufs 
de tres grande taille, etaient obliges d'avoir des chiens tres 
grands et tres forts pour gard er ces troupeaux. C'etait une 
race pąrticulierement douee, mais jamais capable d'accompagner 
le chasseur. Peut-etre en fut-iI de meme au pays de I'Avesta. 
On n'y tue pas le chien: Ol os 01) Marol /XrJ't0XSlpL"Ij 1tay't/x 
1tA1)Y ')(.!)\IO; 'X./Xl tXyI).PW1tOIJ 'X.'tSLYOOm (HERODOTE I. 140). Quand il est 
malade. on le soigne et 10rsqu'i1 risque d'etre malfaisant, on 
lui attache "un billot de bois taille sous le collier" (de HARLEZ). 
de me me qu'on Ie fai t encore maintenant dans nos campagnes 
pour l'empecher de courir. Quand un chien cesse d'aboyer 
et manifestement n'a plus I'intelligence qu'il doi t avoir ordinaire- 
ment - gał... spii avaM vii bavat aoaitgrJ"xratus Vend. XIII. 


20) O. STEIN, D
 lndien in griechischen Papyri, p. 35 dans Indologiea 
Pragemia l. publ. par M. WINTERNITZ et O. STEłN. 
31) O. KELLER. op. cit., I, p. 90. 35. 
12) HOSKINS. Travel,. p. 328. 
28) O. KELLER, op. cit., I, p. 104.
		

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HELENA WILLMAN -GRABOWSKA 


29; 31 - et qu'iI s'attaque aux hommes ou aux betes, on lui 
coupe l'oreille droite. A la seconde aUaque on lui coupe 
l'oreille gauche; s'il continue encore, on lui coupe la patte 
droite et la queue. - Le texte est ici corrompu , le 
33 con- 
tredit le 
 32. II est evident qu'on a recueilli des passa ges 
differents provenant de redactions differentes et qu'on les a cou- 
sus ensemble. Quoi qu'iI en soit, ('amputation de la patte 
semble un acte tres cruel. Mutilait-on un chien pour le 
rendre inoffensif, en evitant de le tuer 7 S'agit-iI d'un chien 
enrage 7 avac-a. "sans voix" pourrait bien y faire alIusion. 
Mais la rage est tres rare chez Ies chiens qui vivent en liberte; 
si elle se declare, elle est trop dangereuse ił tous, hom- 
mes et betes, pour qu'on ne cherche pas ił supprimer 
I'animal malade. Les pretextes ne manqueraient pas pour con- 
tourner la prescription du Vend. VIIl, qui du resłe ne se rap- 
porte qu'aux chiens employes par I'homme ił son service. 
Le 
 35 reprend le problem e du 
 29 et 31, mai s le pose 
un peu a utrement. gat ahmi nmline gat mlizdagasnois spli ahąm' 
baooiJmno vli bavat aOliitgo'xratus ku{}a te varazgąn a/de goi 
mazdagasna "si dans une maison mazdeenne, un chien ne sait 
pas se servir de ses sens et n'a pas l'intelligence saine, que 
doivent faire alors les serviteurs d'Ahura Mazda 7" A. M. re- 
pond qu'il faut chercher ił guerir le chien. comme on cherche 
ił guerir l'homme malade, et ce n'Łost qu'ił defaui de tout autre 
moyen qu'on doit recourir au billot de bois. Ainsi a'hąm'bao- 
oamno "non percevant" est un defaut moindre qu'avac-a. "muet". 
Est-ce parce que le chien qui n'aboie pas et ne signale pas 
Ie voleur manque ił sa fonction essentielle 7 d. Vend. XIIl, 
49: noit me nmamm vlolilo hista'1li 24) zqm paili ahura'oatąm 
gezi me noit -a.1Jhat spli pasus'haurvo vli vis"haurvo vli "ma 
maison ne tiendrait pas solide (text. sur sa fondation) sur 
cette terre creee par Ahura, si je n'avais pas de chien gardien 
de troupeau ou de chien gardien de maison". Tandis qu'on 
mutile le chien muet avac
 pour le rendre inoffensif, on prend 
soin d'un a'hąm'baooamna- comme d'un malade, et s'illui arrive 
de se faire maI, p. ex. en tombant dans un trou qu'il ne ver- 
rait pas. son maitre en est responsable. 


24) Les difficultes syntaxiques de ce passage n'empechent que le 
sens en est assez clair.
		

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jusqu'ici le Vend. XIII parle du chien en exaltant son 
importance ; ił fait de lui l'egal de l'homme. Mais le 
 28 du 
me me fargard en parle autrement. C'est surtout de la pitie 
qu'ił faut avoir pour la bete. Le chien affame n'est-ił pas assez 
miserable, quand ił róde autour des hommes lorsque ceux-ci 
prennent leur repas et qu'ił semble mendier siłencieusement 
leurs restes? Ił est naturel qu'on lui fasse l'aumóne. Ił est na- 
tureI aussi, peut-on conclure du texte, que le chien ne soit 
pas chasse de la presence de l'homme quand celui-ci se met 
ił table. Ił en est dans I'ancien Iran, comme iI en etait en 
Europe au moyen age et, ił y a peu de temps encore, dans 
nos campagnes, surtout dans la vie des chasseurs: les chiens 
re
oivent sous la table des os et d'autres dechets du repas 
du maitre. Tout le contraire dans l'lnde. "Ił ne faut pas qu'un 
CalJ.
ala, un porc, un coq, un chi en, une femme ayant ses 
regles, et un eunuque voient manger les Brahmanes" dit Manu 
III, 239. Le re gard d'un chi en detroit le resultat du sacrifice 
(ibid. 241), d. p. 43-45. La nourriture est servie aux chiens 
un peu ił part, par terre; ils ne mangent pas ił cóte de I'homme 
d'une caste superieure. 
Une autre raison de bonte ił I'egard du chien est donnee 
par le Vendidad. Dans ce monde d'etres vivants, dit le far- 
gard XIII, la decrepitude d'age atteint le chien le plus promp- 
tement: de toutes les creatures, c'est lui qui s'en va le plus 
rapidement vers la vieillesse aelam... damanąm asżslam zaurvl1- 
nam upaili Xiii, 28. Quelles etaient ces autres creatures? Sans 
doute I'homme, car le texte a une formule invariable spanasca 
narasca, peut-etre aussi le cheval et Ie boeuf; iI est souvent 
question de ce dernier, un peu moins du premier, dans I' A vesta. 
Les mazdeens devaient connaitre des animaux dont la vie est 
ordinairement plus courte que celle du chien. Mais, peut-etre, 
n'entraient-iłs pas dans la categorie des etres comparabIes 
au chien. Ił est difficile, d'autre part, de supposer que celui-ci 
fUt particulierement fragile. Cela aurait pu avoir Iieu dans la 
premiere periode de domestication, lorsque I'animal avait ił 
s'adapter ił de nouvelles conditions d'existence. Peut-etre le 
Vendidad, oeuvre de compiłation tardive, nous conserve-t-iI 
ici un souvenir des temps eloignes.
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


Dans un autre endroit, une dizaine de versets plus loin, 
nous lisons un chant d'eloges pour I'animal, declare peu avant 
si miserable: 


spl1niJm da{)-iJm zara{)-usira 
aZiJm go ahuro mazd
 
hvuvastriJm xVu'ao{)-riJm 
zaeni.buoriJm tizi'dqsllriJm XIII, 39 
"j'ai cree le chi en, ó Zarathustra, moi, qui suis Ahura 
Mazda; je l'ai cree, pourvu de son propre vetement et de sa 
chaussure, actif veilleur, aux dents aigues". 
Ensuite le metre se derange: vfro'draona1JhiJm gae{)-allqm ha- 
riJi/-rai "qui a la meme nourriture que les hommes, pour qu'il 
garde les vivants (= les troupeaux et Ies gens)". Cette inter- 
polation est suivie d'une phrase tres interessante: aoa aZiJm go 
ahuro mazd
 spuniJm nida{)-iJm gat dim mazaos kiJhrpo tarahe 
"den Hund habe ich dazu bestimmt, dass er acht habe auf 
die Person des Turers" (BARTHOLOMAE, Wiirierb. 1157). S'agit-ił 
id des Touraniens, tribus equestres qui faisaient des incursions 
dans la Bactriane, ou simplement de "brigands"? Ce nom com- 
mun a pu etre applique particulierement aux peuples du 
nord et devenir nom propre, si toutefois l'inverse n'a pas eu 
lieu. Le chien est donc defenseur de l'homme et de ses troupeaux. 
Pour lier ce 
 aux precedents (29, 31-38) OlI ił etait 
question des soins ił donner au chien malade, les redacteurs 
ont termine le 
 39 par une proposition tout ił fait inutiłe et 
ne cadrant point ave c I'exaltation du chien-guerrier, ennemi 
du iarahe: 
gezi asta 20) asa xra{)-wa gezi asia gae'J.ubgo, ce que SPłEGEL 
traduit (BARTHOL., Wiirterb. 237: undeutIich !) sur le pehlvi: "wenn 
er gesund, wenn er bei den Hiirden ist". 
et Ie 
 40 commence par: gasca he spitama zara{l-ustra 
vacim paiti zaenis a1Jhat "et lorsque, quant ił sa voix (= aboie- 
ment), ił est vif = quand ił est prompt ił aboyer", pour abou- 
tir au theme tres frequent dans l' A vesta, theme du loup et 
du voleur: 
noit he t-& vls7J tagus va vćJhrko vu apaiti.busti haca vfzi- 
by7J para'baraiti 



5) ainsi l'edition de GELDNER.
		

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Ją-3-wa viJhrka scq3-wa viJhrka 
poi&wa viJhrka snaezana Vend. XIII. 40 
..et de son village ni Ie voleur ni le lo up n'enlevera inaper
u 
des biens. 
le loup qu'on devrait tuer et detruire. 
le loup ecumant de bave, qu'on devrait exterminer". 
V end. XIII. 44-48 presente un petit traite a part en forme 
de chant (ou chanson). C'est une caracteristique. assez plai- 
san te, du chien, un morceau de litterature populaire reuni 
avec d'autres fragments epars en un tout d'unite apparente 
sflnahe aevahe asia'bi/riJm. textuellement: ,.iI y a octupli 
comparaison du chien". D'abord ce sont des traits Iouables. 
II est pareil a un Atharvan, car ił recueille ce qu'on lue 
donne du repas qu'il demande, comme un Atharvan recueille 
des aumónes; iI est aussi huxsnao&ro ya&a a&rava "facile a 
contenter comme un Atharvan", mais en meme temps hvazaro 
ya-3-a a&rava "vite offense comme un A." L'ironie est assez 
fine pour eclairer les rapports entre les pretres et le peuple 
qui les nou!"rissait. Les textes indiens sont plus eloquents. 
II est pareiI au chef guerrier, ra{}aiJ.sil1, car ił s'eIance en 
avant pour defendre Ie betail ou la maison. - DARMESTETER 26) 
traduj t ce passage: ,.iI com bat pour le boeuf''. et ajoute la re- 
marque: ..expression presque brahmanique". Nous dirions: ve- 
dique. et seulement en tant qu'elle se rapporte au guerrier. 
Pareil a cet egard au patre-cuHivateur vasiryo"fsuyąs, 
le chien vigiIant ne s'endort jamais profondement 27) ni long- 
temps. Comme le maitre de maison. iI fai t Ie tour de la pro- 
priete et des troupeaux afin de mieux les surveiller. 
Enfin, semblable a un fidele domestique, le chien fait ce 
qui est agreable aux autres. xvandra'karo ya-3-a vaeso. - Le 
term e xVandra'karo est forme comme le sanskrit kin:z-kara de- 
venu la-bas substantif et servant de nom pour "domestique". 
L'iranien x v an-3-ra'karo, epithete de vaeso .,domestique", au 
 46. 
et de la courtisane Jahika. au 
 48. inconnu par ailleurs, est 
un adjectif a valeur peu precise: ..qui fai t plaisir ił -". 


28) Zend-Avesta, II, p. 205. eite par BARTHOLOMAE, TVorterb. 84. 
27) ef. p. 34 Ra
ml.
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


Ces quatre comparaisons flatteuses sont SUlVłes de quatre 
autres opposees. Le chien a tous les defauts du voleur et 
de l'animal carnassier. II aime les tenebres et se sent bien 
dans la nuit, comme le voleur: iq3-ro.Cino ya3-a tayus xsapa. 
yaono ya{}a tayus. 
Le metre se derange dans les 2 autres phrases: ap;sma. 
x"arO ya{}a tayus (ił moins qu'on ne lise dejił ił la maniere de 
pehlvi apisman x"ar) a{}acaduz'nioato ya{J-a tuyus (ił moins aussi 
qu'on ne supprime a{}aca, inutile) aiiise haemya{}a iayaos "mange, 
n'importe quoi, comme le voleur, comme lui est incertain (eveille 
la mefiance?); voiłił ce qu'ił y a en lui, comme en un voleur". 
On reprend de meme pour disus "bele de proie de nuit". 
II cherche ił plaire, comme une courtisane, x"andra'kar(j 
ya{}a jahika, et salit les chemins de meme qu'elle les souille 
(de sa presence [ou en tendant des pieges au voyageur ver- 
tueux par les maisons de courtisanes, nombreuses sur de grands 
chernins]) : airiio panianam ya{}a jahika. 
Le tout fin}t par une gracieuse comparaison du chien 
avec l'enfant: le texte dit aparanayus "un mineur". Le chien 
estx"afno, snaazano, hizu.drajo et pairi"taxto paurvaeibya ya3a 
aparanayus XIII, 48. II aime dormir, ił est caressant (Ie meme 
adjectif snaazan--o definissait le loup au 
 40! - impossible 
que ce f Ut la meme chose), ił tire la langue, comme un enfant. 
pairi"taxfO a ici formeIlement la desinence du locatif, mais 
il est evident que l'attraction des adjectifs precedents a fai t 
passer le theme feminin iaxiay- ił la categorie des masculins 
en a-, nominatif sg. -(j. 
Le chien du Vend. XIII, 44 ss. est donc tout ił fai t do.. 
mestique, malgre les quelques habitudes sauvages qu'il a gar- 
dees encore. L'homme apprecie ses services et, qui plus es t, 
l'aime etIe caresse. Qu'il n'en etait pas toujours ainsi, la preuve 
en est dans le Vend. XIII, 10 ss. qui condamne le fait de cou- 
per au chien les oreilles ou les pattes. Si ces cas n'arrivaient 
pas, et frequemment, le legislateur n'aurait pas eu ił sevir contre 
eux: la loi n'est pas fai te pour les exceptions. 
Si la defense de mutiłer l'animal n'est que naturelle 
d'autres prescriptions du Vendidad sont faites pour nous eton- 
ner. Ainsi le fargard XV est consacre ił la chienne et ił ses
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LES VEDAS 


59 


petits, et aux indications qui doivent assurer la bonne repro- 
duction de la race canine. Au milieu de ce chapitre est inter- 
cale un passage, manifestement ineomplet, car sans eommen- 
cement, sur 'es relations avec une femme et avee une jeune 
filIe. Ił n'est rattaehe au eorps du ehapitre que mecaniquement. 
Le fargard deJ.mte par la question quels sont les mauvais actes 
qui, non expies, rendent un homme paslj"fanum, passible d'une 
condamnation ou d'une peine corporelle. Des pech es de cette 
sorte sont mentionnes dans plusieurs autres ehapitres. Ce sont 
des blessures ou des coups partes aux hommes ou aux 
bet es, surtout au ehien; d'autre part ee sont des souillures 
contractees par le eontact d'un eadavre, ou d'une femme qui 
vient d'aecoueher d'un enfant mort, d'une femme qui a ses 
regles etc. etc. C'est le fargard XVI qui traite ce dernier su- 
jet. Ił est probabie que les passag-es coneernant la femme 
en etat d'impurete physique et la jeune fille en etat d'impu- 
ret e morale etc appartenaient ił la me me section que le fargard 
XVI et, avant lui dans l'ordre de la redaction, le farg. Vet VII. 
lei, apres que le chapitre XV eilt enumere trois erimes paslj" 
tanf1, qui sont tous des actes durs ou cruels ił l'egard d'une 
chienne, done ayant pour source la mechancete de l'homme. 
done aetions immorales, la quatrieme faute est une souil- 
lure d'un łout autre genre. Elle n'a aucun rapport avec 
les 

 precedents. A la fin du passage intereale, ił est dit que 
l'homme qui a rendu une jeune tille mere lui doit de la pro- 
teger jusqu'ił ce que l'enfant devienne grand. S'il ne lui apporte 
pas de nourriture, - ou de soins? - Yezi noit hariJ{}ram ba- 
raili - vispfi hairis[s frlisnaoiti bipaitistanaca ca&wara'paitista- 
naca Vend. XV, 19 "tout ce qui est de femelles bipedes et qua- 
drupedes le lui remontrera". Une glose suit immediatement: 
aesa bipaitistana ga kf1ine aesa ca{)-warćJ.paitisllina gli gaowa 
"les femelles bipedes sont les jeunes filles, les quadrupedes - 
les chiennes". Le mot gaowa ramene l'expose ił son point de 
depart - appllrent l - a la chienne. 
La sollicitude dont la loi l'entoure est extraordinaire. 
A aucun endroit du Vendidad il n'est question de tant d'egards 
pour la femme-mere. Un petit de l'homme ne serait pas plus 
precieux qu'un petit du chien. Non seulement une ehienne
		

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HELENA WILLMAN.GRABOWSKA 


qui va mettre bas, ou qui vient de mettre, a droit ił la pro- 
tection du mazdeen, mais toute negIigence sous ce rap port 
est taxee criminelIe. CeIui qui donnerait des coups ił une 
chienne pleine ou qui lui ferait peur, de fat;on qu'elle se fasse 
ImaI en fuyant, est paso.lana. Le proprietaire de la maison, de 
'etable ou du champ ou la chienne a mis bas, la bele łui 
appartienne-t-elle ou non, doit la nourrir convenablement de 
lai t, de graisse et de viande et garder ses petits pendant 
six mois. Cette periode ecoulee, quand les jeunes chiens sont 
en etat de faire sept fois, en courant, le tour de la maison, ils 
sont juges capabies de se fournir la nourriture et peuvent 
s'en aIler ił leur gre. On voit ainsi qu'iłs n'ont pas de 
maitre et qu'iłs errent librement, sans doute comme le font, 
de nos jours encore, les chiens de tout rOrient, comme c'etait 
le cas, ił y a peu, de ces fameux chiens de Constantinopłe 
dont on a fini par se debarraser assez cruelIement. II est vrai 
neanmoins que ces animaux vagabonds n'etaient pas sans 
queIque utilite: ils faisaient le service de voirie en mangeant 
tous Ies dechets organiques qui, sans cela, eussent empoisonne 
l'air. II n'en pouvait pas etre autrement pour Ies chiens du 
Vendidad. lIs devoraient les cadavres (cł. Vend. V, 4; 6 ss.; 
VI, 45 ss.; VII, 75; VIII, 98 etc.) et c'etait rendre grand ser- 
vice au pays qui n'enterrait ni ne bn1lait ses morts. Fait re- 
marquable: le contact du cadavre souiIle, rnais le chien Qui 
devore le cadavre n'en est point souiIle. II ne communique 
pas non plus l'impurete aux hommes, Quand ił revient du 
daxma ou ił dechirait la chair et trainait les os. Cela 
n'etait pas que l'habitude des chiens errants, qui se tenaient 
loin des demeures. D'apres certains passages du Vendidad, 
contrairement ił XIII, 44 ss, le chien est ił peine domestiQue 
et tres carnivore. Mais iI etait pur par definition, et sa nature 
ne pouvant pas etre changee, la religion ceda ił la necessite. 


Ce n'est pas assez de proteger la chienne et ses petits. 
La reproduction de l'animal doit etre ento.uee de soins (Vend. 
XV, 47-49). Tout denote un eIevage raisonnable et fai t avec 
dessein. Le Vendidad est ains;, non seulement un łivre de ritueI 
mais aussi d'enseignement pratiQue. C'est Qu';ł condensait la 
sagesse acquise pendant de longues periodes.
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANs LES VEDAS 


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Quand un ehien (sanfs au fem.) meurt de vieillesse - 
on ne peut autrement comprendre nasta.zemanasca pairista: 
xsuorasca - son principe vital s'en va au fond des eaux: 
x-& paili apąm. La, il se reunit aux deux udra "loutres", 
une espece de chien, selon le Vendidad. T out le passage sur 
ces udra est extremement obscur; pour en trouver le sens, 
on se sert de la traduction pehlvie, aussi passons-nous dessus. 
La seule
 chose qu'on puisse dire, c'est qu'il y a ici une allu- 
sion ił quelque mythologie, ou plutot ił une eschatologie inconnue, 
sur laquelle les textes ne nous transmettent aueun renseignement. 
Le cadavre du chien est considere ił l'egal du eadavre 
de l'homme. En etait-il vraiment ainsi? On peut en douter 
quelquefois. Des habitudes de langage ne sont pas toujours 
celles de la vie pratique. Les passages en general commeneent ił 
parler des deux, du chien et de l'homme, mais dans la suite 
ił est cIair qu'on ne s'occupe que de l'homme. Ainsi pour le 
rite funeraire, farg. VIII, apres la formule invariable spa va 
na 'Da, le texte dit qu'il fa ut deux hommes forts et adroits 
pour porter au daxma (cimetiere eleve, construit en pierres) 
la depouille mortelle; le cadavre doit etre nu, un manteau 
doit le couvrir d'une maniere indiquee en detail etc. etc. Tout 
cela se rapporte ił l'homme. 
Mai s, en fait de souillure, elle se propage autant du ca- 
davre de l'homme que de celui du chien, deux creatures de 
Sp;}nto Mainyus. La Dru} Nasus s'empare vite du corps et 
en fait un bond sur les assistants. Plus la valeur du vivant 
avait ete haute, plus le bond est grand, plus s'etend la conta- 
mination du maI. Du cadavre d'un pretre, elle s'etend jus- 
qu'au onzieme des assistants; de celui d'un agriculteur jus- 
qu'au neuvieme. Si c'est le cadavre d'un chi en qui garde les 
troupeaux, la Drui Nasus se pose sur le huitieme - homme, 
non pas sur un chien p. ex. - Suit l'enumeration des especes 
de chiens, selon leur importance : apres le chien de berger, 
vient le chien de garde (vis.haurvD) etc. Ił n'est dit nulle part 
qu'un chien vivant eontracte la souillure, quoi qu'il fasse et 
ou qu'il se trouve. 
Lorsqu'un chien ou un homme meurt dans une maison 
de mazdeens et qu'il pleuve ou qu'il neige, gal ahmi nm12ne
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


gat mlizdagasnois spli vli na va iri{}-sat vartJ'1ti va sn
zi1Jli va 
Vend. VIII, 4, ił faut deposer le cadavre dans un lieu sec 
avant de l'emporter au daxma. SPIEGEL parait y voir une inter- 
diction causee par le respect du cadavre. C'est au moins 
autant de respect pour l'eau de la pluie ou de la neige. 
Mais lorsqu'on trouve un cadavre d'homme ou de chien 
sous un arbre ou sur un gazon, gal dauru upa.darane va ni- 
mało aiwi.varane va spa vii na va iri{)-siit Vend. XIII, 1, le de- 
voir d'un pieux mazdeen est de transporter le corps ił sa de- 
meure,ou si c'est trop loin, de construire un daxma sur place 
et d'y exposer le cadavre. Si l'on observait cette prescription 
aussi ił l'egard du chi en, - le texte dit spa sans preciser s'il 
est question du chien de berger, - le daxma devait etre bien 
sommaire. Ił ne manque pas encore maintenant, en Bactriane, 
de chiens sans maltre, qui vivent et meurent la ou ils peuvent; 
d'autant plus dans le temps ou les hommes eux-memes etaient 
ił moitie nomades. Le legislateur voulait plutót introduire dans 
le pays certains usages des peuples plus civilises, ou veiller 
ił ce que ces usages ne fussent pas negliges. Une fois ayant 
associe ił l'homme son fideIe compagnon, le chien, ił a con- 
tinue ses preceptes dans le meme sens. 


O'ou. vient cette sollicitude de la loi ił l'egard du chien? 
pourquoi une place si importante lui a-t-elle ete attribuee 
dans le Vendidad? O'ou vient son ról e rituel? 
La reponse ił la premiere et ił la seconde question est 
facile ił donner. La socićte que represente le Vendidad vient 
ił peine de passer de l'etat de brigandage et de vie nomade, 
ił un etat de vie superieur. Le legislateur appuie sur les me- 
rites de l'elevage des troupeaux et le terme fsugant- "qui 
eleve du betaii" vaut, au point de vue emotif, notre "bon la- 
boureur". Ił est vrai que d'autres fois, ił n'est simplement que 
le nom de la quatrieme, dans l'ordre d'importance, classe so- 
ciale, par opposition aux autres: kais pistrais "quelles sont 
les classes?" demande Yasna XIX, 17. a{)-rava ra{)-aesł
 vastrglJ 
jsugąs hflitis "pretre, guerrier, agriculteur, eleveur du betaił, 
artisan" dit la reponse. Mais cette phrase ne peut venir que 
du temps de la societe avancee dans son developpement et
		

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			LE CHIEN OANS L'AVESTA ET DAŃS LES VEDAS 


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bien differenciee, de l'epoque tardive. Pour la plupart, on parle 
de l'elevage des troupeaux comme d'une occupation particuliere- 
ment meritoire. L'homme qui la pratique est digne de tout 
eloge: /Samfi asii asava val"a&raja vahisio /Sasa carabramahl 
"qui possede du betaił est juste (honorahle?), victorieux, le 
plus meritant (= pieux); nous louons le maitre du betail" 
(Y. LVIII, 4), disent les Gathas, fragments certainement les plus 
anciens de tont l'Avesta. L'agriculteur, vasiryo qui n'est pas 
meme necessairement laboureur, est souvent mentionne ił cóte 
de /Suyąs (cL Y. XIX, 17). On reconnait son utilite (d. Y. 
LXVIII), mais ił ne recueille jamais d'eloges aussi enthousiastes. 
C'est qu'il a fait son apparition dans la societe de fa
on plus 
modeste: il n'est pas accompagne de troupeaux, patres et 
chiens, de tout ce peuple bruyant, pietinant le sol des steppes, 
elevant des nuages de poussiere. Un maitre des troupeaux 
etait vraiment seigneur pour l'imagination populaire. L'agri- 
culteur ne pouvait aUeindre ce degre que tard, avec Ie deve- 
loppement de la vie economique. La culture de la terre suit 
ordinairement la periode de l'elevage. Ce n'est pas toujours 
ni partout, mais cela a ete le cas dans l'Iran. Le laboureur est 
venu chez les gens qui se nourrissaient dejił bien £ans lui; 
ił apportait une innovation, d'abord sans grand e importance. 
Si l'elevage du betail avait remplaee et partiellement supprime, 
la ehasse, l'agriculture n'a rien fait de pareil. Les deux oceu- 
pations ont continue d'exister eóte ił eóte. Les adjectifs gava- 
sirya et le gavasirya'varaz se rapportent (les textes tardifs) 
egalement aux travaux des champs et au betail. II n'y avait 
done aueune raison de s'extasier sur ce qui etait natureI. 
Autre chose ił l'epoque oli un Zarathustra voulait civiliser un 
peuple rude et guerrier. L'habituer ił l'elevage du betail etait 
lui faire franchir d'un eoup une etape eonsiderable. 
Le /Suyąs en beneficia et son ehien aussi. Tous les deux 
remplissaient une fonction meritoire et neeessaire. Les grands 
troupeaux de ehameaux, de ehevaux, vaches, ehevres et mou- 
tons, - les textes parlent de mille chevaux, eoursiers rapides 
, 
hazalJram aspanąm aurvaio oarazi"tClkanąm Vend. XXII; ha- 
zaIJram usiranąm... hazalJram gavąm, 16. 10; 12., avaient besoin 
de bons gardiens, de ehiens forts et fideles. Ce serait la
		

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HELENA WILLMAN-GRABOWSKA 


plus ferte raison pour laquelle le Vend. insiste tellement sur 
les soins ił donner ił cet animaI. 
Les prescriptions quant ił la chienne et ił ses petits prou- 
vent qu'on ne craignait pas d'avoir trop de ces betes dans 
le pays, bien que de nombreuses d'entre elles, errant libre- 
ment, aient pu rester sauvages, donc inutiles et meme dange- 
reuses. Ił semble plutot qu'on craignait de n'avoir pas assez 
de chiens; cł. le passage sur les preparatifs pour faciliter la re- 
production. Tout cela fait croire que l'espece canine etait 
d'importation assez recente. Et maintenant encore, certaines 
races de chiens transportees dans un miłieu qui ne leur est 
pas familier se multiplient peu et les jeunes chiens sont sujets 
ił diverses maladies. En etait-ce de meme dans I'Iran? Le 
chien iranien ne semble pourtant pas fragiłe. D'apres Ie Vend. 
XIII, 39; VI, 45; VII, 75, etc. ił ne serait pas beaueoup plus 
faihle que son parent, le loup. Mais d'autres passages le mon- 
trent peu muni d'instinct et ne sachant pas se proteger ni se 
nourrir lui-meme, cł. farg. XIII,28. Ainsi p. ex. il ne reconnait 
pas seul qu'une nourriture est trop chaude (cł. le farg. XV), 
ce que nos chiens de campagne savent generalement bien dis- 
tinguer. Ił peut se faire maI en rongeant des os (ibid.). Cela 
peut arriver aussi [1 notre chien aujourd'hui mais ni ces eas 
ne sont graves, ni aucun legislateur n'a cru necessaire de les 
signaler ił l'attention publique et encore moins de les mettre 
particulierement en vue, en mena
ant de peines tres severes 
le maitre negligent. Ił est possible que Zoroastre - ce nom 
n'est iei qu'un symbole - cherchat par tous les moyens ił adau- 
cir les moeurs des tribus rudes, en partie adonnees encore 
au brigandage, depuis peu initiees ił la vie civilisee. Mais d'autres 
oecasions n'y manquaient point et c'est pourtant le chien 
seul qui en ait beneficie. Ni le cheval, ni le boeuf (sauf dans 
la gatha sur gauś urva) n'ont joui de tant d'egards, et cepen- 
dant ils constituaient la richesse des Iraniens. Le chien s'est 
trouve si etroitement associe ił la vie quotidienne de l'habi- 
tant de la Bactriane, qu'il a servi de mesure. Au Vend. XIV 
Ahura M. enseigne ił ces creatures le travail de champs et surtout 
l'irrigation ce qui, dans le pays sec, avait une importance enorme 2 ,?: 


28) II eit curieux de comparer a ce sujet le Voyage de CHARD1N.
		

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			LE CHIEN DANS L'AVESTA ET DANS LRS VEDAS 


65- 


vmóim iacz'apąm... nisirinuyat "qu'il (y) amene un canal 
avec de l'eau courante" 
... cvai yavat vaioim "un canal de quelle grandeur?" de- 
mande le prophete. 
aat mraoi ahw'o mazdti spli"barazam spa"fra{}am "il doit 
avoir la mesure d'un chien en profondeur et en largeur", dit 
alors A. M. 
Rappelons-nous que l'Inde des BriihmaJ)a se servait 
- d'aśvaśaphĆt(matra) "sabot du cheval", comme de mesure 
pour les petites dimensions, de coudee at'aini, d€ja dans le 
Rig, pour des longueurs moyennes, et de l'homme pour les 
dimensions plus grandes. - 
Le Vendidad nous a conserve ainsi en fragments to ut un 
traite sur l'elevage du chien. Rien de semblable, ni me me 
aucune mention que de tel s traites ou seuiement des prescrip- 
tions pareilles aient existe quant aux aut re s animaux domesti- 
ques, ne nous est parvenu. On n'en ćprouvait pas le besoin. 
Le chien, qui n'est pas le plus utile, est pourtant le plus 
precieux pour les mazdeens. Tout montre l'intention du lćgisla- 
teur de persuader a son peuple la necessite de prendre soin d'un 
ani mai auquel on n'avait pas encore eu le temps de s'habi- 
tuer. Le Vendidad, dont la redaction a pu etre fixee avec 
quelque probabilite au 2" siecle avant l'ere chretienne 2;'), con- 
tient, malgrć sa rćdaction tardive et quelques nouveaux apports, 
des matćriaux tres anciens, eIaborćs pendant des 
iedes et 
reunis pcle-mele en une tradition incertaine. Les coutumes re- 
latives au chien nous viennent d'une antiquite dont il n'est 
pas possible de daerminer l'epoque. 
En somme, c'est a troi s sortes de chiens que nous avons 
a faire au Vendidad: le chien ordinaire, le chien objct dc 
plus grands soins et le chi en sacre. 
Le premier est le plus recent; c'cst le chien de berger, 
de cour etc., le servitcur de l'hommc. Sa fonction est de vcil- 
ler sur les possessions dc l'homme, sa premiere qualitć cst 


29) cr. Ed. SCHWYZER d:ms Inllogermanische Forschungen 1931, 
l Hen, p. 7. Cr. aussi les importants articles de H. LOMMEL dans Zeit- 
8dtTi(t (iiI' Indologie und Imnist-ik, t. 1 et !::3S. 


i,ocznik Orjentalistyczny, VIII. 


5
		

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HELENA W1LLMAN-GRABOWSKA 


d'etre zaeni'buora- du Vend. XIII, 39, (bodhayitar du Rig-Veda 
, 161, 13). II vit dans une societe humaine organisee, civilisee 
et dejil bien armee pour la lutte contre les betes feroces. 
Cette societe a fait du chien son esclave. Elle l'a diminue 
sous certains rapports, l'a rehausse sous d'autres en l'huma- 
nisant. Puni, parfois cruellement, d. Vend. XIII, 29-35, sou- 
vent caresse (Vend. XIII, 48), il vit ave c l'homme et depend 
entierement de lui. 
Autre est le chien de la periode lointaine, dans les 
debuts de sa domestication. Sauvage, errant librement, grand, 
fort, au poił jaune ou tachete, ił est dejil ennemi du loup. 
Apprivoise tant soit peu par l'homme, ił lui rend vite des 
Iservices qu'on ne saurait trop estimer: ił sert de parc vivant 
pour les troupeaux. Ił est devenu necessaire quand les trou- 
pcaux de vaches et de plus petit betaiI ont peu a peu rem- 
place ceux de chameaux ou de chevaux, richesse ancienne, 
disparue avec le tern ps. Tard encore les textes mentionnent 
le "kumys", boisson alcoolique tiree du lait de la jument 80), 
mais deja le Vend. V parle du lait de toutes les especes. 
Cest simultanement avec le changement survenu dans l'eco- 
nomie sociale de la Bactriane, quand l'homme, etabli dans les 
maisons au lieu de rester sous les tentes, s'est mis a elcvcr 
un betaiI approprie a la vie sedentaire, que le chien s'est 
differencie en chien de berger et de cour. C'est peut-Hre vers 
cette epoque-Ia seulement qu'il fut introduit et devint l'objet 
des soins, d'un elevage attentif. Fut-iI emprunte a l'Inde? Cest 
possible. Les Indiens, dans le Panjab, n'avaient pas de cha- 
meaux et les conditions naturelles du tcrrain ne leur permet- 
taient pas d'elever de nombreux chevaux. Leur betaiI, sur le 
terrain fertile et bien arrose, etait la vache, d'abord seulement 
utile, puis sacree. Le elliell, gardien des vaches, le sarameya, 
a pu etre transmis a l'Iran voisin, car si la Bactriane ne man- 
quait pas de chiens sauvages, iI lui manquait probablement la 
science de les utiHser. 


Le troisieme, le plus ancien, est le chi en ca&ru'casman, 
piJSl.l.pallo ou plutot les deux pJsu.pana iraniens, pathircik
l ve- 



O) Nlrangast("in 67, cite par BARTHOL. 1Yorterb. €49.
		

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			LE CHIEN DANS L' A VEST A ET DANS LES vtDAS 


67 


diques, caturak
ćLU, c'est le sarameyii - Epl-',E£a
, śabiila 'Y..Ep
E- 
pO
. C'est le chi en a quatre yeux des superstitions finnoises et 
slaves, le chi en demoniaque du folldore germanique, enfin le 
chi en a moitie divin qui voit et connalt le monde surnaturel. 
Un ćtre hybride est le chi en du rite de purification de 
l'homme dans le Vend. VIII. L'impur doit passer d'un trou 
dans la terre a l'autre, en tenant la main sur le chieu (ou les 
chiens). L'animal ne servirait-il dans ce cas que de mesure de 
distance entre les creux? C'est possible, bien qu'on n'en dise 
rien dans les preparatifs du rite. Mais, en meme temps, le 
chien purifie par sa presence seule. II est impossible d'attri- 
buer a celte conviction des origines uniquement utilitaires. 
Les croyances, dont le representant le plus eclatant est 
le mythe indien et do lit ił u'y a que df:S traces dans l'lran, 
viennent, sans aucun doute, de la periode de communaute 
indo-europeenne. Mais la divinisation partieIle ou complHe du 
chi en, divillisation que la mythologie ou la demonologie accu- 
sent sur des territoires {res vastes et dans des civilisations 
tres differentes, doi t etre rapportee a une epoque encore plus 
eloignee, celI e ou des peuples parlant les dialectes nommes 
aujourd'hui "indo-europeens" et "finno-ougriens" puisaient leurs 
idees et leurs reprćsentations dans un fond bien ancien qu'ils 
avaient en commun ave c d'autres groupements encore. 


Kraków, l. V. 1931. 


5.
		

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			ST ANISŁA W SCHA YER 


Kamalaśilas Kritik des Pudgalavida. 


Vorbemerkung. 
1. Aus der Schule der buddhistischen Personalisten (Pud- 
galaviidin : Vatsiputriya 1) und Saq1mitiya) besitzen wir bedauer- 
licherweise kein einziges Originalwerk. In der chinesischen 
Obersetzung ist zwar ein Sarl)miUyanikayaśastra (NANJIO 1272) 
erhalten, der Text ist aber schlecht iiberliefert und bietet dem 
VersUindnis grosse Schwierigkeiten. So sind wir vorderhand 
ausschliesslich auf Traktate anderer Schulen angewiesen, in 
denen der Pudgalavada energisch bekampft und aIs bose Irrlehre 
abgelehnt wird. Dass es nicht unbedenklich ist, die Nachrich- 
ten iiber eine philosophische Doktrin aus den polemischen 
Auseinandersetzungen bei den Gegnern zu schopfen, braucht 
nicht gesagt zu werden. Wir sind darum noch weit davon 
entfernt, die Grundthesen des buddhistischen Personalismus 
wirkiich zu verstehen. 
Was wir aus dem Kathavatthu erfahren, ist philosophisch 
wenig relevant. Auch die Diskussion im Vijń anakay a':!.) , welche 
iibrigens "presente avec Kathavatthu I, 1 des analogit:s etroi- 
tes qui vont jusqu'il l'identite des formules", ist nicht ergiebig 
und wohl dasselbe lasst sich iiber V ASUMITRAS Darstellung der 
Sekten in dem I-pu'-tsung-lun-lun 3) sag en. Eine wichtige, auf- 


l) Viitslputrlya = Vajjiputtaka. V gl. WALLESER, Der iiltere Vediilllu, 
S. 11 H. 
2) Ubcrsctzt von de LA V ALLEE POUSSIN, Etudc
 A8iatiqup.s, 1925, 1. 
S 343--376. VgI. auch L'Auhidhal"ll/ako&a, Illtr. S. XXXIV. 
3) V gl. l\IASUDA, .18ia l.laJm' II, 1925 Ulul WALLESER, Die Sekten des 
allen Buddhismus, 1927.
		

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			KAMALAŚ!LAS KRITIK DES PUDGAlAVADA 


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schlussreiche Quelle fiir die Kenntnis des Pudgalavada ist 
hingegen das neunte Kapitel des Ahhidlwrmakośa, das Pudga- 
lapratisedhaprakaralJ a 4). In diesem Traktat diskutiert V ASUBANDHU 
u. a. die These der Vatsfputriyas: pratyutpannadhyatmikopat- 
taskandhan uplidaya pudgala/y. prajńapyate 0) im Zusammenhang 
mit der Proportion agni: indhana = pudgala : upadanaskandha. 
Dasselbe Problem der "Konstitution" des pudgala "auf dem 
Substrat" und "in Korrelation" zu den psychophysischen Ele- 
menten erortern auch das Madhyamakaślistra fi) und der Satrli- 
la11)klira. Es ist dies das "zentrale Problem" nicht nur des Pudga- 
lavada, sondern auch der modernen Psychologie. CANDRAKIRTIS 
Prasannapada und Madhyamaklivatara, HIUAN TSANGS Vijńapti- 
mlitratlisiddhi 7 ) und andere Traktate enthalten gleichfalls Frag- 
mente, die der Widerlegung des Pudgalavada gewidmet sind. 
Sie gehen meistens auf Abhidharmakośa zuriick f:\). Was die 
nachstehende Kritik KAMALAŚILAS aus dessen Pańjika zu Tattva- 
saT[lgraha des ŚANTARAK
ITA tI) betrifft, so bringt sie in sachlichcr 
Hinsicht kaum etwas neues gegeniiber den iilteren Werken, 
ist aber trotzdem nicht uninteressant und verdient wohl unsere 
Beachtung. Sie fiihrt den Beweis \ 00 der IrrealiUit des avlicya 
pudgala nach allen Kunstregeln der Logik und ist ein wertvoller 
Beitrag wr Kenntnis der scholastischen Darstellungsmethode. 
2. Die Rolle der Pudgalavadios in der Geschichte des 
Buddhismus ist verschieden beurteilt worden. Die iiiteren For- 
scher mit T. W. RHYS DAVIDS an der Spitze zweifelten nicht 
daran, dass der Anatmavada im Sinoe des Skandhavada der 
Theravadins seit jeher die Grundthese des Buddhismus gewe- 
sen ist, dass also die Pudgalavadins die urspriingliche Lehre 


4) Ubersetzt von STCHERBATSKY, The Soul Theory ot the Buddhists. 
1919 und von de LA V ALLEE POUSSIN, L' Abhidharlllakośa 7-9, 1925. 
5) V gl. llUOOHAGHOSAS Kommentar zu ](atMivattlm I, 34: rukkhU1!
 
upiidiiya chtiydya t'iya indhmWI!
 upiidaya aggissa viya ClI ruplidini uplidiiya 
]J1tggalassa pauli_attim pU1i'iWpanam avab()dhanam iechali. 

) Kap. X (agnindhana.parik:
a), vgl. meine Ubersetzung BO VII, 1930. 
1) Ubersetzt von de LA V ALI.EE POUSSIN, Buddhica I, S. 14 H. 
B) Vgl. de LA VALLEE POUSSIN, L'Abhidharmakośa 7-9, S. 229. 
9) GaeT.tcud Oricntal Saics, vol. XXX. S_ 125 H.
		

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			70 


STANISŁAW SCHAYER 


gefiilscht haben. De LA V ALLEE POUSSIN 10) vertritt aber bereits 
seit dreissig Jahren die Ansicht "that the pudgalavada is 
more in harmany with the dul}kha satya and the law of kar- 
man than the nairatmyavada". A.hnlich glaubte schon F. O. 
SCHRADER 11), dass Buddha die SeeIe nicht geIeugnet hat. Viel- 
mehr "wich seine Auffassung der lctzteren von aIlem Alther- 
gebrachten derartig ab, dass er notwendig seinen Zeitgenossen 
aIs ein Seelenleugner erschien". Gegenwiirtig stchcn auf die- 
sem Standpunkt u. a. A. B. KEITH 12) und Mrs. RHYS DAVIDS 13). 
Doch haben auch die Skandhavadins ihre Verteidiger 14). In 
WirkIichkeit ist diese Kontroversc bei dem heutigen Stand der 
Forschung nicht entschcidbar, da wir iiber dic Lehre des 
Buddha selbst \:.ind seiner Urgemeinde nichts positives wissen. 
Die These des nairlitmya Uisst a priori verschiedene Deulungen 
zu und es ;st schwer zu sagen, wdche von ihnen die ",urspriing- 
liche" ist Iii). Die Lebre von der "bloss nominalen Existcnz" 
(= prajńapti) ist bereiis in der C/,und. Up. W) vorweggenom- 
men und die ZcrIegung des Individuums in kosmische Substan. 
zen lehrt die Brhad. Ar. Up. 17). Der Skandhavada ist also 
eine aIte, an vorbuddhistische VorsteIlungen c:mkniipkndc Rich- 
tung. Der Pudgalavada scheint jiingcr zu sein, ist abcr mog- 
licherwei.<-;e ebenfaIls vorbuddhistisch. In dem pudgala, welcher 
sich auf dem Subsh at der skandlzas empirisch manifestiert, 
welcher die "Biirde" der skandhas auf sich nimmt und im 


10) JRAS, 1901. Vgl. dosselben Verfassers, Buuddhisme, 0J,żnions 
Bur I'Histuire de la DogmrTt-iquc, Troisicme Edition, S. 156 fi.; Nirvqno, 
S. 94 H.; Le Dogme et la Philosoldtie d
t Bouddhisllie, S. 99 H., 197. 
11) ("ber den Stand der inr!ischcn Phil()sol'hie zw' Zrit ),[ah'ivims und 
BurldIUl.
, 1902, S. 5 und On the Problem ol [he Nirvr"ina, .11'1'81905, S.162. 
1
) Vgl. Bnrlrlhist Philos{'1'hy S. 81; The ])octrine uf Ule Budrlha, 
BSOS VI, 2, 1!J31. 
JB) Gotama the Man, 1928; Sakya Ol' Buddlti.
t Origins. 1931; ]f'elsen- 
1'iffe der versunkenen Sakyalehre, Studia Indo-Iranica 1931, S. 55 ff. 
H) STCHERBATSKY. Tlte (J()U('eption of Buddhist Nirv
na, 1927, S. 4.. 
J5) Vgl. mellIe Ausg. Hal'. aU8 der Pra.wmnapadfi, 1931, (Einleitung). 
Nach 'VłNTERNITZ. AO I, 1929, S. 2.13 "the most plausibla solution of the 
problem seems... that Gotama illtentionalJy left thc question what attii, 
the seJf, really was, unanswered". 
16) VI, 4: apr;gii.rl (idityiirl iidityatva
n vr"ic(irambTta'!Jal!IVikuro numa- 
dheya
n tri1Ji rfipri
li!y el'a satya1ll USW. 
17) II, 4, 12.
		

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			KAMALAŚILAS KRITIK DES PUDG"'LI\VA\1A 


71 


sarrsara wandert, ist es nicht schwer den bhutatman der }un- 
geren Upanisehaden und des Epos wiedeizuerkennen 18). 
In der weiteren Entwicldungsgeschichte der buddhisti. 
schen Philosophie spielen die Pudgalavadins insofern eine 
wichtige Rolle, ais sie historisch den Ubergang von dem Hi- 
nayana zu dem Mahayana vermitteln t
j). Das VerhaItnis des 
pudgala zu den skandhas ist dem der iatlwta zu den dharmas 
zum TeH analog. Auch ist die talhata, ahnlich wie der pud- 
gala, diskursiv unbcstimmbar (anirvacanlya). Ob aber der 
pudgala das »Uberpersonliche" ist, das sich nur in Korrelation 
zu den psycho-physischen Elcrnenten ais »Person" individuali- 
siert, muss vorlaufig dahingesteJlt bleiben. Der Zusammenhang 
des pudgala mit dem Tathagata-Problem ist jedenfalIs evident: 
ist doch der Tathagata der pudgala par excełlence 20). Schwie- 
riger und komplizierter ist das Verhaltnis des Pudgalavada 
zum Viji'ianavada. Da wir iiber den aIteren, hinayanistischen 
Vijnanavada der Sautrantikas wenig wissen, ist auch diese 
Frage nieht zu entscheiden. Wir konnen nur feststellen, dass 
die Pudgalavadins mit den Vijfianavadins grundsatzlich nicht 
verwechselt werden diirfen. Weder der ekarasaskandha noch 
das alayavijii.ana sind mit dem pudgala identisch. Dagegen 
sind die Beziehungen 7.um gotra-Begrjff bei den Y ogacaras, 
wie OBERMILLER, The Sublime Science, S. 102 gezeigt hat, 
unverkennbar. 


Ubersełzul1g der Vatslputrłyatmaparlk
a. 
[KAMALAŚiLAS PAł
JIKA zu TATTVASA
GRAHA 336-349.] 



 1. D i e Vat s i P u t r i y a s s i n d P s e u d o b u d d h i s t e n. 


Um den pudgala, wie sich ihn die Vatsiputriyas vor- 
stellen, zuriickzuweisen, sagt [der Lehrer Śantarak
ita]: 
»Manche aber, sich au ch fiir jiinger des 
S u g a t a h a I t e n d, b e s c h r e i b e n d e n a t m a n 
unter der Bezeichnung des pudgala ais 


JH) Vgl. DEUSSEN, All9. Gesch. der Phil. I, 3, 8_ 63; OWENBERG, Jjic 
Lehre der TJwnisharlen, 8. 229. 
19) Vgl. mcille .lusg. KaJI. aus der Prosamwlladii, S. 88, Anm. 59. 
2U) Vgl. die tathagat(tpudlc,wi (Kal). XXII) im Ji£adh!lamaka Ś(lsłm.
		

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STANISŁAW SCHAyn
 


fr e i 


von IdentiUit, 


Verschiedenheit 


u s w." (336). 
Manche = die Vatsiputriyas. Sich selbst auch fUr jiinger 
des Sugata haltend, postulieren sie unter der Bezeichnung 
des pudgala einen lilman, welcher in Bezug auf Identitii.t und 
Verschiedenheitgegeniiber denskandhas unbestimmbar (avacya) 
ist. Indessen, wer sich zur jiingerschaft des Sugata, des erha- 
benen Verkiinders der Lehre von der Irrealitiit des atmall, 
bekennt, wie kann er [zu gleicher Zeit] der Ketzerei der 
atmad!"
#i ergeben sein? Auf diesen [Widerspruch] hinweisend, 
sagt [der LehrerJ ironisch 2t) (upahasapadam aha): "sich auch 
fiir jiinger des Sugata haltend". Denn aIso definieren [die 
Naiyayikas] den atman: 1) aIs den Tiiter verschiedener, rei- 
ner und nicht rei ner Taten, 2) aIs den Geniesser gewiinschter 
und nicht gewiinschter Frucht der seIbstgewirkten Tat und 
3) aIs den Geniesser, welcher im saT[lsara wandert, indem 
er die alten skandhas aufgibt und die neuen skand ha s ergreift 22). 
Das alles wird auch [von den Vatsiputriyas] fiir den pudgala 
in Anspruch genommen. So ist der Unterschied [zwischen dem 
atman und dem pIle/gala] ein bIoss terminoIogischer 23) (keva- 
lar!} namni vivada
). 


21) Zu der Frage. ob die Puc1g-alav:1clins BuddlIisten sin d, vgI. de 
LA V ALLtE POUSSIN, L' 'luhNhannakol;a, 9, 
Yotes Prflim-inairc8. 
23) Vgl. Tattvaslll!
gml/(lI71-11'5 : ",\ntlerewic(lerum(=dieNaiyayikm') 
postnlieren den iitman alR das Snb
tr:łt deR 'Viinscl1ens us"'., al8 an sich 
seiend, bewllsstlos, ewig nnd :!ll
f]g('uwartig_ [Dieser {itman] ist der Tater 
der guten und der hijsen Taton \lud der Genim;ser ihrer Friichtc, indem 
er die Vel"bindung mit dem Dewusstsein (eetanrl) eingeht. Seinem We- 
sen naeh ist er abel' mit dem Bewusstseill nicM idelltisch. Er ist Tater. 
Rofern er mit [den Aktionen des] Erkennens, des WolIens (= des Sich- 
Bemiihens, prayatna) liSW. in Verbindung steht. Ein Goniesser ist er 
rrber, weil ihm das BewnsstsC'in von Lust und Unhlst inharent ist. 
'Venn er sich mit einem [neuen] IC()rper nnd mit anderen, neuen Vor- 
stellungen (buddhi) nud l}efii.hlen (l'edanrl) vereinigt, so nennt man das 
seine Wiedergeburt. Gibt er auf Jie Verbindung mit dem friiher beses- 
senen Korper, 130 ist das der Tod, woranf dann wieder die Gehm't folgt". 
3[1) Das geben die Pndgalavadins nicht zu. Denn auch sie lehren 
das nairJ.tmYll, sind also keine Atmavadins. Der puifgala ist kein prthag- 
dharllla.
		

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			KAMALAŚfLAS KRITIK DES PUDGALAVADA 


73 



 2. D i e L e h r e d e r Vat s I P u t fi Y a s von d e r U n h e- 
s t i m m b ark e i t d e s p u d g a I a. 
jetzt zeigt der Lehrer, wie diese [vermeintIichel Unbe- 
stimmbarkeit despudgala [von den Vatsiputriyas] begriindet wird: 
"D e r p u d g a I a i s t n i c h t ve r s c h i e d e n von 
d e n s k a n d h a s, w e i I s i c h d a r a u s e i n k e t- 
z e r i s c h e r S t a n d p u n k t e r g e b e n w ii r d e. 
Auch ist er nicht nicht verschieden mit 
R ii c k s i c h t a u f d i e K o n s e q u e n z d e r V i e 1- 
heit usw. Darum ist die Unbestimmbar- 
keit wohl am PIat ze". (337). 
Wenn der pudgala von den skandhas verschieden ware, 
dann wiirde die atmadr
ti, wie sie von den Nicht-Buddhisten 
falschlich postuIiert wird, die Folge sein. Und daraus wurde 
sich [weiterhin] der [Begriff des] ewigen atman ergeben 
(śaśvatatmaprasańgal,z). Die Taterschaft, das Geniessersein usw. 
sind aber [ais Attribute] des ewigen atman nicht moglich, 
weil [der ewige atman] ahnlich wie der leere Raum (akaśa) 
absolut attributIos ist (nirviśi
tatvad). Ausserdem wurde der 
ewige atman durch den Erhabenen abgeIehnt und steht im 
Widerspruch mit der Feststellung der Schrift, dass aIle dhar- 
mas nicht atman sind. 
Nun mag angenommen werden, dass [der atmall von 
den skandhas] nicht verschieden ist. Darauf erwidert der Va- 
tsiputriya: "auch ist er nicht nicht verschieden". In der Tat, 
wenn die skandhas, das riipa usw. mit dem pudgala identisch 
waren, dann, aus der Identitat mit den skandhas, d. h. aus der 
Wesensgleichheit mit ihnen, wiirde sich die Vielheit 24) (ane- 
kata) des pudgala ergeben. Man postuliert aber nur einen 
pudgala. Es heisst ja 2;'): "Ein pudgala, wenn er in dieser Welt 


24) Vgl. CANDRAKiRTIS Madhyamak:ivatEiro, S. 245 (zitiert Prasanna- 
l'ad
 S. 342): slcandh(l rUmii cen atas tadbahutvrld I iitmiinal! sy1tS te 'pi bhu- 
yii
nsa eva. 
25) Ang. Yik. I, 22: ekapuggalo bhikkhave loke uppajJamiino 1tllpajjati 
hrthuJanahitlya ImhuJanasukhlya usw. - kata-uw ekapu.ggalo? - tathrlgato aro- 
ha
n samma SU1!lbur7r7ho. V gl. auch I\.athiivotthu I, S. 65 ulld Abhidhar1nukośa 
9, S. 259.
		

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STANISŁAW SCHAYER 


entstanden ist, entsteht USW." - [namlich ein pudgala] wie 
der Tathagata. Durch "usw." (nach den Workn "mit Riicksicht 
auf die Konsequenz der Vielheit") [solI angedeutet werden], 
dass die [Gegensatze] Nichtewigkeit rund Ewigkeit] (anityatva) 
usw. mit eingeschlossen sind. [Ein weiteres Argument:) 1st der 
pudgala von den skandhas nicht verschieden, dann muss er, 
so wie die skandhas, die Eigenschaft des Aufhórens (ucclzeditva) 
besitzcn 21;). Daraus wiirde sich ergeben, da ss die getane Tat 
vemichtet werden kann 2,). Nun wurde aber die Lehre vom 
Aufhóren [der Existenz und des karma] (ucchedavlida) durch 
den Erhabenen zuriickgewiesen 28). Es steht somit [ais Ender- 
gebnis dieser Analyse] fest, da ss der pudgala unbestimmbar ist. 


I. Sysłematische Widerlegung. 
(Der unbe3tirnmbare Pudgala ist kei n real er Gegenstand). 



 3. D a s H a u p t a r g u fi e n t: d i e U n b e s t i m ID b ark e it 
s c h I i e s s t d i e R e a li t a t a u s. 


"Diesen ist zu erwidem". - In diesen Worten zeigt der 
Lehrer, dass auf Grund dessen, was die Vatsiputriyas selbst be- 
haupten, namlich a'lf Grund der Unbestimmbarkeit, der pudgala 
iiberhaupt kein realer Gegenstal1d ist (vastuvat pudgalo na bhavati). 
"D i e s e n i s t z u e r w i d e r n: d e r p u d g a I a a I s 
a b s o I u t e R e a I i t a t e x i s t i e rt li b e r h a u p t 
nicht. We il er in Bezug au f Identitat und 
Ve r s c h i e d e n h e i t u sw. 20) U n b e s t i m m b a r 
i s t, i s t e r i rr e a l w i e e i n e L u ft b I u m e". (338). 
In der syllogistischen Formulierung (prayoga): 
[1. These: der pudgala ist kein realer Gegł::nstand. 
2. Begriindung: weil er in Bezug auf [die Altemative] 


26) Vgl. J}.fadhyamnka Ś(lstra XVIII, l: at1lln skandha yadi bhavtd, 
udaYa1JyayabMig bhavet. 
27) V gl. Madhyamakiivatora l. c.: kartur nliś(tt tatphalctbhiiva cva I bhu- 
ftjUrlnyenrt 'rjita
z karma Cal/ya!z. 
28) Auch der PudgaIavada ist eine 1łtadhyrt1nii prati]illrl und meidet 
die beidell antM des śilit'atavCidl£ und des ucChBdav(ida. 
29) Ich lese: tattv7nyatvadyavac!/at,}(id.
		

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75 


"ldentiUit oder Verschiedenheit gegeniiber einem realen 
Gegenstand' nicht bestimmbar ist]. 
3. Positive Instanz: Was in Bezug auf [die Alternative] 
'Identitat oder Verschiedenheit gegeniiber einem realen 
Gegcnstand' nicht bestimmbar ist, das ist nieht ein realer 
Gegenstand, wie z. B. die Luftblume 30). 
4. Negative Instanz (= vaidharmyel].a): die vedanu 31). 
5. Anwendung: der Plldgala ist in Bezug auf [die Alter- 
native] 'Identitat odcr Verschicdenheit gegelliiber einem 
realen Gegenstand' nieht bestimmbar. 
Somit, infolge der Negatioil des Implikans (vyapakanllpalabdhe '), 
[muss au ch das Implikat negiert werden. \X1ir gcwinnen min-lin: 
6. den Schlus'>satz: der pudgala ist kein realer Gegenstand]. 



 4. N a c h w e i s d e r I m p I i k a t i o n z w i s c h e n R e a I i t a t 
u n d B c s t i m m b ark e i t. 


Jetzt um zu zeigen, wie die Implikation (vyapli) lzwischen 
Realitat und Bestimmbarkeit] wirklich stattfindet, sagt der l.ehrer: 
"O a s r e a I e S e i n ii b e r s c h r e i t e t n i c h t d i e. 
AIternative des Andersseins und der 
Identitat. Was aber all er Realitat bar 
i s t, d a s d a rf w o h I a I s u n b e s ti m m b a r b e- 
zeichnet werden". (339). 
In der Tat, ein realcr Gegcnstand kann unm6glich die 
beiden [M6;;-lichkeiten] der Identitat und der Verschiedenheit 
gegeniiber einem [beliebigenl realen Gegenstand iiberschreiten. 
Oenn es gibt nicht eine dritte M6glichkeit (= f!alycmlariibhavad). 
SOl1st wiirde sich ergeben, dass auch [die skandhas], das rilpa 
usw. gcgeneinander nicht bestimmbar sind. Oeshalb darf nur 
etwas, was wesenlos (nlrilpa) und ohne Eigensein 32) (asvabhuva) 


BU) D. h.: "wennx gegeniiber einem beliebigen realen Gegenstand y 
wedel' aIs "dasselbe" noch al:; "nicht dasselbc" bestimmt werden kann, 
dann ist x kein l'ealer Gegenstand". 
Bl) Vedan{l ist ein realer Gegenstand. Delln sie ist identisch mit 
allen vcr!fmus und verschieden von allen rupa6, lIijn:naB USW. Sie ist 
"bestimmbar". 
H2) Uber den Begriff des 6vabh{lVa vg;1. AUBg. Kap. aus der PralJan- 
1wpadii, S. 54, Anm. 41.
		

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STANISŁAW SCHAYER 


ist, aIs unbcstimmbar bezeichnct wcrdcn, nieht aber ein rcalcr 
Gcgcnstand. 
Dazu gibt dcr Lchrcr cinc nahcrc Erklarung: 
"Ocr rcalc Gcgcnstand ist an dic Altcr- 
n a t i v c V c r s c h i c d c n h c i t u n d N i c h t v c r- 
schicdcnhcit gcbundcn. Dic Unm6glich- 
k c i t d c r A u s s a g c, o b c t was i d c n t i s c h 
oQcr nicht idcntisch usw. ist, kann nur 
g c g c n ii b c r d c m I rr c a I c n, n i c h t a b c r g e- 
g c n ii b c r d c m R c a l c n z u g c l a s s c n w c r d c n. 
Ncgicrt man, dass A und B glcich sin d, 
so ist dadurch cvidcntcrwcisc B aIs cin 
bcsondcrcr Gcgcnstand gcgcniibcr A 
und somit aIs Andcrsscin pradizicrt. 
U n d w c n n m a n d i c N i c h t i d c n t i t a t n c- 
g i c r t, s o i s t d a s [g l c i c h b c d c u t c n d m i t 
dcr] Affirmation dcr Idcntitat. Dcnn kcin 
G c g c n s t a n d k a n n ii b c r [d i c Z w c i t c i I u n g] 
d c r R c a l i t a t i n I d c n t i t a t u n d V c r s c h i c- 
dcnheit hinausschrcitcn". (340-342). 
Nur dcr rcalc Gcgcnstand ist an dic AIternative Vcrschic- 
dcnhcit odcr Nicht-Vcrschicdenhcit gcbunden. nicht abcr dcr 
irrcalc Gcgcnstand. Dahcr ist dic [prinzipicllc] Unm6glichkcit 
dcr Aussagc, ob ctwas idcntich oder vcrschiedcn usw. sci 
(laltvanyalvadyanirdeśa), nur gegcniibcr solchen Gcgcnstandcn 
zulassig, dic ohnc Eigcnscin (= irrcal) sind, d. h. kcin Eigcnsein 
bcsitzcn (svabhavavirahile
u). Gcgcniibcr cincm rcalcn Gcgcn- 
stand ist hingcgcn dic Unm6glichkcit dcr Aussagc, ob cr idcn- 
tisch odt:r verschicdcn usw. ist, nicht zulassig. Das ist dcr 
Sinn. Dcnn in der Spharc dcs Rcal-GcgcnstandJichcn (laira = 
vaslulve) ist cinc driUc M6glichkeit ausscrhalb dcr Vcrschic- 
dcnhcit und dcr Nicht-Vcrschicdcnhcit nicht vorhandcn. 
Um zu zcigcn, warum cinc driUc M6glichkeit nicht vor- 
handen ist, sagt dcr Lehrer: ,,[Ncgiert man, dass] A und B 
gleich sind, so ist dadurch usw." Namlich : wcnn man [die 
erste M6glichkcit] negicrt, dass A = dic Substanzcn dcs rapa 
usw. und B = der pudgala identisch sind, so i
t dadurch 
B (= der pudgala) gcgeniiber A = dcn Substanzcn des rapa
		

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77 


usw. aIs das Anderssein (angal'va) pradiziert. Denn die Nega- 
tion der IdentiUit eines Gegenstandes mit einem anderen Ge- 
gen stand impliziert notwendigerweise die Affirmation der We- 
sensverschiedenheit (= svabhavantaraviddhinuntarigakat'vad 
vasfuno vastvuntara[tadJbhuvani
edhasga liR). 
In der syllogistischen Formulierung: 
[1. These: der pudgala ist gegeniiber dem rflpa usw. 
ein 'anderes'. 
2. Begriindung: denn er besitzt nieht das Wesen des 
rflpa usw.]. 
3. Instanz: wen n der Gegenstand A das Wesen B nieht 
besitzt, so ist er gegeniiber diesem Wesen ein 'anderes', 
z. B.: das rflpa gegeniiber der veduna 84). 
4. Anwendung: der pudgala besitzt nieht das Wesen 
des rflpa usw. 
[5. Sehlusssatz: der pudgala ist gegeniiber dem rapa 
usw. ein 'anderes']. 
So lasst sich [aus der Niehtwesensgleiehheit das Anderssein] 
analytiseh deduzieren (= iti svabhavahetul} 30). 
Wenn man aber die Niehtidentitat, die Nichtwesensgleich- 
heit (atadrnpa) eines realen Gegenstandes negiert, so ist das 
mit der Affirmation der Identitat und des Niehtversehiedenseins 
gleiehbedeutend. Denn die Negation der Verschiedenheit eines 
real seienden Gegenstandes gegeniiber einem anderen [realen] 
Gegenstand impliziert notwendigerweise die Affirmation der 
ldentitat (= tattvavidhinuntarlgakatvud vastusato 'rthuntarabha- 
vani
edhasga). Sonst, d. h. wenn iiberhaupt kein Wesen des 


8"d) Die Gaekwad-Ausgabe liest: vastvantarabhi'ivan(yedhasyu. 
5
) Zum svabhiim der 1'cdanrl geht)rt der vi,wyi'inublwva; das r'fepa 
besitzt aber den anublUlva nieht, darum ist das rupa gegelliiber der ve- 
danii ein "anderes" (anyat}. 
3Ii) Uber den sl'abhiivahetu vgl. NyriYllbindu II, 16: svabhiivałt 8vasat- 
t(imi'itrabhiivini .ęrldhyadharnlC hetu?!. STCHERBATSKY, Buddhist Logic II, S. 65 
und 127 Amn. 1: "a l'eason whieh alone by itself is a suffieient groUlld 
for deducing the consequenee, the eonsequenee is contained in the rea- 
son, no other mlditional or aeeh.\elltal eondition is needed". Gemeint 
ist also der rcin analytische Schlnss. Der Gegellsatz zu sl'abluil'ahetu ist 
der empirische, :mf dem Gesetz der Kausalitii.t berllhemle Sehluss (kii- 
ryahetu). Vgl. KEITH, Indian Logie, S. 102.
		

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ST ANISŁAW SCHA YER 


Gegenstandes positiv behauptet wird, muss sieh die IrrealiUit 
[dieses Gegenstandes] ais Konsequenz der Negation alles We- 
sens (svabhava) ergeben. Denn die lrrealit2.t wird geradezu 
aIs Negation ailes Wesens definiert (sarvasvabhlival1i
edha- 
lak-1!alJalvad avastulvasga). 
In der syllogistischen Formulierun
: 
1. These; der pudgala ist mit den skandhas, dem rupa 
usw. identisch. 
2. Begriindung: denn er gerat in Widersprueh mit sieh 
selbst, wenn er aIs verschieden von den skandhas, dem 
rupa usw. aufgefasst wird.l 
3. In"tanz: wenn bei der Behauptung, da ss ein Gegen- 
stand A von dem Gegenstand B versehieden ist, der Ge- 
genstand A in Widersprueh mit sieh selbst gerat, dann ist 
A mit B identiseh (gad vaslu galo 'rihanlaralvena prali-1!id- 
dhatmaiattvam, lal lad eva), wie z. B. das rupa in Wider- 
sprueh mit sich selbst gerat, wen n es aIs versehieden von 
seinem Wesen (svasvabhavad) aufgefasst wird. 
4. Anwendung: der pudgala gerat in Widerspruch mi 
si eh selbst, wenn er aIs versehieden von den skandhas,t 
von dem Tllpa usw. aufgefasst wird. 
[5. Sehlusssatz: der pudgala ist mit den skandhas, dem 
rupa usw. identiseh.] 
Auf diese Weise lasst sich [aus dem In-Widersprueh-Stehen wm 
eigenen Wesen bei der Annahme der Versehiedenheit die 
ldentitat] analytiseh deduzieren. Ein realer Gegenstand kann 
daher nieht die beiden [M6gliehkeiten der] Identitat und der 
Versehiedenheit gegeniiber einem [anderen] realen Gegen- 
stand [zugleieh] iiberschreiten. Somit ist die Implikation (vyapti) 
[zwischen Realitat und Bestimmbarkeit] in dem Hauptargument 
(maulasga helo!J.) bewiesen 86). 


36) DlA Hauptmomente dieses Beweises lassen sich kurz in folgenden 
Thesen zusammenfassen: l) X ist "bestimmbar" (vj;('ya), wenn es ais 
Snbjekt eiIwr Anssage"X i s t A" fnngieren kann. 2) X ist "unbestinun- 
bar" (avilcya) bedeutet demnach, dass aUe Aussagen von der Gestalt 
"X i s t A" falsch sine!. VVahr sind hingegen aUe Negationen "X i s t 
n i c h t A", wo aber t1ie Negation "n i c h t" nicht zu A. sondern zum Co- 
pula "i s t" g"hort, also llicht A, sonuern die ganze A.ussage "X i i" t A"
		

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79 



 5. Umkehrung des Hauptarguments: die Reali- 
ta t g c h l i e s s t d i e U n b e s t i m m b ark e it a li s. 
So ist zunachst die bloss nominale Realitiit B7) (prajńapti- 
sattvam) des pudgala bei der Voraussetzung seiner Unbestimm- 


verneint. Symuolisch: 
 (X i s t A). 3) Nun wird behauptet, dass X 
dann nnd nur dann ein realer Gegenstand (vastu, svabhiiva) ist, wenn die 
These: 
 (X i s t A) in die These "X i s t 
 A" ubergefiihrt werden kann, 
in nnserem FalI: wen n die Negation der Identitat der Seele nnd des 
psychophysischen Snbstrats mit der Affirmation der Nicht-Identitat (= 
Verschiedenheit), bezw. nmgekehrt: die Negation der Verschiedenheit mit 
der Affirmation der Nicht-Verschiedenheit (= Identitat) aquivalent ist. 
4) Nimmt man darulll mit den Pudgalavadins an, dass erstens P (= pud- 
gala) ein real er Gegenstand ist, und zweitens die Aussagen: N (1-' i s t A) 
wahr sind, dann geltennotwendigerweise auch die Aussagen ,,1-' i s t 
 A", 
in denen P aIs Subjekt durch N A positiv bestimmt ist. In dieselll 
Sinne dArf wohl behauptet werden, dass zwischen Realitat (= Gegen- 
standlichl;:eit = vm;{ulva) und Bestillllllbarkeit (= Pradiziel'baiI'keit = vrl- 
cyatva) das Verhaltllis der Implikation (vyrlpt-i) besteht. 
Diese Auffassuug ist hiichst beachtenswert, denn sie deckt sich 
grundsatzlich mit der Definition der Negation in der lllodernen Pra- 
dikatenlogik (LEŚNIEWSKIS "Ontologie"): 
[J A, B 
 A est 
 B = p; X (A est X). 
 (A cst B)] 
 
D. b.: fUr alle A und B,' A i s t n i c h t B' bedeutet: fur ein be- 
stimmtes X 'A i s t X' und die Aussage 'A ist B' ist falsch. Mit anderen 
W orten der Satz 'A i s t n i c h t B' illlpliziel't zweierlei : l) die Behauptung, 
dass A ein etwas (eia realer Gegenstand) ist und 2) die Negation der 
ganzen Aussage 'A ist B'. Vgl. KOTARBIŃSKI, Elemente der Erkenntniss- 
theorie, der formalcn Logik U1ul der j1{ethodologie der TVi8sensćhaften, Lwów 
1929, S. 231 H. LEŚNIEWSKI, i'rber die Grundlagcn der Muthe1llatik, Przeglqd 
Filozoficzny 31 (1930), S. 263, Anm. 6. Uber den Unterschied zwischen 
der "Pradikatenlogik" (rachunek nazu' in der polnischcn Terminologie) 
und der "Aussagenlogik" (rachunek zdll1z) vgl. H. SCHOLZ, Geschichte der 
Logik, Berlin, 1931, S. 31. 
Auch in diesem Zusammenhang muss nachdrueklich betont wer- 
den, was ich bereits in meinen AU8gewiihltcn I(apitcln aUB der PrasannalJud!i 
S. 37, Amn. 30 festgestellt habe: dass es selbstverstandlich nieht klug 
ware, woli te 1Il3n in den bnddhistischen Śastras El'kenntnisse suchen, 
die erst in der modern en wissenschaft1ichen Logik (Logistik) klar ge- 
sehen und ausgesprochen wurden. Intuitive Antezipationen liegen aber 
in den indisehen Traktaten wohl vor. Sie verdieIlen gesammelt und 
untersucht zu werden. 
87) Der Ausdruck "real existierender und unbestimmuarer pudgala" 
enthalt einen Wirlersprnch, ist leer llnrt dcsignatlos, ahnlich wie
		

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			80 


STANISŁAW SCHAYER 


barkeit bewiesen. Nun [beweisen wir die umgekehrte Abhangig- 
kei t]: dass die Unbestimmbarkeit nieht zulassig ist, wenn man 
die Realitat des pudgala voraussetzt 3
). Denn sonst, [im Falle, 
dass beides zugleieh: die Realitat und die Unbestimmbarkeit 
zutrafe], wiirde sich der Selbstwidersprueh in der These 
(svavacanavirodha/y. pralijfiaga/y.J ergeben. Dies im Sinne ha- 
bend, sehliesst der Lehrer: 
,,'D e r p u d g a l a i s t n i e h t von d e n s k a n d h a g 
v e r s e h i e d e n' - s a g t m a n d a s, s o i g t d a s 
m i t d e r B e h a u p t u n g d e r N i e h t v e r s e h i e- 
d e n h e i t g l e i e h b e d e u t e n d. 'D e r p u d g a l a 
ist nicht ein skand ha' - sag t man da s, 
s o [b e h a u p t e t m a n] e v i d e n t e r w e i s e d i e 
V e r s e h i e d e n h e i tli. (343). 


g 6. D i e T h e s e von d e r U n b e s t i m m b ark e i t i m p I i- 
ziert die Versehiedenheit zwischen dem pudgala 
u n d d e n s k a n d h a s. 


Und ferner: wenn unser Gegner sag t, dass der pudgala 
unbestimmbar ist, so spricht er sich deutlich und laut fUr die 
Versehiedenheit des pudgala gegeniiber den skandhas aus. 
Um das zu zeigen, sag t der Lehrer: 


"der Bohn einer unfruchtbaren lVIutter". Doch auch augesehen von der 
Unbestimmbarkeit ist der pudgllla nach der Auffassung der Bkandhavadllls 
und der Śunyavadins deshalb ein Pseudo-Gegenst:md, eine bloss vcrbale 
Hypostase (prajitapti), weil er in Korrelation zu den skandhas vorgestellt 
wird. Die Pudgalavadins leugnen nicht, dass der pudgala eine pmjiiapti 
ist, sie verstehen aber die kanonisehe These: skandluln upiuEiya pudga- 
lali prujitapyate grullusatzlich anders. Nach ihrer Allffassung 'konsti- 
tuiert' sich der pur/gala auf dem psyehophysischen Substrat, ist aber 
trotzdem cin Ens. Die uplid'lnaskandhas uetlingen nur seine empirische 
xlanifestation, nieht aber seine absolute Realitiit: wię "Feuer und 
Brennstoff" . 
SR) Es besteht die ImplikatioJl nieht nur zwischen Bestimmuarkeit 
(X i s t viicya) und Realitat (X i s t vuslu), sondet"n auch umgekehrt: 
zwischen ReaIitat un(I Bestinllnbarkeit. Also sind Bestimmuarkeit und 
RealWit aquivalent. Ich bin abel" nicht sicher, ob uer indisehe Verfas- 
ser diese Konsequenz gesehell hat. El' spricht nur von der t'yiipti.
		

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			KAMALAŚILAS KRITIK DE!; PUDGALAVADA 


81 


"Wenn da s Behaftetsein dur eh zwei sieh 
gegenseitig aussehliessende QualiUiten 
vo rl i e g t, s o w i r d d a s a l s V e r s e h i e d e n- 
heit der GegensUinde bezeiehnet. Sin d 
n u n n i e h t e b e n i n d i e s e m S i n n e d e r p u d- 
gala und die skandhas versehieden?".(344). 
In syllogistiseher FormuIierung: 
Wenn zwei GegensUinde QualiUiten besitzen, welehe 
sich gegenseitig aussehliessen, dann sind diese Gegen- 
stande versehieden; 
z. B.: das rOpa und die vedana, von denen das erstere 
gestaltet (martta), die andere gestaltlos ist. 
Von den skandhas und dem pudgala wird vorausgesetzt, 
dass sie versehiedene, si eh gegenseitig ausschliessende 
Qualitaten besitzen, namlieh die Bestimmbarkeit und 
die Unbestimmbarkeit, aIso usw. 
So lasst sieh [die Versehiedenheit aus dem Behaftetsdn dureh 
widerspreehende Qualitaten] analytiseh deduzieren. 
Um zu zeigen, da ss der [eben formulierte] Syllogismus 
wohl beweiskr
Htig ist(lIa cagam asiddllO lle/ur iii), sagt der Lehrer: 
"N 5. m li e h, m a n n e n n t d e n p ud g a I a u n b e- 
stimmbar im Gegensatz zu vedana usw. 
lDie skand ha s], das rup a, die sarpjfia usw. 
sin d aber wohl bestimmbar in Bezug au f 
d i e I d e n t i Hi t u n d V e r s e h i e d e n h e i t u n t e r- 
e i n a n d er". (345). 
In der Tat, man postuliert, dass der pudgala in Bezug 
auf Identiłat und Versehiedenheit gegeniiber der vedanC1, 
sa'?ljńC1 usw. unbestimmbar ist; hingegen sind das rapa, die 
vedana, saTpjiia untereinander wohl ais versehL
den bestimm- 
bar. Daher kann nicht eingewendet werden, dass [unser] Syl- 
logismus nieht beweiskraftig ist (llasiddhata heto
l). 
Jetzt zeigt der Lehrer, dass das Behaftetsein dureh wider- 
spreehende Qualitałen unzweifelhaft vorliegt: 
"E s w u r d e g e I e h r t, d a s s r u p a s k fi n ci h a 
u s w. a I s v e r g a n g I i e h b e s t i m m b a r s i n d. 
Der pudgala dagegen nieht. Darum liegt 
c! i e V er s c h i e d e n h e i t d e u tl i e h v o r". (346). 


Re znik OriCrlłalis
__ 
'zr,y, P. 


c
		

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			82 


stANtSŁAW SCHAYER 


Weil gelehrt wurde [durch den Buddha], dass alIe sarr- 
skaras vergangIich sind, deshalb sind rflpa usw. aIs vergang- 
lich begtimmbar. Von dem pudgala wird aber behauptet, da ss 
er in dieser Weise alg verganglich nicht bestimmbar ist. Denn 
er ist iiberhaupt in jeder Hinsicht unbestimmbar (sarvapraka- 
re1)a tasyavacyatvatJ. 
[Nun konnte jemand einwenden, dass das Argument: 
"das Behaftetsein durch widerspreehende Qualitaten setzt die 
Verschiedenheit der Gegenstande voraus" nicht eindeutig 
(allaikantika) ist.] Wir bestreiten aber, dass hier die Nicht- 
eindeutigkeit des Grundes (anaikantikata heto
l) vorIiegt. Denn 
der Gebrauch des Ausdrucks "Verschiedenhełt" ist eben nur 
darauf (= auf das Behaftetsein durch widersprechende QuaIi- 
taten) beschrankt 89) (= elavanmatranibandhanatvad bhedavyava- 
harasy a). Sonst wiirde iiberhaupt aIles derselbe, identische 
Gegenstand sein 4.0). Und es wiirde sich daraus die absurde 
Konsequenz ergeben, dass Entstehen und Vergehen koexistent 
(d. h. dass sie QualiŁaten derselben Gegenstande) sind (= sa- 
hotpad avinaśaprasa ngalJ.). 



 7. D;e Unbestimmbarkeit schliesst die Realitat 
im Sinne der Aktionsfahigkeit aus. 
Nun ist aber der pudgala nieht nur, wie wir bereits be- 
wiesen haben, deshalb ein irrealer Gegenstand, weil er in Be- 


tiU) Mit anderen W orten: zwei Gegenstande sind dann nnd nur 
dann vcrschieden, wcnn sie in ihren Eigenschaften nieht zusammengehen. 
Darf man daraus im Sinne des Verfassers schli essen, dass zwei Gegen- 
stande identisch silHl, wenn sie in ihren Eigensehaften iibereinstimmen? 
Das wiirde der Leibnizsehen Lehre von der idcntitas indiMcernibilium 
nahe konllnen. 
4.0) Sonst, d. h. wen n man den Begriff der Versehiedenheit nicht 
auf Eigenschaften, sondern auf Substanzen anwenden wolI te, wiirde 
lIlan iiberhaupt den Begriff der Verschiedenheit aufgeben miissen. Denn 
die absolute Substanz ist ja elcam advayam und aIs solehe nach der 
Auffassung des lIIahayB.na kein Gegenstand, d. h. grundsatzlich nicht 
pradizierbar. Es gibt viele Gegenstande der moglichen Pradizierung 
(= die Sphare des prapanca) und nur einc absolute, unpradizierbare 
(at'iicya) SubHtallz (= die Sphare des 11ll1"amii9"tha). sakala1ll eva vilfvam 
elcmll vastu sylit ist somit eine Deduktion ab absurduIll.
		

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			KAMALASILAS KRITIK DES PUDGALAVADA 


83 


zug auf Identitat und Verschiedenheit unbestimmbar ist. Um 
zu zeigen, dass er auch deshalb irreal ist, weil er in Bezug 
au f Verganglichkeit [und UnverganglichkeitJ nicht bestimmt 
werden kann, sagt der Lehrer: 
"D i e Existenz wir d defi niert aIs die Po- 
tentialitat, welche der zweckmassigen 
Aktivitat zugrunde Iiegt. Sie ist not- 
wendigerweise an das momentan Seiende 
g e b u n d e n. D a h e r i S t k e i n e R e a li t a t i m 
Unbestimmbaren". (347). 
Die Potentialitat, welche der zweckmassigen Aktivitat 
zugrunde liegt, ist das Merkmal der Existenz, das Wesen der 
Realitat (= idam eva hi vidyamanalvalak
aT}arr- vaslusvabhavo 
yad ullirlhakriyasu śaktily.). Weil die Irrealitat (= die Nicht- 
Gegenstandlichkeit = avaslulva) aIs der Schwund samtlicher 
Potentialitat definiert wird, deshalb, eben mit Riicksicht auf 
[dieseJ Potentialitat, wird die Realitat aIs die der zweckmassi- 
gen Aktivitat innewohnende Potenz (= aIs Potenz der zweck- 
massigen Aktivitat = arlhakriyasamarlhya) bestimmt 4.1). 
Die zweckmassige Aktivitat ist notwendigerw(jise (niyalli) 
an das momentan Seiende (k
a,!-ika) gebunden 4.2). Denn sie ist 
durch die Momentanheit implicite mitgesetzt (k
alJikalvenaiva 
vyapla), wahrend das unverganglich Seiende (nilya) die 
zweckmassige Aktivitat sowohI in der Sukzession [der Mo- 
mente] aIs auch [in einem MomentJ zugleich (kramayaugapa- 
dylibhyam) prinzipiell ausschliesst. Dem pudgala, welcher aIs 
momentan nicht bestimmt werden kann, fehlt darum die Rea- 
litat, und zwar infoIge der Negation der Momentanheit, weIche 
[ihr = der MomentanheitJ Implikans (= vyapaka) ist, ahnlich 
wie man das Śimśapa-Sein ausschliesst, wenn man das Baum- 
Sein negiert hat. Es heisst ja: "Wovon nicht positiv ausgesagt 
werden kann, dass es verganglich ist, das kann keine Ursa- 



]) Uber die Definition der Realit1it ais Wirkungsfiihigkeit im 
System der Sautrantilms vgl. Ausgc1Villilte Kapitel aus der Prasannapad(l, 
S. 82 Anm. 57. 
4.2) Eine ausfiihrIiche Beg-riindung die!'er These gibt Sarvada1"da- 
nasUl!Jgralia, S. 19 fi. (Poona 1924). Vgl. SrCl-IERBAT3KY, Buddhist Logic II, 
S. 121, Anm. 1. 


C.
		

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STANISŁAW SCHAYER 


che irgend einer Wirkung sein" (anityatvena go 'vacya
l hetur 
na hi kasyacid). 
l-Iier wendet der Cegner ein: Wir gcben zu, dass der 
pudgala die M6gliehkeit der zweckmassigen Aktivitat nach- 
einander und auf einmal ausschliessen wiirde, wen n er 
unverganglich (nitlJa) ware. Indessen [wir behaupten nieht 
direkt, dass er unverganglieh ist. Vielmehr sagen wir, dass] er 
in Bezug auf die Unvergangliehkeit (nilyatvena) in der glei- 
ehen Wcise, wie in Bezug auf dic Verganglichkeit (anityalvena) 
unbestimmbar ist. [Wir negicren also lediglich, dass er ver- 
ganglieh ist, behaupten aber dadureh nieht, dass er unver- 
ganglieh ist 43)]. Darum ist bei ihm die M6gliehkeit der zweck- 
massigen Aktivitat doch nicM ausgesehlossen. 
[Wir erwidern darauf]: Das ist nicht riehtig. Denn ein 
Gegenstand, welchcr von den beiden disjunktiven Pdidikatio- 
nen losgel6st ist (llbhayakaravinirmukla), kann iibcrhaupt kein 
Eigenwesen (= svalak
a1J.a) besitzen. [Erstens], weil er [da- 
dureh] aIs [ein Sein] definiert wurde, in dem die Funktionen 
(vrliiJ des Verganglichen und des Unvergangliehen sieh gc- 
genseitig aussehliessen, rund zweitens], weil die notwendige 
Folge der Negation, bezw. der AHirmntion einer These, die 
sieh auf das Real-Seiende bezieht, [ihrc] Affirmation, bezw. 
[ihre] Negation sein muss. 
Tatsachlieh bestreiten wir nicht dic Anwendung des Pra- 
dikats "unbestimmbar" auf den pudgala. Dcnn man kann nicht 
bestreiten das, was ein System postuliert 4.1) (= svatantreccha- 
mi1lrllnflasya kenacil prati
eddhllm aśakyalviid). Das [Unbe- 
stimmbare] wird aber hier aIs realcr Gegenstand aufgefasst. 
[Eben das geben wir nieht zu. Wir fragen]: Wie ist das Eigen- 
sein dieses aIs pudgala bezeichneten realen Gegenstandes: 
existiert es ununtcrbroehen (= sarVadl!) oder nieM? Wenn 
ja, dann ist dieses Eigensein unverganglieh. Denn kein ande- 


43) Auch hi er woigert sich der Pudgalavadin die l\1iiglichkeit des 
Ubergallg-s von der These - (X i s t AJ zu tler These (X i s t - A) 
zuzugeben, behauptet aber tl'otzdem, dass X ein Gegenstall	
			

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			KAfIIALASiLAS KRITIK DES PUDGftt.AVADA 


83 


res [Eigensein] ist "unverganglich"; vielmehr wird em Eigen- 
sein aIs unverganglich bezeichnet [ebcn dann und nur dann], 
wenn es, fortwahrend in sich beharrend, der Veranderung nieM 
unterworfen ist (= nicht vergeht) (= ya
! svabhilva
! sada 
'vasthay[ na vinaśyati, sa nifya llcgatcJ. Es heisst ja: "Ein 
Eigensein, welches nieht schwindct, nennen die \Vissenden 
unverganglieh". 
Gder aber man stellt sich auf den Standpunkt, dass [das 
Eigensein des Plldgala] nieht [ununterbroehen] existiert. Dann 
ist der Plldgala verganglich, weil er dadurch ais ein Sein de- 
finiert wird, dessen Eigensein nicht beharrlich ist (anavastha- 
yisvabhavalak
a,!atvad). Nun gibt es ausscrhalb der Momen- 
tanheit und der Nichtmomcntanheit eine dritte Mćiglichkeit 
nieht und das Nichtmomentane schliesst die zweckmassige 
Aktivitat sowohl nacheinandcr ais auch auf einmal aus. Darum 
ist die Realitat (satlva), ais Synonym der AktionsHihigkeit, das 
Implikat der Momentanheit (k.
a1J.ikatvena 'rlhakriyu.samarthga- 
lak
a1J.al
1 satlvam vy.:ptam). Wenn man also die Momentanheit 
des pudgala negiert, sa ist dadurch implicite auch dic Ncgation 
seiner RealiUit behauptet. 


II. Exegetiscbe Diskussion. 
(Der Pudgalavada ist nieht die echte Lehre des Buddha). 

 8. D i e L e h r e v o ID P u d g a l a g e h ći r t z u m u p a y a- 
k a u ś a l y a d e s B u d d h a. 
[Nun erhebt der Pudgalavadin den folgenden Einwand]: 
Wen n es so ist, dass der Plldgala gar nieht existicrt, warum 
hat der Erhabene, ais man ihn fragte, ob SecIe und Leib iden- 
tisch od er verschieden seien 4u), die Antwort gegeben, dies 
sei ein unlćisbares Problem (avgakrtam), anstatt geradeaus 
zu sagen, dass SeeIe und Leib liberhaupt irreal sin d ? Auf die- 
sen [Einwand] erwidert der Lehrer: 
"I n [d e r B e s e i t i g u n g d e s s c h e i n b a r e n] 
W i d e T s p r u c h s ID i t d e m S i n n d e r li b e rl i e- 


43) Ul.Jer die avyalqtavastfini vgl. Ausgcu;lihltc Ii apitcl aus der Pra- 
8annapad,l, S. XXV H.
		

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STANISŁAW SCHAYER 


ferten Lehre haben sic h geniale Geister 
h e r v o r g e t a n. V e r s c h i e d e n e, a u s M i t I e i d 
ve r k ii n d e t e L e h r e n, u m d e m N e g a li v i s- 
m u s v o r z u b e u g e n, [e n t h a I t e n k e i n e n W i- 
d e r s p r u c h m i t d e m n a i r ił t m y a va d a]. (348). 
Wenn der pllClgala ais Subjekt (dharmin) wirkiich exi- 
stierte, dann konnte wohl iiber ihn positiv ausgesagt werden, 
ob er die Attribute (dharma) der IdentiUit, bezw. der Verschic- 
denheit besitzt. Weil aber ein solches Subjekt gar nicht wirk- 
lich ist, wie konnte also irgend ein Attribut dieses irrealen 
Subjekts gelehrt werden? Fiir das nicht existierende Horn des 
Esels gibt es doch keine Scharfe usw., durch die es pdidizier- 
bar ware 46). Weil der Erhabene zu verstchen geben woIlte, 
dass der Plulgala ein bloss nominales Sein besitzt (prajiiapti- 
sallvam), hat" er gesagt, dass diese Frage positiv nicht zu 
beantwortcn ist. Mit einem "es ist nicht" hat er abcr deshalb 
nieht geantwortet, weil er von dem Unterredner nach der 
absoluten Realitiit des Subjekts (d/zarmin) gar nicht gefragt 
wurde. Gder aber 47) er hat mit einem "es ist nich t" deshalb nicht 
geantwortet, - obwohl [der Plldgala] ein bloss nominales Sein 
besitzt - weil er der Inklination zum Negativismus (abhuvu- 
bhiniveśa) vorbeugen wonte und aut das geistige Niveau der 
zu belehrenden Indi viduen, welche die Lehre von der śunyala 
zu tassen nicht imstande waren, Riicksicht nahm (Śi1nyalade- 
śanuyum abhavyavineyajanliśayupek
ayu). Es heisst ja 48): "Ge- 
denkend einerseits der Wunden, welche dur ch die falschen 
Ansichten beigebracht wcrdcn, anderseits des Sturzes der 
[guten] Tatcn, so wie die Tiegcrin ihr junges packt, also lehren 
die Sieger ihre Lehre". So haben den Sinn der Lehre Vasu- 
bandIlU und andere Meister in dem Abllidharmakośa, in der 


(6. Irreale Gegenstand8, ocler besser: Nicht-Gegpnstande, konnen 
nicht ais Subjekt sinnvoller Aussagen auftreten. 
(7) Wir haben hier z\Vei verschiedene ErkHi.l'Ullgen des alJy--łkr ta - 
Problem s : 1) eine prinzipielle, logische nnd 2) eille didaktisch-padago- 
gische. 
(8) Diese Strophe zitiert auch Abhirdhannakośa !), S. 265. Ilu Ver- 
fasser ist nach der Allgabe der V!/i.ikhyi.i der Dichter KlllllHralabhn. Der 
Sanskrittext ist von de LA V ALLEE POUSSIN rekonstruiert worden. Danach 
ist in der Gaekwad-Ausgabe die Lesart dr;,!idfl1.nęfrdvabhcda zu behalten.
		

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			KAMALAŚ!LAS KRITlK DES PUDGALAVADA 


87 


Paramarthasaptati und andcrcn Traktatcn [crkUirt und] sieh 
[dureh dicsc Erkarung] riihmlieh hcrvorgctan (parakranta). 
Darum muss allcs nahcrc [iiber das Problcm dcr avyakrtava- 
stani) aus ihrcn Wcrkcn cntnommcn wcrdcn: hicr wird es 
nieM rcfcricrt, um den Um fang dcs Traktats nicM iibermassig 
zu vcrgrosscrn. 
Nun hcisst cs [in dcr Schrift]: "Es gibt spontan wicder- 
gcborcnc Wescn 4:1)". Fragt man, wic das zu intcrprcticrcn ist, 
so antwortct darauf dcr Lchrcr: "um dcm Ncgati vismus vor- 
zubcugcn (nastikyapralisedhaya)" usw. Dcnn "dic vcrschicdcncn, 
aus MitIcid verkiindetcn (= dayLivala
l) Lchren", wclehc dic 
Rcalitat dcs lndividuums vcrkiindcn (sallvastitvublzidhayinyo 
deśanas), stchcn nieht im Widcrsprueh [zu dcm nairatmya] - 
so ist der Satz zu crganzcn. Dcnn dcr Pscudobcgriff dcs 
Individuums (salivaprajńapti) kommt zustandc auf [d cm Sub- 
strat] dcs Bcwusstscinsstromcs (ciliasa'!!tane). Und da cr [mm 
cinmal] vorhandcn ist [aIs natiirlichc lIlusion bci allcn Mcn- 
sehen], dcsha1b, um dic Tatsaehc dcr Ununtcrbroehcnheit 
(anuccheda) [dcr Existcnz] zu lchrcn, hat ocr Erhabcnc gcsagt, 
dass cs 'Individucn gibt'. Dcnn sonst wiirdcn dic Mcnsehen 
zu dcr Obcrzcugung gclangcn, dass dic sa,!!skaras, wclchc 
cinc nic aufhorendc Kcttc von kausal dctcrminicrten Momcn- 
tcn bildcn (anuparalakaryakQra,!ak
a1J.apara,!!para), irrcal sind. 
rUnd sic wiirden dcnkcn:] "Wcil cs kcin nach dcm Todc fort- 
cxisticrcndcs lndividuum gibt (paralokino 'sallvaf), dahcr gibt 
cs aueh kcin jcnseits (paraloka)". Und so wiirdcn dic zu bc- 
kchrcndcn Individuen in dic Kctzcrci dcs Ncgativismus vcr- 
fallcn (= naslikyadr
!ayo blzaveyur). 


4:) -Ober die "spontan wiedergeborencn 'Vcsen" (upopiiduka oder 
aupuprlduko-sottvo) vgl. Abhidhannak08a 2, S. 132; 3, S. 27 ff.; 9, S.258. Ge- 
mcint sind: Gotter, Hollenwesen und menschliche Wesen im "Zwischen- 
stadium" (antariibhava) zwischen Tod und Wiedergeburt, die "Gandhar- 
vas". Sie sin d alle nicht aus dem Samcn, sandern "spontall" entstanden. 
Dic l\1atcrialistcn lellp:nen salchc W csen. V gl. Dlghanikrlya II, 23; Pra- 
sannapadii. XVII, S. 356; TUCCI, Linee di una storia del materialisllzo indiano. 
Academif! dei Lincei 1929, VI, val. II; fasc. X, S. 674. JAWORSKł, La Sec- 
tion de l'Ordinrliiun dan.
 le Vinaya des JIUlasrcrrri8tiv r ldin, 'Varszawa 
1931. S. 33.
		

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STANISŁAW SCHAYER 


{} 9. Das Sutra vom Lasttdigcr. Das Problcm dcr 
s p c z if i s c h c n N c g a t i o n. 
[Dcr Pudgalavadin crgrcift das Wort:] Es wurdc gcsagt: 
'Ich wcrdc cuch, ihr Manchc, dic Last lchren, das Aufnchmcn 
dcr Last, das Nicdcrwerfcn der Last und dcn Tragcr der Last. 
Dic Last sind dic fiinf Gruppen dcs Haflcns, das Aufnchmcn 
dcr Last ist dic Gier, das Nicdcrwcrfen dcr Last ist dic Erla- 
sung, der Tdigcr dcr Last ist dcr pudgala". \'Vie wird nun 
dicscs Su tra ausgclcgt? Dcnn dic Last und dcl' Tragcr dcl' 
Last kanncn nieht dasselbc scin. 
Darauf crwidcrt dcl' Lchrcr: 
"l'v1 i t d c m G c d a n k c n a n d a s E n t s t c h c n 
usw. [vorgctragcnc] Lchrc vom Tragcr 
dcl' Last [cnthalt kcincn Widcrspruch]. 
U n d m i t R ii c k s i c h t a u f [I n d i v i d u c n], d i c 
d i c s c n K c t z c r c i c n c l' g c b c n s i n d, w u r d c 
d i e s p c z i f i s c h c N c g a t i o n f o r m u l i c r t". (349). 
Mit dcm Ausdruck "Entstchcn" (samlldaya) sind allc 
skandhas insgcsamt, sofcrn sic sieh glcichzcitig manifcsticrcn, 
gcmcint (samiinakiila/:L skandha eva samast.qena vivak
ila/:LJ. 
Ebcn dicsc, aIs Ursachcn und aIs Wirkungen fungicrcnden 
und glcichzcitig in Erschcinung tretcndcn [Komplcxc der Elc- 
mcntc] wcrdcn auch 'Kontinuum' (sar
tana) gcnannt. Und 
zwar wcrdcn sic mit dicscn zwci Ausdriicken: 'Kontinuum' 
und 'Entstehcn' deshalb bczcichnet, wcil sic eincrseits dic 
Vorstcllung der HomogcniUit crzcugcn (= wcil sic ela:lkara- 
pararnarśahclava/:L sind), anderscits [fortwahrcnd] in [ncucn] 
Komplcxcn (= samo) auftauchcn (-bhavanlal./). Darum "mit 
dcm Gcdankcn an das Enstchcn usw." (samudi:.ryadicillcna), 
d. h. das Entstehcn usw. im Sinnc habend (abhipraycl}-a), 
[wurdc durch dcn Erhabencn] dic Lchrc vom Lasttrager usw. 
[vcrkiindct]. "Sic cnthalt kcinen Widcrspruch" - so ist dcl' 
Satz zu crganzen. Durch das crstc "usw." soll auch [der Bc- 
griff dcs] 'Kontinuums' [ncben dcm dcs Entstehcns] mit cin- 
gcschlosscn wcrdcn, durch das zwcitc "usw." [nach dcm \'{1ortc 
LasttragcI'] - [dic andcrcn im Sutra gcnanntcn Bcgriffc], dic 
Last usw. Untcr dcm Ausdruck "der Plldgala, wclcher Last- 
tdigcr ist" sind also dic skandhas zu vcrstchcn, und zwar
		

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			KAMALAŚiLAS KRITlK DES PUDGALAVADA 


89 


insofern sie "entstchen", ein "Kontinuum bilden" U5W. Nur 
weil die Wclt vom pudgala sprieht, antwortete der E.rhabene 
auf die Frag'e, wclchcr pudgala der Lasttragcr sei, mit diescn 
Worten: "Der Ehrwiirdige Soundso, von dem und dem Na- 
men, von der und der Geburt, von dem und dem Gcsehleeht, 
der sich so und 50 ernahrt, der dicses und jenes Leid und 
Gliick erlcbt, der so und so lange lebt". Auf diese Weise 
wurde d
r Plldgala umschrieben 30). Und eben dieser pudgala, 
welchcr eine blo
s nominale Existenz besitzt (prajnaplisat 51) 
und ein Ausdruek fiir Bezeichnung der "entstehendcn skall- 
dhas" ist, wird falschlich (allyalhu) aIs identisch bicibender 
(= Ilullya), unverg'anglieher (Ililya), substanziell wirklieher 
(dravyasal) und nieht abgeleiteter (= nicht auf dem Substrat 
eines anderen Seins hypostasierter = aparaparikalpita 92) [Ge- 
genstand] aufgefasst (vijnuyela). - 50 muss notwendigerweise 
(avuśyam) die [wirkliehe] Intention dieser Belehrung [iiber den 
Lasttrager] vcrstanden werden. Sonst (3) miissten [konsequen- 
terweise] auch die "Last" usw., ahnlieh WIe der plulRala, 
[unabhangige], unter dem Begriff der skandhas nieht zu subsu- 
mierendc (skalldhullalltargala) [Entmiten] bedeuten, da doch 
auch sic mit einem besonderen, von den "skalldhas" versehie- 
dcnen [Ausdruck] bezeichnet wurden. [Oas will aber selbst 
der Pudgalavadin nicht behaupten]. Oahcr [bleibt nur iibrig 
die foIgendc Interpretation]: die friihcren skallClhas u-l), welche 
die Entstehung der skalldhas im nachst folgenden Moment be- 


50) S l/Il!futlu-Nik(l!fa III, 25. Literatur iiber das Bharahara- Siitra 
vgl. AusgcwiiTtltc J(ąjJitcl aus dcl' PrusannalJ(td{l, 8. X, Anm. 2. 
51) Dio Ausgabe liest: lJrajitcqJtąl san und drav!JrtlJI san. 
m) Die Ausgabe licst: pm aparikalpita. 
5;') D. h. wenn man auf dem Stalldpunkt stehen woUte. dass es 
ein hcsonderos Ens, den Lasttriiger, nur doshalb gebell muss. weH Buddlla 
in dem Sutra das 'Vort "Lasttrager" gcbraucllt bat. 
;;4) Oiesolbe Erklal'Ung gibt auch V ASUi3ANDHU, Abhirlhanllllkośa 9, 
S. 257. Die vorllcrgehellllen skandhns "driickell" die n
ichstfolgenden 
skandhll8, daher heissen dio ersteroll (die "driickcl1dcn") die "Last" ulld 
dic anclrren (die "gedriicktcn") dor "La
t1rager". 80 nach der Intcr- 
pretation YAŚOMITRAS. Nach HIUAN TSANG Silld umgekehrt: die "friihe 
ren" skunr7has der Lasttrager, dio "spateron" 8knndhas die Last. VgI. 
STCHERBATSKY, The Soul T/_carl!. 8. 955.
		

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			90 


STANłSŁA W SCHA YER 


wirken, sind "die Last" (sa eva skandha .'Je skandhantaras.'Jot- 
pada.'Ja vartanfe purvakls te bhara iti krtvokta
l), die skan- 
dhas, welche aIs Folge [der friiheren skandhas] (= phalabhut:i
l) 
[in dem nachsten Moment] in Erscheinung treten, sind lIdie 
Lasttrager". So sind [die Last, der Lasttrager usw.] dcsignat- 
Jose Ausdriicke (= ił.'J ajńapakam etat). 
Nun sagt aber UOOYOTAKARA 65): Wenn man den alman 
leugnet, 80 kann das nicht aIs der wahre Sinn der Lehre des 
Tathagata anerkannt werden. Ocnn es wurde gesagt: ,,0 Bha- 
danta, nas rapa ist nieht das Ich, die vedana . .., die sQ11)jńa. . " 
der samsklira..., das vijńana, o Bhadanta, ist nicht das Ich... 
O Bhik
u! So ist dieses rapa nicht Ou, die samjńa..., der 
samskara..., das vijńana ist nicht Ou". Ourch diese Worte 
wurde geleugnet, dass das rilpa und die iibrigen skandhas das 
Objekt des Ichbewusstseins seien (skandha aha ik"]ravi
a.'Jatvena 
prali
iddha1:J), dies ist aber nur eine spezifische Negation 
(viśesapralisedha) und nicht eine generelle Ncgation (saman.'Ja- 
. . 
pralisedha). Will man den alman leugnen, so muss er generell 
negiert werden [in der Formulierung]: 'Ou existierst nieht'. 
Die spezifische Negation ist hingegen notwendigerweise mit 
der Affirmation eines bestimmten x aquivalent (an.'Javidhinan- 
tar[.'Jako bhavati). So z. B. wenn jemand sagt "ich sehe mit 
dem linken Auge nicht", so versteht man dies aIs [mittelbare 
Feststellung], dass er mit dem rechten Auge wohl sehe. Wen n 
man aber au ch mit dem rechten Auge nieht sieht, dann ist 
das Erwahnen des linken Auges iiberfliissig (anarlhakamJ; 
vielmehr muss man einfach sagen: "ich sehe nichl". A.hnlich 
verhiilt es sieh auch in unserem FalI. Wenn [Buddha] ges ag t 
hat 'da s rilpa ist nicht der alman' usw., so hat er dadurch 
deutlich gelehrt, dass es einen von den skandhas verschiede- 
nen (vilak
aT)a) alman geben muss 06). Oieser alman mag nun 
undefinierbar oder definierbar sein, wirklich ist er jedenfalls. 
Auf diese [Argumcntation] erwidert der Lchrer: ,,[Mit 
Riicksicht auf bestimmte Irrtiimer] wurde die spezifische Ne- 


55) Nyayavarttika, Adhyaya III, S. 338 (Kushi Sanskrit Series 33). 
Vgl. VJDYABHUSANA, A Bistory ol Indion Logie, S. 127. 
56) Almlich der Pudgnlavadin im Abhidhrtrmakośa 9, S. 242: "Ce SU- 
tra dit que c'est meprise de reconnaitre un moi dans ce qui n'est pas
		

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			KAMALAŚiLAS KRITIK DES PUDGALAVADA 


91 


galion formulicrt". Es wurdc gcsagt: "Mit zwanzig Gipfcln 
ragt cmpor bci, dcn Irrlchrcrn der Bcrg dcs falschcn Pcr50na- 
lismus. Namlich : das rilpa ist dcr alman usw. bis: das vijfi.ana 
ist dcr atrnan; dcr atman ist rilpavan usw. bis: d
r alman ist 
vijfi.alzaV.1n; in dcm atman ist das vijfi.ana, [usw.]". Um dicse 
fiinf Hauptkctzcrcicn zuriickzuwciscn, "mit Riicksicht auf [dic 
IndividucnJ, dic dicscn Kctzcrcicn crgcbcn sind" ( ladd!
ti- 
kan prali) wurdc dic Ncgation "spczifisch" (viśe
arilpe,!-a) for- 
mulicrt. - "Oicscn Kctzcreicn crgebcn" sind Individucn, wcl- 
chc zu dcn Kctzcreicn: 'dcr atrnan ist mit dcm rilpa wcscns- 
glcich' usw. pradisponicrt sind. Nur "bczugnchmcnd" (anildya) 
auf dic Punktc, wclchc dcn Unwisscndcn Anlass zur Ungcwiss- 
hcit gcbcn, wurden dicsc [punktc hicr noch cinmalJ ncgativ 
bcantwortct. Ein Lchrsatz, dcr ctwas [Ncucs] lchrt, ist abcr nicht 
gcmcint (7) (na lv alra kasyacid vidhir abhiprelaly.). Sonst wiirdc 
sclbst cin unvcrstandigcr Mcnsch, wcnn cr cincn Satz spricht, 
wclchcr dcn H6rcr nicht bildct;;
j), cin Lchrcr scin (anyalha 
hy aśrolrsa'fLskarakarry. vakya'fL bruva,!-o 'prek
livan eva prali- 
padaka
l syad). 


moi; ił ue dit pas que ee soit meprise de reeonnaitre uu moi daus ee 
qui est un moi". NieM andC'rs arb"umentiereu die modernen Verteidiger 
der Orthodmde der PudgalaYfldins. Vgl. z. D. I\Irs. RHYS DAVlDS, Srt- 
kyrt or Buddhist Ori!lins. S. 126 ff.: Das A llattaIakkhanasutta "was a war- 
ning, parallel to that in the Kauęitaki Upanishad, against the tendeney 
then begillning, torcekoll as the seJf or man UJe man's instruments" . . . . . 
"U it is admitted that the little formula of repudiation of ",hat is not 
the seJf reprcsents a eurrent saying useu first by teaebers of Sankhya 
and then by Sakyan teachers, it is reasonable inferellee that the Sa- 
kyans, espeeially at the start of their mission, wouId not have used 
the saying in a differellt sense froll that used by the Sankhyan te a- 
chers" . Almlieh de LA V ALLEE POUSSIN, Lc Dogme et lu PhilosoJlhic. 
5.) Der Streit, ob der Satz "der iitmun ist nieht das rapa" die Ne- 
gation des iit17um impliziert, ob also hier die "spezifisebe" oder die "ge- 
nerelle" Negation gemeint ist, Iasst sieh nieht entseheiden_ Denn nur 
die moderne, symbolisehe Logik verfiigt iiber die l\'Iittel, um den 
prinzipiellcn Untersehied zwisehen 
 ((Umun i s t rlipa) und «(ttmun i s t 

 rUl1a) auszudriicken. Den natiirliehen Spraehen fehlt diese I\Ioglieh- 
keit. Dass nur der Satz (iitman i s t 
 -rlipa) die l{ealWit des (Unwn 
impliziert, haben rlie Inder wohI gesehen. Uber die Doppeldeutigkeit 
der Negation in den natiirliehen Spraehen vgl. KOTARiJlr:ISKI, L c.
		

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			92 


STANISLA\':' SCHAYER 


Nacbtrag I. 


Die Paramlirlha.saplali des V ASUBANDHU, welche KAMALAŚ!LA 
in seiner V[[ls[pl!lnYii.fmaparik.
!a (S. 87 der Obersctzung) 
erwahnt, ist nicht erhalten. Wir wissen nur aus PARAMARTHAS 
Lebensbeschreibung des Vasubandhu, da ss sic verfasst wurde, 
um die HiraIJ..'rjasaplali des SaJ11khya-Lehrcrs VINDHYAVASIN zu 
beldimpfen óO). Nach der bekanntcn Hypothese TAKAKUSUS 60) ist 
VINDJ-łYAVASIN mit iŚVARAK
.S!'IA und die Hira1)yasaplali mit den 
siebzig Strophen der Slin}klzyakariku. identiseh. Diese Identi- 
fizierung hat seiner Zeit allgemein Anklang gefundcn, lasst 
sieh aber heute nieht mehr aufreehterhalten Gl). Die indisehen 
Autoren unterseheiden wohl zwischen VINDI-łYAVASJN und iŚVARAKRSNA. 
Der Gegner V ASUBANDHUS ist daher aller Wahrscheinlichkeit 
nach mit dem Verfasscr der Sa'?lk!zyakarika nicht idcntisch. 
Aus dem Zusammenhang, in welchem KAMALAŚlLA die 
Paramlirthasaplali zitiert, geht hervor, dass ihr Hauptthema 
die Widerleg-ung des litmavlida des Sa'?lkhya gewesen ist. 
Oadurch erkI art sich viclleicht, warum VA<;UBANDHU in dem 
Pudgalaprati
ed!zaprakara1Ja nur den buddhistischen Persona- 
lismus und die Vaiśe
ikas bekampft und auf die Lchren des 
SaJ11khya nieht eingeht. Dass ihrerseits auch die Hiral.1yasaplali 
der Kritik der buddhistischen Seelenthcorie gcwidmet war, 


Dasselhc Problcm hat auch ARISTOTELES bcschaftigt. Vgl. Anrtl!fticlt 
Priori!. Lib. I. Cap. XL: Es sei wichtig, ob man 't" p:Yj Etyc<
 'too1 und EtVC	
			

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			KAMALAŚILAS KRITIK DES PUDGJ\LAV."DA 


93 


k6nnen wir vcrmuten auf Crund der Angabe im Ślokavarllika (;2), 
dass "VINDHYAVASIN die Lehre vom anlarablzavadeha widerlegt 
hat". Wir mli.ssen bcdauern, dass uns die Einzelheiten dieser 
Kontroverse zwischen Saą-łkhya und Buddhismus nieht bekannt 
sind. KAMALAŚJLA, Paiijika S. 22 fiihrt eine Strop he an, weiche 
vielleicht c;:) der Paramarlhasaplali entnommen ist. Sie ist nieht 
ohne Interesse, weil wir aus ihr den Eigennamen des VINDHYAVAS1N 
crfahren : 
gad eva dadhi lal k
ł-ram, gal k
ł-ram lad dadhili ca 
vadala Rudrilenaiva khgapina Vindhgavasinli. 
M6glicherweise gelingt es in den philosophischen Śiistras wei- 
tere und sichere Zitate aus der Param"£ll'l!zasaplaii nachzuweisen. 


Nachtrag' II. 
Die Negation der fli.nf Hauptketzereien der salka.lladr
!i 
ist nach der ErkHirung KAMALAŚJLAS (S. 91 meiner Obersetzung) 
nur eine "Bezugnahme" (anuvada) und nicht ein "Lehrsatz" 
(vidhi). Prof. O. STRAUSS macht mich autmerksam, dass es sich 
um termin i technici der MiJ11iiJ11sa handelt: "vidhi ist eine Vor- 
schrift, die etwas Neues lehrt. anuvlida ist ein Ausspruch, der 
nichts Neues lehrt, sondern einen schon ge!ehrten vidhi erganzt. 
Ich pflege alzu-vad mit 'Bezug nehmen' zu iibersetzen. So auch 
hier. Die Neg.jenmg von rflpam (ilma ist eine Bezugnahme aut 
diese Ketzerei, aber nicht ein Lehrsatz iiber die Existenz des 
(liman". (Briefliche Mitteilung vom 19. 4. 32.) Es ist klar, da ss 
nur der vidhi ein śrolrsall}skarakall} vakgall} sein kann. 
Ober die 20 (5X4) "Cipfel des Berges des falschen Per- 
sonalismus" vgl. Sall}guUa-Nikaya III, S. 3; Prasannapadli S. 
212, 284, 341, 432; Vgulpalli 
 208; Feuer und Brennslof/, 
RO VII, S. 47; Ausgewiihlle Kapilel, S. 90, Anm. 60. 


Warszawa, Dezemuer 1!J31. 


E2) Chou'klt. Sansk1". Ser., S. 393. Yiel' weitere Zitate aus V1NDHYAVASIN 
boi GARBE, ])ic Siimkhyu-PhiluslJphie 2, S. 'j'S. 
Ei;) So vermutet BI-IATTACARYA I. c.
		

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			JERZY KURYŁOWICZ 
Un archaisme de la conjugaison indoiranienne 1). 


Entre v. ind. glll)
a- 'bruit' et l'iranien *gausa- (avest. 
gaosa-, v. perse gausa-) 'oreille', la difference de sens parait 
si protonde, qu'au premier abord on est tente de renoncer a 
chercher une origine commune ił ces deux mots. Mais M. LOMMEL 
a rendu extremement probabie qu'il n'y avait la qu'un de ces 
nombreux cas OlI une radne verbale designait en meme temps 
un phenomene exterieur et la sensation correspondante (et. 
KZ. 50, p. 262- 266). Ainsi la racine indoiranienne gaus! gus 
aurait eu, a l'origine, les deux sens: 'taire un bruit' et 'en ten- 
dre'. Ces deux sens sont, en eHet, representes dans le Rig- 
veda. La radne ghu
, employee avec le preverbe ci, signitie 
ou bien 'tai re bruit' ou bien 'ecouter, entendre'. 
Ct. d'une part V, 37, 3: lisya śravasyiid ratha li ea gho
lil 
pUrLi sahasra pari vartayale 
'que son char approche en faisant bruit, qu'il apporte en rou- 
lant des milliers de biens'. 
et d'autre part X, 89, 16: ima.m aghó
anrl avasa sahutiriz 
tiró viśviin arealo yahy arVd'J 
'entendant cette invocation viens id en passant tous ceux qUl 
la chantent' . 
En persan moderne on a niyusidun 'cntendre'. Iranien 
*gallsa- 'oreille' est donc un nom d'agent bali sur la racine 
gaus! gus "entendre', tandis que v. ind. ghó
a- 'bruit' est tire 


1) COllllllunication pr	
			

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			LA CONJUC:AISON INDołRANIF.NN
 


95 


de la meme racine, prise au sens de 'faire un bruit'. M. LOMMEL 
compare v. ind. śrótra- 'oreiIIe' et avest. sraoD-ra- 'action de 
reciter', proprement 'action de faire resonner'; v. ind. cak
uiy. 
'lumiere' et 'oeiI', a vest. vaena- 'nez' et pehl vi ven (balu ci gIn) 
'souffIe'. D'autre part, il cite quelques racines verbales v. indien- 
nes ou les deux sens (phenomene et sensation) coexistent 
l'un a cote de l'autre: 
vi-khya- 'regarder' et 'luire', p. e. 
IV, 1, 18: /id it paśca bubudhlina vy dkhyann 
/id id ratnar!l dMirayanta dyubhaktal7}- 
'Et apres 10rsqu'iIs s'eveiIIerent, iIs ont regarde et ils ont retenu 
le tresor donne par le ciel'. 
I, 46, 10: vydkhyaj jihvay/isita
 
(d X, 127, 1: ratrl vy dkhyad ayati 
puru tra devi ak
abhi
 
'la nuiŁ resplendit en s'approchant') 
vi-kliś- 'regarder' et 'Iuire', p. e. 
1, 24, 10: ad.abdhani VĆZrU1.1as.l/a vratlini 
vicdkaśac candrama naktam eli 
'les lois de Varuna sont inviolables; tout en regardant (veillant) 
la lune se meut par la nuit', 
et VIII, 91, 2: asau .'la e
i vlrakó 
grhal7}- grhal7}- vicakaśat 
'toi qui march es, un petit homOle, briIIant par toutes les mai- 
sons'. cit 'voir, considerer' et aussi 'luire, briIIcr'. 
M. LOMMEL a eu le merite d'insister sur la correlation fre- 
quente entre I'expression linguistique du phenomene et celle 
de la sensation. Mais iI nous sembIe qu'iI en ait meconnu la 
veritable nature. D'apres M. LOMMEL, les deux sens d'une racine 
comme cit ('voir, briIIer') designeraient d'abord les deux co- 
tes, m o t o ri q u e et s e n s o r i e I, d'un seul et meme phe- 
nomene. Dr Ie danger d'une nouvelIe terminologie consistc 
en ce qu'on est parfois tente d'analyser les termes pluto t que 
les fai ts qu'ils designent. M. LOMMEL a compare le rapport d'un 
motorique vehere ('conduire en ch ar') a un vehi sensoriel 
('alIer en char'), ou celui d'un alIemand schlagen (motorique; 
'battre') a un geschlagen werden (sensoriel; 'eLre battu'), avec 
le rapport de 'faire un bruit' a 'entendł e'. Si quelque chose
		

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			96 


JERZY KURYŁOWICZ 


nous donne le droit d'etablir de tels parallelismes, c'est uni- 
quement la forme linguistique dont il n'a pas ete tenu compte. 
La coexistence des deux sens en question n'est pas un 
fai t borne a l'indoiranien seul. M. LOMMEL lui-meme cite des 
paralleles allemands, comme riechen 'olere' et 'olfacere', schmck- 
ken 'gustare' et 'sapere'. Ce qui frappe en indoiranien, c'est 
que cette coexistence y est pour ainsi dire usuelle. ar com- 
prendre cet etat particulier de l'indoiranien, c'est saisir cette 
correlation semantiquc a travers la forme, c.-a-d. fi travers le 
systeme verbal indoiranien. 
Une constatation imporlante qui jette beaucoup de lu- 
miere sur notre probleme, est la suivante. L'indoiranien histo- 
rique le plus ancien (le vedique et l'avestique) ne connait pas 
de verbes causatifs doublement transitifs, c.-a-d. des causatifs 
derives de verbes transitifs; il ne batit done des causatifs 
que sur les verbes intransitifs. Cet etat de choses a ete exa- 
mine en detail par M. TH!EME (Das Plusquamper/eklllm im Rig- 
veda, p. 27 ss.) et par l'auteur ue ces lignes (Le genre verba[ 
en indoiranien, Rocznik Orjenfa[islyczny VI, p. 205-6). Mais les 
verbes de sensation sont une exception a cet egard (THIEME, 
o. c., p. 21/2). 
La difference entre les verbes de sensation et les autres 
verbes transitifs n'est pas un trait particulier de l'indoiranien. 
Cf. p. e. l'anglais moderne ou cette difference est formelle 
dans des oppositions comme la suivante: I arn wriling a [el- 
ler, I am [ooking al a man, I am lisfening to a noise, mais 
I see a man, I hear a noise. D'autre part I am seeing movie- 
piclures, I arn headnl{ lhe symphony, parce que see, hear 
y sont pris au sens de [ook, [islen. C'est que [ook et [islen ne 
sont pas des verbes de sensation, mnis des verbes 'd'adion'. 
La difference entre les verbes de sensation et les autres 
verbes transitifs apparalt enCOl"e en indoeuropeen, qui ne sem- 
ble pas avoir connu d'autres parfaits transitifs que les parfaits 
de verbes de sensation: d. grec oiQ'1.; lat. meminł-, novl; go- 
thique wail, [ais 'je sais', man 'je pense' et le verbe d'etat tran- 
sitif 'avoir' (sanscrit tśe, got. aih). En realite les verbes de 
sensation (com me voir, enlendre, par opposition alegarder, 
ecouter) ne sont que des verbes d'etat tra
sitifs. Ceci t'st tres
		

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			I.A C"ON-łUC;AISON łNDOłRANIENNl. 


97 


cłair p. e. en Athapaskan, OU I'on passe du sens 'voir. enten- 
dre' au sens 'regarder', ecouter' par les memes procedes mor- 
phologiques qui servent A changer un 'avoir une lettre ecrite' 
en .avoir ecrit une lettre' ou 'ecrire une lettre'. 
On s'aper
oit que les exemples indoiraniens Jes plus 
anciens des causatifs de verbes de sensation presentent, comme 
construction ordinaire: l'accusatjf de la chose et le datif de la per- 
sonne. Par ex. RV. III, 34, 5 acetayad dhiya im!ijaritri'ił a ensei- 
gne ces pensees au chanteur'. La construction avec le datif de la 
personne prouve, que la base de la derivation du causatif 
a ete une construction intransitive et non pas transitive. Ce 
qui confirme cette conclusion, c-est le developpement seman- 
tique particulier que subissent les causatifs du type cetó.ya-. 
Ainsi avest. srtivaya- 'nkiter' (d. persa n suradiin 'chanter') 
s'explique par 'faire resonner' (un chant, une priere etc.) et 
suppose une forme tiree de *srav- au sens de 'resonner'. En 
parta nt de *srav- 'entendre' (saranaoiti 'ił entend') ił faudrait 
supposer d'abord le passage de l'accusatif de la personne 
('faire quelqu'un entendre') au datif et ensuite la suppresion 
de ce datif. Ił est vrai qu'on a dans une langue comme le 
fran
ais: 'faire voir une chose', 'faire entendre un bruit', avec 
un sens passif des infinitifs voir, entendre, mais on y rencontre 
aussi 'faire tuer un homme', c.-A-d. ił n'y a pas de difference 
formelle entre Ies verbes de sensation et les autres verbes 
transitifs. 
Dans les travaux cites plus haut, les auteurs ont attire 
l'attention sur les causatifs comme vardltaya- 'faire croitre', tire 
de vardhate 'ił croit' (et non pas de vardhali 'ił fait croitre). 
Pour rendre compte du sens des causatifs comme cełaya-, on 
peut se servir utilemenł de la supposition qu'ils sonł bAtis 
sur des form es moyennes, designant le phenomene (par oppo- 
sition A I'adif, designant la sensation). Dans te cas de la radne 
ghu
 p. e., ił faudrait partir d'un ghó
ate 'iI resonne' dont 
gho
aya- serait le causatif. 
On serait alors amene A poser, pour les verbes de sen- 
sation indoiraniens, ul1e repartition sui van te: a) actif = sen- 
sation; b) moyen = phćnomene; c) causatif = action de pro- 
duire le phenomene. 


R...uik Ori.nt.li"tyczny, VIII_
		

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			98 


JE
ZY KUł(YŁOWICZ 


P. e. a) RV VII, 2, 2: ye sukrcilava
1 ścicayo dhiyaT[ldha!J 
svcidanti devlt ubhciylini havya 
'les dieux, bienveillants, purs, venerables, goUtent les dellx 
libations'. 
b) IX, 74, 9: sci m
-jycim=:'na!J kavibhir madinlama 
svcidasvendrl1ya pavamlina pliciye 
'ainsi purifie par les Kavis, soi s bon ił boire (= plais fi. Indra)' 
c) X, 110, 2: lcinunapllt palhci r1cisya yltnlin 
mcidhva samańjcin svadayli sujihva 
'3!'1saisonne les chemins du droit divin en les oignant du madhu'. 
Vu I'evolution rapicie du moyen en indoiranien, on est 
prepare d'avance ił ne troU\/er que relativement peu de tra ces 
de l'opposition actif: moyen. En general les deux premiers 
sens !lont combines ou dans l'actif ou dans le passif. P. e. 
III, 11, 3: agnir dhiylt sa cefali 
keló.r yajńcisya purvycily. 
'car Agni, le premier etendard du sacrifice, sait atteindre le 
but par la connaissance' (traduction de GELDNF.R) 
et VIII, 32, 28: ;ndro deve
u clHati 
('I. apparait parmi les dieux comme' etc.) 
Dans ce cas, on dira que le causatif celciyati 'ił enseigne 
qc. fi. g.' (d. plus haut l'exemple RV 1II , 34, 5) est bati non 
pas 5ur la premiere, mais sur la deuxieme valeur de cit. au 
bien rócate 'ił brille' et Mkaie 'ił voit': le causatif rocayali 'iI 
6claire' s'explique par le premier sens, tandis gue lókate est 
plus Ś l'tkart et par le sens et par la forme. Dans V, 37, 3 
ił gho
ad (rcithaM est un verbe designal1t le bruit, tandis gue 
X, 89, 16 on trollve le verbe de sensation correspondant: 
allhó
an (scihatim); jaiminiya-br. ajagho
a 'ił a entendu' est 
manifestement une erreur pour a-jugho
a; d. aussi avestigue 
gasayat-uxi3a- 'qui fait entendre ses mots'. ar ghosciya- 'pro- 
clamer ił hctute voix' suppose la premiere valeur. V. ind. khyali 
signifie 'voir' ou 'Clre visible', le sens de khyllpayati est 'ren- 
cire visible, manifester, annoncer'. caksale (-fi) reunit meme tous- 
les trois sens: 1) voir, apercevoir; 2) apparaitre; 3) montrer, 
manifester. 
Parfois la racine verhale ne garde plus qu'un seul sens 
(celui de la sensation), l'autre aant supposć uniguement par
		

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			I.A CONJUGAłSON INDOIRANtENNr-: 


99 


la valeur du causatif. P.- e. la radne śru a pour eausatif śrlJ- 
vaya- 'proclamer. precher qe.', ce qui est un sens ancien (et. 
avest. sravaya- qui a cette derniere valeur). 
VII, 62, 5: li no jane śravayala11) yuvlinli 
śrularr me milravaru1]a. havemli 
'proclamez-nous (rendez-nous celebres) parmi les gens, e(:()ute
 
ces invocations de moi'. 
ar ce sens de śravaya- semble supposer un śrr.zóti Ou 
Śr1Jute signifiant 'ił resonne'. Un cas analogue, c'est smarati 
ou smarale 'se souvenir de quelque chose' et smarayati .rap- 
peler qc. ił q:, les verbes designant les fonctions mentales, se 
trouvant sur une seule et meme ligne avec les verbes de sen- 
sation. V. ind. dyólale (-li) 'briller', dyottiyali 'rendre' clair, 
souligner' (pracrit foya; 'voir' est surement un archaisme). 
V. ind. drś = 'voir', mai s darśaya- 'montrer', suppose une valeur 
conservee dans dr.
yale 'iI apparait', V. ind. vida 'il sait', mais 
vedaya- 'communiquer qc.', d. (*lleid 'voir' et) avec un sens 
san s doute primitif grec tVa1.),A
t.L
! 'paraitre, sembler'. Celtique 
*vindos 'blanc' sans dorJte de 'brillant' et non pas de 'visible', 
comme le suppose BOISACQ. - Meme rapport entre janali et 
jńtipaya-. Le sens 'dire, parler', que presente la radne indienne 
vae ne semble pas primitif, parce que le causatif vaeaya- 
'Iire' s'explique mieux par uega-le 'ił resonne', que par vi- 
vakii 'ił parle' . ar des deux sens 'resonner' et 'parler', c'est 
surement le premier qui est plus ancien. Cf. aussi vadaya- 
'jouer (d'un instrument)' en face de vadali. 
De I' Avesta, ił fą.ut citer trois exemples qu'on ne retrouve 
pas en indien: (api-) vala- 'comprendre qc.' et (fra-) valaya- 
'enseigner qc. ił q.'; carkara- 'se souvenir de' et karaya- 'gra- 
ver dans la me.noire'; baof;a- 'sentir' et baooaga- 'expliquer 
qc. ił q.'. II n'est pas exclu que dans le dernier cas, le sens 
'avoir une odeur', propre a I'iranien seul, est un archaisme: 
Y. 17, 6 hubaoa_'s baoaaile nmJl1Jm gelJhe 'sa demeure ex hale 
des aromes' ; huplJ"bllsla- 'parfume'; pehlvi bfJa, persa n boy 
'odeur, parfam'. II est impossible de decider si tous lec; exem- 
pIes cites sont anciens, et lesquels d'eux ont servi de modele 
aux autres. 
Dans tous ces exemples la r:acine verbale combine f!eux 
cens : phenomene, -&ensCition. ar ces deux sens sont comparabies 


..,
		

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			100 


.lP.I	
			

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			LA CONJUGAISON !Nr>ofRANlENNF. 


101 


des deux premiers groupes (car aupres des verbes d'aUer ł'accu- 
satif n'est pas un regime direet). on peut identifier les troi5 
autres aux verbes dont nous venons de parler. verbes repr6. 
senb
s par cit. stJad, tJac. Reste ił savoir comment les causatifs 
correspondants, batis originairement sur le sens p h e n o m e n e , 
sont devenus ensuite des causatifs derives dl! sens s e n s a t i o D. 
Les commencements de cette evolution sont anterieurs au RV. 
Car ił cote de śrllvaga- 'proclamer, rendre celebre', i1 y cxiste 
aussi śrlivaga- rendre entendant' etc.
		

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			T Ar.EUSZ MILEWSKI 
Quelques remarques sur la langue hittite 1). 


I. L' a s s i m i l a t i o n d e s vo y e Ił e s. 
La voyelle a ( L i.-e. o, l2 et a) a passe sporadiquement 
en hittite ił e, lorsque la syIlabe suivante avait une voyeIle e
) 
( L i.-e. e), et inversement la voyelle e avait la tendance ił se 
transformer en a, lorsque la syllabe suivante renfermait une 
voyeIIe a. V oici quelques exemples. 
1. Hit. nom.-acc. watar 'l'eau', en face du gen. wetenas, 
dat. weten;, abl. wetenaz, inst. wetenit et wedanda, pl ur. nom.- 
aec. widar et uwitar, d'i.-e.: nom.-acc. sing. *wodor, gen. "'wo- 
denos, dat. "'woden; etc., d. nom.-acc. sing. v.-sax. walar, v.- 
h.-a. wazzar, gen. got. watins, lit. vandeiis etc. La radne wad- 
( L *wod-) a passe ił wed- devant le suffixe -en-o Cette dernii
re 
forme de la racine a ete transmise par analogie au nom.-acc. 
plur. widar. 
2. Hit. sag- 'connaitre' d'i.-e. *sag-, d. lat. sligio, gr. 

"(eolLcLl, got. SiJkjan. Pres. sing. 1 r " p. saggahhi, 2" p. sakti, 
3- p. sakki, plur. ira p. sekklleni, 2- p. sekteni, 3 e p. saganzi 
et iegganzi. Pret. sing. 1 re p. saggahhlln, 2 c p. sakta, 3"' p. sekla 
plur. 1''' p. sekkuen, 2 e p. seklen, 3 e p. sekkir. Imperat. sing. 
2- p. sak, 3"' p. sakdu, plur. 2 e p. sekten. Volont. seggallll. Part. 
pres. seggant-. La radne sag- s'est transformee en seg- cłevant 


I) ,J':-łi puise le materie I hittite dana Je Iivre de 1\'1. 1... DELAPORTE, 
Eltmen', de la grmnmaire hittite, Paria 1929, et dana le Hittitc GlosslIry de 
){. E. H. STURTEVANT, La.ngua.ge 1nonogmphs, I'\umber IX, June 1931. 
2) La voyell p e ( L. i.-(
. c et e) a en en hittite la prononciRtion 
Cennee .t pour (
ela elle a He ecrite e ou i.
		

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			QUELQUE
 RE-MARQUES SUI< LA LANGUE HITTITE. 


103 


les desinences -lleni, -ten i, -tum, -tell, -iI' II). La form e de la racine 
śeg- a ete transmise secondairemenl aux form es : s'gganzi. 
sekta, seggallu et seggant-. 
3. Hit. ar- 'arriver' d'i.-e. *or-. d. lat. orior, gr. ijpwp,t. 
Prćs. sing. 1 ro p. arhi, 2" p. arii. 3" p. ari, plur. 2" p. erteni, 
3" p. aranzi. Prćt. sing. l" p. ar( ah)hun. 3 e p. aras, pl ur. 1'" p. 
erwen, 2 p. arlen, 3 e p. erir. Imperat. sing. 2" p. eri, 3" p. aru, 
plur. 2 e p. erlen, 3" p. araniu. Part. pres. arant-. La radne ar- 
est devenue er- devant les desinences -teni. -wen, -ten, -ir. -i "'). 
4. Hit. eS- 'etre' d'i.-e. *es-, d. gr. sa-d, lat. es-set es-t, v.-sla- 
vejes- mb . Pres. l r " p. sing. dmi, 3 e p. eszi.Pret. sing. l'" p. eSun, 
2" et 3" p. dla, piure 1 re p. eśwen et esuwen, 2" p. eśten, 3" p. 

ser. Imperat. sing. 2 e p. es, 3 e p. esdu et dlu, pl ur. 2" p. eilen, 
3" p. asandu. Inf. esuwar. Part. pres. asant-. La racine es- s'est 
developpee en as- devant la desinence -andu et le suffixe -anl-. 
5. Hit. ep- 'prendre'. Pres. sing. 1 re p. epmi, 2" p. epśi 
et epti, 3 e p. epzi, pl ur. 2 e p. epteni, 3 e p. appanzi. Pret. sing. 
1 re p. eppun, 2° et 3" p. epta, plur, 1 re p. eppuen, 3 e p. ep(p)ir. 
Imperat. sing. 2" p. ep, 3 e p. epdu, plur. 2" p. eplen, 3 e p. ap- 
pandu. La racine ep- a passe ił ap- devant les desinences -aJ2zi 
et -andu. 
6. La racine hit. ed- 'manger' (i. e. *ed-, d. lat. edo, gr. 
tO(!) s'est transformee en ad- devant les desinences -Q12zi et -andu. 
7. Hit. es- 'etre assis' d'i.-e. *es-, d. gr. -"a-w
, skr. lis-le. 
Pres. sing. 3 e p. eszi, aszi, plur. 3° p. asanzi, esanzi. Pret. sing. 
3" p. asta. Iml->erat. sing. 2 e p. es, eSi, plur. 2 e p. eSlell. Inf. fu- 
t.ur lisa n na. Part. pres. danl-. Sup. I. aśuwanzi. Moy.-passif 
pres. plur. 3 e p. asal1la, inf. aśalar. La racine es- a passe ił as- 
devant les finales: -anzi, -ta, -anna, -wanzi. Suivant le modele 
de l'alternance aśallzi eśanzi dans la 3" p. du plur. du pres., on 
a fabrique l'alternance dzi aszi dans la 3" p. du sing. 
8. Hit. 'lOeh- 'tourner' d' L-e. *weJ- ( ---=:.. wa-), d. lat. uarus u). 
Pres. sing. 3 e p. moy. wehaltari. Pret. l" p. sing. welw.n. Inf. 
fut. wahanna. Passage weh- en 'lUah- devant le suffixe -anna. 


J) La dćsinellee de la:J" p. du plUł'. du prćt. -ir provient d'i..-e. 
'-'r, el. lat. "
re, nv. -iiire L "'-cirai. 
,) La tle!'lillellCe de la 2e p. illg. impl>rat. -I provient tJ'i.-6 
.-t, cf. Kr. 'f!p.;, lat. leg-f, skr. aj-a. 
j) er. ,1. K\JRYlOWICZ dł1J\1ł !'po; R!lIf	
			

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			104 


TADEUSZ MILEWSKI 


9. Hit. ekv.- 'boire' d'i.-e. *ek Ol -, d. v.-isl. lieRer 'la mer'. 
en face du lat. aqua L i.-e. *ak u -. Pres. sing. 3 e p. ekv.z;, pIur-. 
3. p. akuwanz;. 
10. Hit. we!- 'habiller' d'i.-e. *wes-, d. lat. v.eslis, skr. 
vaste, aw. vaIJhaiti 'ił s'habille'. Pres. aet. pIur. 3 e p. wassanz;, 
moy. pIure 3 e p. wessania. Imperat. plur. 2 e p. wesien. Wd- 
::::::". was- devant -anz;. 
11. Les desinences hittites de la l r . p. du pl ur. du pres. -wen; 
et de la 1 re p. du pret. du parf. -wen, p. ex. dasga-wen;, dask;- 
wen de da ski- 'prendre', proviennent d'i.-e. "'-we, d. skr. 1'. p. 
du duel de l'imparf. tibhava-va. La consonne -n de nos desinences 
est de meme origine que -v dans la finale gr. de la 1'. p. du 
pIure -ILEV L i.-e. "'-me. La voyeIle -; de la desinence -wcn; 
provient de la finale du sing. de ]a l,e p. -mi, 2 e p. -si, 3 e p. -zi, 
plur. 3. p. -anzi. 
La desinence de la l,e p. du plur. pres. moy. -wasta, p. 
ex. ar-wasta, de ar- 'marcher', provient d'i.-e. "'-wes-dha, et. 
la finale homerique de la 1" p. du pl ur. moy. -ILEo{l-a 
 
*-mes-dha, p. ex. l1 a X ó lLe:o{l-cx (E. 875). On trouve la desinence 
"'-wes dans la l,e p. du dueI. de l'indic. pres. skr. bhtiva-va
,et la par- 
ticule -dha, dans la finale gr. de la 1 re p. du plur. moy. -1Le:-{l-cx. 
La desinence "'-we II *-wes est restee intaete devant -n" -n; 
et elle est devenue -was- devant la pa rticule -la L *-dha 6). 
Les faits hittites cites id sont comparabIes ił l'inflexion 
que l'on retrouve dans les langues celtiques et germaniques. 
Comme dans c
s langues, les resultats du developpement pho- 
netique ont ete troubles en hittite par une foule d'actions 
analogiques. 


II. I. - e. o n, o m :::::::.. h i t. u n, u m. 
On trouve en hittite quelques ex empI es du passage 
d'i.-e. on, om ił un, um: 
1. Le pronom anaphori que uni L i.-e. *one, d. v.-s. ono 
lit. mis. 


ti) La voyelJe -a dana la desinence de la l re p. du plur. du pres. -wani. 
p. ex. paiWWll11.i ił "Atp rle paiweni rle> l'((i- ':1l1er', provicnt. de In fioRIp. 
-w4ift4.
		

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			om:LQUES REMARQUES SUR LA LANGtJE HI"ITITE 


105 


2. Acc. sing. aptln ( L i..e. *apom) de apas 'celui-li!.'. d. 
gr. c£1I:6. 
3. Acc. sing. kan ( L i.
e. *k' om) de kas 'celui-ci', L-e. *k' 0- 
*k'i- 'celui-ci'. 
4. La finale hit. de la lre p. du sing. du pret. -un pro- 
vient des formes du type *daskun ( L *doskom) de daski- 'pren- 
dre', d. gr. SYlj'vwoxov, skr. agaccham, desquelles elle a ete 
transmise ił la forme armll1-un (de *arnun, d. gr. ió p v Oj \I). Sui- 
vant la proportion: 2 e p. du sing. du preł. *arnus, 3 e p. arnui 
1 re p. arnunun on a tire des form es de la 2 e p. daskes et de 
la 3 e p. daskU la nouvelle forme de la 1 re p. daskinun. 
5. Les desinences de la 2 e p. plur. du pres. moy. -duma 
et de la 2 e du plur. du preŁ. et de l'imperat. moy. -dumai, p. ex. 
2 e p. plur. du pres. iya-ddumQ et de l'imperat. moy. kisdu- 
mat de kis- 'arriver', proviennent de la finale i.-e. secondaire 
de la 2- p. du plur. moy. *-dhwom, d. la 2 e p. plur. imparf. 
moy. skr. dbhava-dhvam. Cette desinence i.-e. passait phoneti- 
quement en finale hit. *-dwum, qui se transformait ensuite en *-dwu- 
ma II *-dwumai 7) sous l'inf!uence des terminaisons du pres. moy.: 
1 re p. du sing. -ha, 3 e p. -ta, 1 re p. du plur. -wasia et -'Waslati, 
3 e p. -anta et du pret.: 1 TC p. du sing. -ha t, 2 e et 3 c p. -tat, 1" 
p. du plur. -'Was/at, 3 e p. -antatti, d. plus bas V. 3 et 6. La 
desinence *-d'Wuma li *-dwumat est devt"łhle -duma .dumat 
ił cause de la contraction du groupe Wl' en uB). 
Devant les conSOłmes nasales, la voyelle o a ete nasalisee 
en hittite, et elle a passe i!. Ił, comme i.-e. o, ef. hit. ug 'moi', 
v.-slave aZ-li, i.-c. *6g(h)- !1). Un developpement analogue a eu 
lieu en armenien, d. arm. luw L. i.-e. *ponthis, lat. pons, arm. 
tur L. L-e. *doro-, gr. owp',v. 


') La trallsfol"lllation de la dć,;illenee *-rthu-u1Ji en ".	
			

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			106 


TADEUSZ MILEWSKI 


III. D e cl i n a i s o n d e s p r o n o m s h i tt i t e s. 
1. Hit. ug uga 'moi' L. i.
e. *
g(h), d. v.-s. aZ-6 L. i.-c. 
*lJg(h)-om l0). L' a final dans la forme llga provient de la {or- 
me *łega 
 ziga 'toi'. 
La fmme du nom.-dat.-acc. du pronom de la l'e p. ammu- 
ga ammug provient de la forme de l'acc. sing. i.-e. *eme-go, 
cI. gr. a:J.ś-'jc, v.-sla ve IO-ffo. Cette forme i.-e. a ete transforOlee en 
*em
ga * em
g 
 ammllga ammlzg, sous I'inf!uence de la 
forme *-
g I *-oga 
 ug uga. 
Le nom. sing. du pronom de la 2° p. ziga zig et !'acc.-dat. 
sing.lug pwviennent de l'acc. sing. L-e. *le-go, d. v.-h.-a. di-h. 
Sous l'inf!uence de la {orme ug uga et ammug ammuga, on 
a form e ił cote de *lega ..... ziga les formes *leg 
 zig et lug 11). 
Les formes ziga et zig ont ete employees au nom. sing. et 
la forme lug ił I' acc.-dat. 
Hit. wes 'nous' pro vi en t d'L-e. *weis, d. got. weis, 
v.-h.-a. wlr. 
2. Les form es enclitiques de l'acc.-dat. sing. des pron om S de 
la 1 re p. mu et de la 2 e p. da proviennent de formes L-e. atones de 
l'acc. sing. *m
 et *M, d. L-e. *me, *le, skr. ma, tvl1, v.-pol. mie, 
cie. Les formes enclitiques de l'acc.-dat. sing. de la 2 e et de la 3 e 
p. la et si proviennent de i.-e. '
lo, *se, d. gr. 'trJ-
 acc. 
. La 
forme enclitique de l'acc.-dat. pl ur. du pronom de la 1 re p. 
nas provient d'L-e. *nos, d. skr. na
, celle du pronom de 
la 2 e et de la 3' p. smas provient d'i.-e. *smos, d. abI. plur. 
aw. xsmat, skr. a-smal. 
3. En hittite on obtenait Ies formes du nom. et de I'acc. 
sing. des pronoms impersonnels en ajoutant ił la racine les 
desinences -s L. L-e. *-s et -n L. i.-e. *-m au genre anime et la de- 


10) Cf. E. Bl':RNEKER, Slavischcs dylltlłl0!Jis('hcs Worterbuch, 35. V.-slave 
an L 'óy(h)-om est composc tle la radne 'og(lt) = hit. lIg et de la partieułe 
-o lit, ef. skr. ah-(lJ". L-e. 'ó-ą(h) pst rJ'une forme au degr(. (I de la l'aeine 
"eg(h), cf. gr. ;I-(U, 18t. er/-u, v,ot. ik. 
.11) :\1. L. DELAPORTE, I. I
.. p. :Uj-:Ji, exvlillue l'-ll fiuał dan! lei! 
form es uya, ziga. ""tliwya COlllllle Ulle particule de reuforcemellt. En 
realitć 1'-a finał dans les fOl'llleS Liga etQ.łII1I1UY" appartient a la particule 
-yu 'o_ i.-I". -*go ('t pnI' :'Il1alogie ił I?{'S formes OJl n tr:m
formr. 119 en 'łfJa.
		

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			QUELQUES REMARQUES SUR LA LANGUE HlTTlTE 


107 


sinence -t au genre inanime, d. hit. nom. anime kui-s, acc. kUL-n, 
nom.-acc. inanime kui-t, lat. quis, quem, quid, gr. 'tir,;, t[v-a. 'ti. 
4. On trouve la desinence du gen. -el dans les formes 
sing. du pronom de la 1 re p. amml!/, 2 e p. tue/, 3 e p. sel, pIU!". 
trep. anzel, 2' p. sumel, gćn.sing.keldekas( L *k'o-)'celui-ci', 
apel de apas ( L *apo-) 'celui-Ia', kuel de kuis ( L *kwi-) 'qui', da- 
mel de damais 'autre' . Les formes ammel, tue/, sel sont pro bable- 
ment les anciens pronoms possessifs derives des racines amme-, 
tue-, se- L L-e. ':'emei-, *twei-, *sei-, d. lat. meus L *mei-o-s 
moyennant Je sllffixe -l, qui a servi en hittite a fonner les 
adjectifs, d. assus et assul 'bon' 12). Par opposition aux for- 
mes acc. ammug, tug, san la finale -el des formes ammel, tuel, 
sel a c5łe consideree comme la desinence du gen., et ensuite 
elle a ełe transportee a la declinaison des autres pronoms. 
On a forme la desinence du dat. sing. -eli, d. dammel, 
de damai!, en ajoutant la finale nominale du dat. -i 18) a la 
desinence du gen. -el. 
5. La desinence de l'abl. -daz II -diz II -tez est conservee, 
dans les formes du sing. du pronom de la 1 re p. ammedaz, de la 2 e 
p. tul!daz, de la 3. p. etez ediz, du plur. de la 1 re p. anzedaz, 2 e p. 
sumedaz. sing. damedaz de damais, et la desinence du dat. plur. 
-duS dans les formes : kedas de kas, apedliS de apas, kuedas 
de kui!, damedas de damai!. Le dat. et l'abl. plur. ont eu en i.-e. 
une desinence commune, donc hit. -das a ete aussi la finale de 
l'abl. plur. En hittite - sauf le nom. et l'acc. - les formes du sing. 
et du plur. n'etaient pas distinctes, ainsi on peut considerer les 
desinences de rabI. sing. -daz et du dat.-abI. plur.- das comme 
les formes diverses d'une seule desinence de l'ablatif. La forme 
primitive de cette desinence a ete -das pmvenu du suffixe L-e. 
-tos qui a designe le point de depart, cI. skr. mukha-tci
l 'de 
la bouche', lat. funditus elc., gr. En';'.;, ann. abl. sing. 14 ) -o-y 
L *o-tos, p. ex. khnog, et en -e L -*e-y L *a-tos, p. ex. ame. Hit. 
-das a ete transforme au sing. a -daz, sous l'influence de la 


l
) Les prOJlOlnS po
sel:jsifs 
O\łt employes uans la fOllctioll du gen. 
des pronoms persollllelR dans lat. met, tui, 8ui, da1H
 got. meina, Peina, 
6eina et danI! lit. matlO taro. 
l.) Cf. dat. Bing. hit. -tltpiiii de /lepi.. 'le ciel'. gł'. 1w.'tp-L 
Ił) Lf'
 form('s 
l,r. de' I'nh!. 110 .(a!p Yal(
I\t. }JOIII" tO\l:4 1(':4 troi!'! 
l1Omh_I'ps..
		

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			108 


TĄJ'.Ir.USY. MTI,RWSKI 


desinence nominale de l'abl. sing. -az 
 i.-e. *-0*ts 16 ). p. ex. 
irmalaz. hamantaz. Les formes de l'abI. sing. du pronom de la 
1. e et de la 2- p. ammedaz. tuedaz L i.-e. *emei-tos, .twei-los ont 
ete analisees - par comparaison avec les formes de l'acc. 
ammug et lug - comme amm-edaz. tu-edaz. La desinence 
-edaz a ete transportee a la declimłison des. autres pronorns, p. 
ex, dami!daz. 
Les formes du gen. et du dat. sing. des pronoms ont 
ćte tirees des formes du type damedaz. Au groupe darnl!d- 
on ajoute au gen. sing. la desinence nominale -as L i.-e. *-os, 
p. ex. damedas, edas et au dat. sing. la finale -ani, p. ex. 
damedani, edani, sedani, kedani, apedani, kuedani. La desi- 
nence -ani provient de la declinaison des themes en -I" II -n, 
d. dat. memijani, uttani de memijas 'parole', uttar 'chose'16). 
6. Les formes hittites du nom.-acc. plur. du genre inanime 
representent le theme pur du plur. des pronoms: ke ( L i.-e. 
*k' ej) de kas, api! ( L i.-e. *apeiJ de opas, kul! ( L i. -e_ *kwei 
de kuis, d. nom. plur. masc. skr. te, gr. tr..i, lat. is-li, gol. ()ai 
lit. tie, v.-slave fi L i.-e. *tOi ? *to-i. Au contnłire le nom. et l'acc. 
plur. du genre anime sont des formations recentes qu'on a bcities 
en ajoutant les desinences nominales du nom. pIU!". -us ( L *-
s) 
et -es ( L *-es ou -*es) idaracine, p. ex kzze-us /I kui-us L *k e-Os 
ou ku-es de kuis, ap-fis de ap as, k-Cls de kas, s-us de sas l.). 
La langue hittite n'a pas herite de l'i.-e. la distinction des gen- 
res au nom.-dCc. plur. des pronoms, mais elle a realise cette 
distinction dans son developpement independanl. Les vieilles 
formes du type "'kwef 
 kue, qui n'avaient primitivement aucun 
genre, ont ete employees comme les formes de genre inanime 18) 
et pour exprimer le nom.-acc. pl ur. de genre anime, on a fa- 
brique la forme nouveIle. 


l;:;) l.-e. *-ts est la forllle reduite du suffhe "-łoI'. 
]6) Danii la forme de l'abI. sing. nepis-anza de nepii 'le ciel', la de- 
sinellCe -anzo provient de Ja deelillaison du thi'>me a -n, et. :ibl. 8ing. 
mcm-ijafllłz, uttanaz, de IIwmijal, uttar. 
17} Les fOl'mes hit. du type ku
w" apli. Bont comparublpł- aux lor- 
mes usc. lIU
, olllbr. ).l/.lr-e 
 "kwjli. 
Jtj) Le!> for mea du typ e .tO! om ete I!pedl\liaeeli dan>; le!i autre", 
hUłg-U"
 indo-europ6cnnes au seus .In nom. pll1r. mm
('1.1!.
		

/115.djvu

			OUEt QU":S F!r:MI\R(JU
;S 
UI=! I.A I.ANr;Uł.: !'III-nn. 


109 


7. Les' formes d'u gen. plur. sumenzan de ziga 'łoi'. Ic!n- 
zan de klis, apenzan de apli.s, damenzan de damliis contiennent 
la finale -nzal1 L *-II-san. je suppose que sur le theme du plur. 
du pronom de la 2 e p. sume- ( L L-e. *usme-, d. le sb. 1>:,.\Ls), 
on a forme le possessif *sumen ( ? *sume-n) 1
). De cette forme 
on a ensuite hibrique le gen. plur. du pronom de la 2 e p. 
en ajoutant la particule san L L-e. *-so'n 20), laquelle servait 
fi form er le gen. plur. des pronoms, d. gen. plur. v.-slave 
te-z" L *toj-som, tochar. 'Wa-sam, .'Ja-sam. La forme *sumensan 
s'est developpee phonetiquement en *śumenfsan 
 sumenzan, 
d. le developpement de la racine du plur. du pronom de la 
lre p. L-e. '
f!s- (skr. abl. asmat) en hit. *ans- 
 *ants- 
 anz-, 
p. ex. le nom. plur. anzes. P.iI" opposition aux autres 
formes du plur.: nom.-acc.-dat. ..;umes et abl. sumedaz, la fi- 
nale -nzan de forme sumenzun a ete consideree comme la 
desinence du gen. plm. et ensuite elle a ete transportee ił la 
declinaison des .iutres pronoms. 
8. On a employe en hittite troi s pronoms anaphoriques san s 
desinences: asi L L-e. *o-se, d. skr. asau, sogd. '"{u (= *axu) 
ś L-e. *o-sa-u; hit. eni li ini L. L-e. *e-ne: hit. uni L L-e. *o-ne, 
d. v.-s. on?;, lit. ans. Le premier membre de ces pronoms est 
la radne *e- li *0-, d. gr. ;-'1.61, lat. e-quidem, v.-s. o-nfi, O-V?;, et le 
deuxieme la radne *so II *se, d. skr. sa, gr. r., got. sa, ou te 
morphene *-no /I *-ne, d. lit. a-n-s, skr. a-na-gil, a-na-.'Jo/y.. 


IV. I n f i n i t i f d u f u t u r e n -a n n a. 
On trouve en hittite quelques formes d'inf. du fut. act., qui 
contiennent le suffixe -anna, p ex. tijanna de tija- 'aller', 
uwanna de uwa- 'venir', amU'wanna de arnu- 'apporter', assanna 


lU) Le !'uffixp -n est apparente au deiel'millaiif -J1
 -1/0 tlUC llOU
 
trouVOllR daui'! le!> possel:!sif.;; got. 'f/l.eim', f>eins, sein" lit. manas et dllns 
leli gen. .ing. av. mana, v.-slave mene, lit. ma-11f.<. L!l )'orme .s1
me-1I PRt 
pa)'allele aux lormes du gen. sing. am1ne-l, t-
-l. 

0) II est possible que la particule -,irm 	
			

/116.djvu

			110 


1'''\)EU
1. MII.1':W"
KI 


de es- 'etre aSSłS, kUnUll1lCl de kuen- 'frapper', wahanna de 
weh 'tourner' , tijanna de dai- te- 'placer'. Ces formes hittites 
sont comparabies iŁ l'infinitif germanique en -an, d. got. ni- 
man L. *nemo-no-m. L'infinitif du futur hittite, ainsi que l'infinitif 
germanique, proviennent de l'acc. sing. neutr. d'ancien nom d'ac- 
tion en -no- du type skr. jńllna- neutr. 'connaissance', cf. jńll- 
'connajtre'. Le nom.-acc. sing. du genre inanime des themes en-a 
a ete forme en hittite - comme en slave - sans desinence, 
d. hit. nom.-acc. 2. irma[a 'malade', v.-slav. [eto 21). Au con- 
traire, en germanique le nom.-.iCC. sing. neutr. a contenu primi- 
tivement1a desinence -m J d. nord.-run. horn-a L. *-an L *-om. 
L'infinitif du futur a ete forOle en hittite, dans la conjugaison 
athematique, du degre reduit de la racine, p. ex. la racine 
kuen- L. i.-e. *ghwen-, s;
r. han- 'frapper'J inf. du fut. kunanna L. 
*ghwnono; la racine cai L. i.-e. *dhe(iJ-, gr. tW-"fI-P.L, 3+a(j) 'pla- 
cer', inf. du fut. t
;anna L. *dhiiono 
 *dh£.. Dans la conjugaison 
thematique I'inf. du fut. a ete form e sur le theme du present J p. 
ex. inf. du fut. uwanna, f ijanna de uwa- 'venir' et tija- aner'. Le 
complexe -anna de ces dernieres formes a ete transporte aux 
formes d'inf. du fut. tirees des racines athematiques, p. ex. arnu- 
wanna de arnu-, kunanna de kuen- II kun-o 


V. L e s i n g u l i e r d e I.i 2 e c o n j u 2" a i s o n 
d u m o y e n. 
1. Les desinences du preterit de la 
tite 22) correspondent pour la plupart aux 
des autres langues indo-europeennes. 
Hittite Grec 
1 ro p. da-hhull ()
a-? 
2 0 p. da-tfa o
a-{}-a: 
3 e p. OlO-S 


active et 


2 e conjugaison hit- 
finales du parfait 


Sanskrit 
ved-a 
vet.tha 
'lu;d-a 


31) Cf. S. AGRELL, Z-ur Ge,w'hichte des i/jrlooer17taniscTlej
 Nc-utr-u?ltll danii 
le Bulletin de la Societf Royale des Lettres de Lund, annee 1925-1926. 
22) A la 2 0 cODjugai
on hittite appartiennent les verbes radieaux, 
comme hit. dli- 'prendre', ef. gr. Oto	
			

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			<1ULLQUES R
.MAROUES SUR lA LANC;UI;; IIITnrE 


111 


La desinence grecque de la 1'« p. -rl. et le groupe -hu- de 
la finale hiWte -hull proviennent d'i.-e. *-Ja :!3). Le -n final 
a 6te transmis ił cette desinence hittite des formes de la lre 
p, du pret. de la l,e conj. du type arnu-n(un), d. gr. 
ÓJpVI>-V. L-e. a est devenu u devant -n tout comme i.-e. 0 24 ). 
Les finales de la 2" p. hit. -ta, gr. -&'1. et skr. -t/lU provien- 
£lent de la desinence i.-e. *-tha. 
La desinence i..e. de la 3" p. du pad. *-e (gr. -E, skr. -a) 
ne s'est pas conservee en hittite. 
2. A cote des formes du vieux parfait on a employe 
en hittite trois autres series des formes de la 2" et de la 3- p. 
du preterit de la 2" conjugaison. 


2" p. sak-ta 
3" p. sek-ta 


dai-s-ta 
dai-s 


pe-s-la 
pe-ś-la 


Les anciennes formes de l'aoriste sigmatique dai-s-ta 
[ L . *dhe(t)-s-lhal et pe-s-ta sont comparabies aux formes v.-sIa- 
ves de la 2- p. de l'aoriste du type by-s-t;; ( L *bha-s-tha + 
consonne :.!ó), Les desinences hit. -la et v.-slave -l;; ont ete 
empruntees aux form es du part.-łit. 
La forme de la 3" p. daź-s [ L *dhe(iJ-s-t] provient de 
I'ancien aoriste sigmatique. La finale -ta de la 3- p. pe--Ś-la 
represente la desinence -t elargie par -a, empruntć aux formes 
de la 2" p. Suivant le rapport de la forme de la 2" p, pesta ił la 
forme de la 3 e p. pdta on a tire de la fonne de la 2 e p. sakla 
la forme de la 3 e p. sekla. 
3. La flexion du pr6sent moyen du hittite est paralIele 
ił la conjugaison de I'imparfait et de l'optatif moyen du vedique. 



II-te; hit. k1{pn- fr!\pper', skr. hał/-, out lIue flexion cOmp08\;p des f1{>si- 
Jl"UCCS dp toutes leI' del1x eonjl1g-nif'ous hittites. 

3) Le ,J L-f>. est continue eu l1ittitc par Ij, cr. .J. KURYŁOWICZ, 
,/ iu(10-tltTopee11 et I]. h-ittite, 81/1/1. grmn. in l/Onorem J. Rozu){u[owsk. I, p. 9;; et Iii. 
24) Lf'!< cnntinn:1tioJls lips ,-oyel]('R i.-c. o f't li 
C sont ('onfon{1ne:'l 
t'n hittite. . 

-,) Cf. A. :\IEILLET, "m' l
s d,:',iUl'I/('p-, ,"I'o-ur/aij'e. de l{, .1- p. du ,i11- 
gIdia, M. 8. T,. XXllI. 215 221 et Rt. Km.RAKIN. Et l'ieux ,ira'e, 1929, 
p. 3
R-33[).
		

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			112 


łi\DF.USŻ MII.!,;:'."S"-' 


Hittite Imp. ved. Opt. vćd. 
Irp p. tapar-ha ci-kr-i dvi
ry-cl 
2 e p. pahhaś-tu ci-kr-thah- dvi
r-thtiQ 
3 e p. es-a *&-d-a (d. lidal). dvisl-ia 
La desinence hittite de la Ire p. -ha provient de la finale 
i.-e. *-<10, qui est continuee par la finale indo-iranienne de la 
Ira p. de l'optatif moyen (-ly)-a L. *(-;)-a L *(-l)-SO, d. ved. 
dvi
ly-ci, gath. isoYli, dya (= *is[-a, *dry-a). et par la voyelle D 
de la desinence it.-do-celtique -or, cf. v.-lat. fateDr, rapiDr, v.-irl. 
suidigur 2ft). Le -r final a ete transmis ił cette desinenee des 
formes de la 3 e p. du type v.-lat. rapi/ur, v.-irl. 'suidigedar. 
La finale vedique de la 2 e p. -thah- est apparentee ił la 
desinence v.-irl. de la 2 e p. de l'imparf. et du ktur de l'actif et 
du deponent et du pret. du subj. -tha, cł. indic. no.tosngach- 
taig-thea, subj. .ber-tha, 'suidig-thea, futur 'leicfe-da. Ces deux 
finales proviennent d'i.-e. *-thas. Le -s final de cette desi- 
nence represente la finale secondaire de la 2 e p. de I'aetif 
empruntee aux formes du type i.-e. *(e)bheres, skr. abharah-, 
gr. 
cpe:p£<;, v.-irl. 'bir. L'ancienne desinence *-tha s'est conservee 
dans la finale hittite de la 2 e p. -ta. 
La desinence indo-europeenne de la 3 e p. du moyen *.0 
est continuee par la finale hit. -a et par la voyelle a de la 
desinence ved. -at (dans lidal, lidhat, ciduhal). Le -I final de 
cette derniere desinence provient des formes de la 3 a p. de 
l'imparf. actif du type abhavat. 
4. Les desinences hittites du pret. de la 2 e eonj. et du 
moy. se presentaient originairement de la maniere suivante: 


Preterit (= L-e. Parfait) 
l rp *-<1a ( 
 -hu-n) 
2 e *-tha ("
-ta) 
3
 *-e 


Present moyen 
*-ao ( 
 -ha) 
*-tha ( 
 -la) 
*-0 ( ::::". -a) 


26) I..a voyelle o de IM desinence italo-eeltique -Dr pent continuer 
:IUHsi le groupe e- O - iJn eompose de 11\ voyelle thematique a_o et de la fi- 
mile i.-e. a_ Jo . Le type thematique est d'origine secondaire, ef. A. MEłLLET. 
('aru£"te.re secondnire ilu type tMmatique indn-eul"opeen, B. S. L. XXXII, F. 2, 
p. 194-203. .Te crois donc (łue lat. 8t'quor L asekw_Jn_r est prefe.rable a 
.ź.allf!kruo.;Jo-r.
		

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			QUF.I.QIJES RF.MARQ\JFS SUR LA LANGUE HITTI'TE 


113 


Les deux flexions constituent un type de la conjugaison 27), 
ou la desinence de l.i 1 re p. se pI"esentait com me: -ił + voyelle, 
celle de la 2 e p. comme: -th + voyelle et celi e de la 3 e p. 
comme: -voyelle. Dans les finales de l'ancien parfait les voyelles 
etaient au degI"e e ou a, dans le pI"esent moyen elles presen- 
taient le degre o ou li 2
). 
5. Les desinences du present de l'actif de la 2 e conjugai- 
son n'ont pas de correspondants exacts dans les autres langues 
indo-europeennes 2l1). II faut donc admettre que cette flexion 
a ete formee deja en hiW te Iui-meme. Je suppose que les fi- 
nales du present de la 2 e conjugaison ont ete tirees des desi- 
nences du preterit de cette conjugaison et du moyen 80). 
D'abord on a cree la finale de la 2 e p. du pI"es. -li sui vant 


27) J. KURYŁOWICZ, Les disinen£"es tlloyennes de l'indo-eurojJeen et du 
hittite, B. S. L. XXXIII, F. 1, p. 1-4. 
2H) II semble qua primitivement les voyelIes des desinences du 
parf. aient ete au degre e: lre p. *-Je ( ::::"' *-art) , 2e p. *-tae ( 
*-tha). 3e p. 
c_e. cf. J. KURYł.OWICZ, J indo-europeen et lJ hittite, Symbolae Rozu:adou'ski 
J. p. B5 et suiv., et dl's voyelles des finales du pres. moy. au degl'e o: 
lre p. *-JO, 3e p. *-0, Oli an degre e: 2e *-tJe ( ::::". *-thii). Les d{>si!wnces 
v.-irl. de la 2 e p. de l'imperatif du pl'eS. du deponent -thc, er. v.-h'l. 
8/tid-ig-thc. I't de l'il1dic. du pres. du deponent .the-I', cf. suidig-lher, sont 
apparentees ił la dpsinence v.-il'1. de 2 e p. de l'imparf. 
tha (= skr. -th'l{t 
Ś L-e. .-tMi-s) et elles petlVent continuer L-e. *-thel< ou L-e. .-t;;s. J'admets 
plutiH cette dernii're possibilite et je suppose que la finale L-e. "-te-8 
repreRente la fOl'lIle })l'imitive de la desinl'll!'e .-tJal-s (
-.tile-8). SUiVaIJt 
le l'apport des finales du parł.: l r e p. .-Je ( ::::"' *-Jll): 2 e p. .-tile ( 
 *-thu) 
on a transfornH
 la proportiol1 primitive deI' desinell('ps du moy.: lre p. *-au: 
2. p. .-t
-s en '-,10: .-tJe-1ł ( ::::". *-thiis). 
29) La conjugaison hittite: l re p. m'hi, 2e p. arii, 3e p. uri differe 
profondement dl' la flexion grecque: lr. p. cqllt' de 12 lr
 p. -w esi appn- 
rentee ił la finale hittite de la lre p. dtl moy. -hn ( "'::::: "'-;10) plutot qn'a 
la desinence act. -hi. Les formes grecques de la 2 e 1.1. du type  parl'ait indo-europeen (= preterit hittittJ 
de la 2e conj.) et la conjugaison hittite en -hi a ete remarquee dejii par 


R""zn;\c Orjent.ali.tycrny, V
Il.
		

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			114 


TADEUSZ MILEWSKI 


la proportion: -s (2" p. du pres. de la 1 re conj.): -si (2 e p. du 
pres. de la l r " conj.) = -t(a) (2" p. du pret. de la 2 e conj.) : 
-li (2" p. du pres. de la 2" conj.). On retrouve la desinence 
-li meme dans les paradigmes du pres. de la 1 r " conj., d. 1 r" 
p. epmi, 2" epsi ou epti (2" p. du pret. epta), 3" p. epzij 1 r " p. 
kuem;, 2" kIleSi ou kuenti (2" p. du pret. kuenta), 3" p. kuenzi. 
Ensuite apres la proportion -ta (desinence de la 2" p. du 
pres. moy.) ił -li (nouvelle finale de la 2" p. du pn5s. aet.) on 
a bati, sur la desinence de la 1 re p. du pres. moy. -ha, la fi- 
nale de la 1 r" p. du pres. aet. -hi. A la des;nence de l.i 3 e p. 
du pres. moy. -a on a cn
e comme (orme correspondante de 
la 3 e p, du pres. aet. la desinence -i suivant la proportion de 
la 1 r" et la 2" p. -ha, -ta: -hi, -ti. 
6. La flexion du moyen etait la meme pour toutes les 
deux conjugaisons. De la 3 e p. du pres. aet. de la 1 re conj. 
"'es-ti ( ;:::".. es-zi) on a tire la 3" p. du pres. moy. es-ta(ri) d'apres 
le rapport de ar-i (3 e du pres. aet. de la 2" conj.) : *ar-a 81) 
(3 e p. du moyen). 
Des desinences anciennes du pres. moy. on a tire en 
hittite les finales du pres. moy. en -,.; et du pret. moy. en -t. 
Present Present en -ri Preterit en -t 
1 re p. tapar-ha iya-hha-ri es-ha-t 
2 e p. pahhas-ta iya-tła-ri e!;-ta-t 
3 e p. es-a, ar-ta es-a-ri, es-ta-ri eS-a-t, eS-ta-t. 


L'element hit. -ri est apparente au v.-irl. -ir de la dćsi- 
nence de la 3 e p. du pres. deponent de la conjugaison con- 
jointe: -dir L. *-t-ri, d. suidigi-dir. Primitivement cel ćlement 
a ete employe seulement dans les (ormes de la 3" p. Ensuite on 
l'a introduit dans toutes les autres finales du present moyen. 
Les formes de la 3" p. du preł. moy. ont etć crees par 
l'addition de la consonne -t aux formes de la 3" p. du pres. moy. 
du type es-a, ar-ta. Cette consonne represente la desinence 


.E. H. STURTEVANT, Lrwgua!fe III. p.161 Ri'<. et par .J. KURYŁOWICZ. Symbo- 
ae }{ozwad()u"IIki l. p. 95 8S.. et la ressemblance entr\' cette conjllgaisoll 
et le llloyel1 hittite IJ:lr J. KURYŁOWICZ, B. &. L. XXXIII, F. 1, p. 3. 
31) Des deSitlenCeS sell1blable
 ont ete cr'ees en 
l'ec et en 811111;- 
krit, ef. gr. -TO, skr. -ta.
		

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			QUELOUES rmMARQUES SUR LA LANGUE HITTITE 


115 


de la 3° p. du pret. ad. de la 1 Te eonj. hittite, c.-a.-d. la finale 
secondaire de la 3 e p. de I'indo-europeen, d. hit. arnu-t, skr. 
ćzbhava-t. L'element -t a ete transmis aux form es de la 3 e p. 
du pret. moy. du type eSa-t tout comme a la forme hittite de 
la 3 e p. du pret. ad. de la 2 e conj. sarrai-t (d. 3 e p. du pres. 
sarrai) et au vedique lida-t (3 e p. de l' imparf moy.) 32). Par 
l'analogie on a ensuite employe I'addition de -t pour form er la 
l.e et la 2 e p. du pret. moy. et plus tard aussi pour elargir les 
formes du pres. moy. Suivant le rap port des des in en ces du 
pret. de la l,e eonj. -lm, -s, -t aux finales du pres. de cette 
conj. -mi, -si, -zi on a tire des desinences de la 2 e p. du pret. 
moy. -tat et de la 3 e p. -at les finales de la 2° du pres. moy. 
-tali, d. ar-tali, et de la 3 e p. -ati, d. lukk-atti. L'addition 
-ti a ete ensuite transmise aussi aux formes du pret. moy., d. 
1re p. es-ha-li, 2" p. ar-ta-ti, 3 e p. eS-a-ti et kis-ta-li. 


l'al'il'. Mai 19:-I
. 


a2) :.\1. F. 1-1. STURTEVANT, Lan,quage VII. No. 4, p. 248-249 eonsidere la 
desillenee hittite de la 3 e p, uu pret. IllOY. -tat eomme eOlltinuatioll de la 
finale i.-e. de la 3e p. de l'imperatif aet. 
-tot, ef. v.-lat. da-tod. Cette 
explieation ll'el't pas 8ati8faisante. 1°. L-e. 
-lot auruit donu e hit. O-tut, 
ef. hit. kue-u-Ii L "kwe-os, ose. Plis 
.kw-os. 21). Dans l'imperatif hittite ił 
ll'Y a pas de traees des desinellees -tut ou O-tut L. i.-e, .-lot. 3°. La d(>- 
sinenee i.-e. "-t,it etait employće uniquement da ns les formes de I'im- 
l-H
l'atif tletif.
		

/122.djvu

			B. P. NIKITINE 
Une apologie kurde du sunnisme. 


Le texte kurde que nous publions aujourd'hui dans le 
Rocznik Orjenlalislyczny provient de la collection dont nous 
avons eu l'occasion de parleI' precedemment, notamment dans 
la communication au Congres de I'Histoire des religions (tenu 
ił Paris en 1923, d. les Acles de ce Congres) sur Les idees 
religieuses chez fes Kurdes, ainsi que dans le Bullelin de la 
London School of Oriental Studies 1). 
Nous n'avons pas l'intention de nous arreter ici sur la 
question de l'origine de nos textes, comme nous nous perm et- 
tons egalement de renvoyer aux etudes citees, po Ul' quelques 
notes linguistiques que nous avons donnees dans nos commen- 
taires accompagnant les textes dejił publies. 
Le fait meme que nos textes kurdes ont ete transcrits 
en caracteres arabes, alors qu'on pourrait s'attendre a leur 
notation phonetique, prouve dans quel esprit nous poursuivons 
nos etudes kurdes. Sans en meconnaitre l'interet linguistique, 
nous avons considere l'etude de cette langue, surtout comme 
un des meilleurs moyens de nous familiariser plus facilement 
avec la vie et la mentalite du peuple qui la parle. 
Nous croyons cependant que, meme sous leur transcrip- 
tion imparfaite, ces textes peuvent rendre quelques services 


l) 1'he Tale o( .'juto mul T(lło: Kunlish Text with Translatioll and 
Notes by n. 
IKITINE aud the late Major E. Ił. HOANE dam; B808, III 
(1923), 69-106. llurtlish Stories {rom my collectioll uy B. NIKITINE danii! 
B80B, IV (1926), 121-138.
		

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			lJNF. APOLOGIE KURDE DU 5UNNISME 


117 


aux linguistes, en ce qui concerne plus particulierement le 
vocabulaire et la syntaxe. Feu le Major E. B. SOANE, auteur 
de ce livre vecu: To Mesopotamia and Kurdistan in disguise 
et grand connaisseur du kurde, avec qui nous avons eu le 
privilege de collahorer, pour faire paraitre la savoureuse histoire 
de Suto and Tato, si caracteristique pour l'esprit tri bal, nous 
disait que la langue de nos textes est tres pure et offre un 
beau specimen de ce dialecte. 
Dans la presente etude, nous limitons notre Hiche et 
voulons seulement: 1. faire connaitre un nouveau texte kurde 
provenanł du meme informateur j 2. situer ce texte ił sa place 
dans les preoccupations religieuses kurdes j 3. essayer de 
montrer combien celles-ci sont complexes. 
Et tout d'abord, ił convient d'observer que la dispute 
religieuse entre un derviche kurde et un mugtahid de Ker- 
bela, dont il s'agit dans notre texte, nous fait penetrer dans 
le domaine des rapports chiito-sunnites, qui a servi dejił de 
champ d'explorations ił plus d'un orientaliste de valeur. Le 
cóte dogmatique a ete scmte óvec une penetration epuisant 
presque le sujet. Toute la bibliographie principale, ił ce sujet, 
vient d'etre rappelee recemment par un specialiste russe de 
ces questions, le Prof. A. E. SCHMIDT 2). 
Transpose sur le terrain ethnique, ce differend chiito- 
sUnJłite a ete considere surtout comme une idee-force, carac- 
teristique pour l'esprit iranien reagissant d'abord contre l'em- 
prise arabe (bien que I. GOLDZIHER nous ait demontre l'origine 
arabe du chiisme), se dressant ensuite face au Turc; continua- 
tion de la lutte historique de l'lran et du Touran. 
Vue, enfin, ił travers les rapports kurdo-persans, cette 
opposition, sans perdre pour cela son interet dogmatique, qu'un 
islamisant y recherchera avant tout, nous fera voir comment 
ces divergences religieuses acquierent une vigueur particuliere, 
quand ełles viennent se greffer sur une opposition tres vio- 



) cr. HOli etude H3 ucmopuu cYllllumClW-/lJUUmCKUx omllo/IJelluii dans 
le recueil pHU a Tachkent. en 1927, pOlU- commemorer le cillquantenaire de 
l'activite scielltifique du Prof. BARTHOLD,: B. B. EapmO/lbiJy. mypKecmallcKue 
OpY3bR, y'tellUKu u no'tumame/lu" (p. p.69-108). A Y ajouter I'ouvrage d'un 
chiite 'Ali ul-M1(rtarjii, 'Alam al-tJudii, Bombay 1315.
		

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			118 


B- P. NIKITINF. 


lente, qui s'explique par la difference des conditions sociales: 
tri bale, nomade, montagnarde du cote kurde; urbaine, seden- 
tai re, modelee par la plaine - du cote persan. On voit que 
nous sommes loin des preoccupations religieuses, des que nous 
essayons d'examiner le probleme agite dans notre texte kurde 
dans toute son ampleur vitale, et non seulement sous un angle 
de vision theorique. 
Le Kurde eprouvera le me me sentiment de haine vis-a-vis 
du Rami (Turc, donc sunni), qu'a l'egard de l"Agam[ (Persan, 
chiite), parce que dans sa mentalite, ce qui prime, ce n'est nul- 
lement le vernis relativement re cent de l'Islam, mais l'atavisme 
farouche de l'homme de la tribu, du montagnard eternellement 
insoumis, attache ił son independance, en lutte obstinee et 
constante avec toutes les forces du dehors, de la plaine, qui 
s'efforcent a le policer, a le faire entrer dans le cadre d'une 
organisation politique, d'une "dM", auquel ił ne sait pas se 
conformer, se plier. Cet aspect de mentalite kurde ne subit 
que fort lentem en t la modification et doit etre constamment 
present dans notre esprit, comme un critere indispensable et 
obligatoire, pour bien orienter nos regards. 
Non seulement la divergence dogmatique chiito-sunnite 
ne resume pas l'essentiel des rapports entre les Kurdes et les 
Persans, mais, en poursuivant notre analyse, basee sur l'obser- 
vation de faits, nous sommes obliges de constater que le der- 
vichisme kurde n'est pas dans son role, quand ił se pose en 
defenseur de la these orthodoxe sunnite. 
Certes, nous savons que les confreries de derviches, 
kurdes dans le nombre, ont servi a un moment donne d'instru- 
ments ił la politique panislamiste d"Abd-a!-t{amfd. Nous savons 
meme que plus tard, pendant la grand e guerre, l'idee de la 
Guerre Sainte a trouve des adeptes parmi les sajhs kurdes. 
Mais, en meme temps, nous avons eu l'occasion 3) de montrer 
que le muridisme, dans les milieux kurdes, prenait fadlement 
un caractere combatif, antiturc, dirige meme contre la personne 
du Sultan-Khalife. D'autre part, pendant la grande guerre, a cote 


B) Lcs Kunles mcontis par cux-miimc8, dans le BuIletin de I' A8ic 
Franfuisc, Mai 1925, No. 231.
		

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			UNF. APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


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des sajhs kurdes partisans du Gihad, nous en avons connus 
d'autres . qui en etaient des adversaires convaincus. Apres la 
guerre, enfin. la grande insurrection kurde de 1926 avait pour 
chef un Naksbandi, et les mesures prises ensuite ont vise, non 
seulement les Kurdes, dont des familles entieres ont ete deportees 
vers les regions non-kurdes, mais aussi toutes les confreries 
de derviches, les Bekhisi, entre autres, quel que f Ut dans le 
passe lenr role historique dans l'Etat turc 4). Ces remarques 
tendent ił notis prouver, que le sunnisme officiel kurde est en 
contradiction intime, ave c les aspirations veritables de ce peuple. 
L'idee religieuse qui se traduit en action chez le Kurde, 
qui l'interprete d'ailleurs d'une fa
on primilive, serait plutot 
celle du mysticisme, cultivee dans les confreries de derviches 4a). 
Mysticisme qui, du point de vue dogmatique, n'a jamais merite 
la consecration officielle des 'ulama's 5), mais du point de vue 
social, s'est adapte tres bien au milieu (ce qui explique la force 
de cette attitude religieuse kurde), d'abord selon la doctrine 
Naksbandie, ensuite selon celle d"Abd al-}5:adir al-Gilani, fon- 
dat
ur de l'ordre }5:adiri, actuellement tres repandu parmi les 
tribus kurdes, grace probablement ił l'origine kurde d"Abd 
al-}5:adir lui-meme. Le dervichisme kurde est organise sur le 
plan tri bal. Le sajQ, detenteur de Ja vraie doctrine, l'enseigne 
et l'interprete dans sa residence (Khlinegli) , entoure de ses 
disciples (mund's), dont les meilleurs deviennent ensuite ses 
representants (ljallfa) aupres de tribus, le Kurdistan entier 
etant ainsi couvert d'un reseau de "cellules mystiques", coinci- 
dant avec la geographie des tribus. Primitivement, les sajh s 
n'etaient que des chefs religieux, mais au fur et ił mesure de 
l'acroissement de leur influence et de l'afflux des dons, iJs 
prenaient de plus en plus le caractere de chefs temporeis, 
tout en conservant leur prestige spirituel, de sorte que, actuel- 
lement, il y a des tribus entieres, et meme des groupes de 
tribus, ou l'autorite du saj!} a le pas sur celle des chefs here- 


ł) Cf. llotre arricle J\/l_'est,ia kunly.isk(t i ff[osut dans le Przeyląd lVsjiÓł- 
('US1t!1 No>,. 50-51, 1926. 
4", Cr. aussi B. 11>. MHHopcKiił. Kypabl. neTpOrp8Jt-ł. 1915, p, 22-2:t 
5) cr. L. J.\IIASSIGNON, Ji:.
"ui sur le texiquc technilJuc Paris 1922, 93 a 
!)7, donnant le» rt-ft;rpl1('e» SUf I'attitude de» 'ulama.'s vi»-a-vis des 
mystiques.
		

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fi. p, NIKITINF. 


ditaires connus dans hierarchie kurde (bek, mir, pasmir, etc.). 
La familIe des sajhs de Nehrf, dans le Hamdlnan II), en fournit 
... 
un exemple topique. Nous avons expose quelques peripeties 
caracteristiques de l'avenement, de ł'influence croissante, des 
luttes de ces familles de sajhs, dans l'etude dejił mentionnee, 
ou on trouvera egalement une genealogie assez complete d'une 
de ces familIes, tres influentes dans le Kurdistan Central 7), no- 
tamment celle du Samdlnan qui partage son influence avec 
les sajhs d'Avroman (villages de Tawila et Biyareh). 
En presence de tous ces fai ts, ił nous semble permis 
d'affirmer que ce n'est pas vers l'exegese d'orthodoxie sunnite 
que se sent portee l'ame kurde, consideree sous son aspeet 
religieux. On pourra nous citer quełques ecrits en kurde rela- 
tifs ił la doetrine musuimane, nous en donnons ici-meme un 
specimen, il n'en restera pas moins vrai que c'est le mysti- 
cisme, tant soit peu heterodoxe, et l'heterodoxie en general 
qui sont caraeteristiques pour l'Islam kurde 8). M. DR;VER, dans 
son etude ił ce sujet Ił), dit tres justement: "... it is onen a form 
of Islam contaminated by pagan superstitions and strange ri- 
te s, many of which are said to have points of resemblance 
with Zoroastrianism, Buddhism and other heathen Cults... Ibn 
al ATHIR calls them "mushrikln", polytheists or idolaters (Kamil, 
III, 37)". TOtltes ces observations sont d'ailIeurs resumćes sous 
une forme concise dans łe dieton turc qui declare sans amba- 
ges - giaura gó"re Kurd musulman dl/". 
Mauvais musulman, le Kurde n'en a pas moins montre 
beaucoup d'empressement pour rćpondre a l'appel de la Guerre 
Sainte, lance de Constantinople. Ceci est exact (ił quelques 
reserves pres, formulćes dans notre communication au Con- 
gres de I'Histoire des Religions), mais les motifs religieux 
comptaient pour peu de chose, les Kurdes, meme 
n Perse, 
ayant epouse la cause turque, et forme le contingent principal 


6) cr. notl'e article I:iUl' cette r(j
i()1l km'de il:iolće t!HIlH l'En('.'I('lo- 
I,idie de l'Isl(t1n, livr. F,313-316. 
7) Les Knrrles... Buli. de l'Asie Frlll/l:lIise, !\Iai 192". 
H) Cf. a ce sujet les travaux tle notre eminent confrere et ami, 
:\1. V. :\IINORSKY, COllCerUa.llt la secte (les Ahl-i-Hnkk don t ił a en le pri- 
viłpg-e de visiter Je sanctuaire a Perdiver, Avroimiil. 
:') Tlte Religiof/ ol the Kurds, BS()S, 11/2 (1922).
		

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			UNF. APOI.OGlE KURDE DU SUNNISME 


121 


de combaUants sous le drapeau du Gihad, parce qu'ils y voyaient 
avant tout une occasion propice pour assouvir leurs instincts 
guerriers, au prejudice des populations chretiennes. 11 ne nous 
appartient pas de refaire id le proces de la Guerre Sainte, 
telle que nous avons eu le triste privilege de l'observer ił notrc 
poste consulaire de Russie, ił Urumiyah 10). Notre distingue 
compatriote et ami, M. Andre MANDELSTAM, ił la fois orientaliste, 
juriste et diplomate, dont on connait la haute competence dans 
les questions de politique internationale, a analyse dans son 
ouvrage 11) le bien fonde de la proclamation du Gihad, par le 
sultan turc. Nous nous rappelons bien la definition qu'en 
a donnee le Nestor des islamisants, Pro f. C. SNOUCK HURGRONjE. 
Pour completer ce dossier, qui a un grand interet pratique 
pour les orientalistes appeles ił travailler en Orient musuhnan, 
mentionnons l'opuscule intitule: Wesen, Wandel und Wirken 
des Heiligen Krieges des [slams, dil ił la plume du Dr. Gottfried 
GALL!, Kaiserl. Generalkonsul Z. D.12). On y lit, entre autres, 
et cela semble confirmer l'idee du Prof. SNOUCK HURGRONjE: "Ja 
der Gedanke der Heiligkeit des Krieges wurzelt im christ1ich- 
germanischen Denken so tief, dass man vom Deutschen Hei- 
ligen Kriege iiberhaupt erst sprach, aIs sein Hand in Handgehen 
mit dem Heiligen Kriege des Islams die Frage aufddingte, ob 
er durch Waffengemeinschaft mit Nichtchrislen nicht etwa 
Einbusse erleide... la)". 


III) Nous eIl aV01l8 donne IlIl bre f apert;u danH une etude parut> 
daus la RelJue deli Be. Politique3 (1921), sous le titre: T.es ASByro-Chaldfcf13. 
ut/e petjte natioll t'ictime de la guerrc. 
]]) Le Sori de {"Empire Ottoman (ehez Payot, Paris 1917). 
12) Der Neue Orient, Halle 11. d S. 1918, XIII Heft. 
111) Nous tellOlIS a remarquer fI. ce propos que le theme eClltral de 
I'ouvrage posthume ue Rmle QUINTON. 
tI(lxi'lIW8 /lUT III gllen'e. est que 
la guerre doit etre mailltelluc parmi les hommes, parce qu'elle est l'etat 
naturel des males, le Illoyen elllploye par la vie pour a:;snrer la snrvi- 
vance des forts, la pm'ete de J'espi-ce et le salut de la race. 
II y a la Ulle forme d'ame que beaucoup, ił y a quinze ans, nou!' 
contaient etre propre au monde germanique; Ull livre comme celui de 
QUINTON montre qU'OIl la trouve chez d'nutres pcuples (Julien BENDA, 
Biologie et litterature, -¥Oltv. Litt., 19 juill. 1930). II est juste d'ajoutcr, qne 
cet etat d'esprit n'est pas cnrncteristiC]ue pon}' II' Prall«;ai!'.
		

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B. P. NIKITINE 


Quoi qu'il en soit des premisses 'scientifiques' de la Guerre 
Sainte, elle s'est traduite en Perse par la devastation de la 
"Lombardie persane" comme, ił juste titre, a baptise la region 
d'Urumiyah Lord CURZON. Nous avons conserve dans nos pa- 
piers deux manuscrits persans, relatifs ił l'histoire de cette epo- 
que ił Urumiyah: 1. Une refutation, du point de vue chiite, 
de la legitimite du Gihad en Perse lors de la derniere guerre, 
qui nous a ete presentee par un molla de l'endroit; 2. Une 
breve description des evenements qui ont eu lieu ił Urumiyah, 
du 19 Decembre 1914 au moi s de Mai 1915, (lors de l'occu- 
pation turco-kurde), faite par 'Azim-as-Saltaneh Serdar, notable 
Afsar, faisant fonction de gouverneur pendant cette periode 14). 
Ił nous sera peut-Hre possible de publier un jour le texte 
integral et la traduction de ces documents, utiles pour la 
comprehension de la derniere Guerre Sainte. Contentons-nous 
de rappeler id que, avec les Turcs, il y avait aussi quelques 
"mugahidin" persans (ce nom donne en Perse aux revolution- 
naires, combattants pour l'independance nationale, _ ce combat 
etant considere comme une Guerre Sainte), ił savoir Mesdl 
Ba
ir, Mirza Aga Bolfiri, Hagi Pisnamaz, Ghaffar tlan Zen- 
verl, Amir A
lan [lan Ghafghazl etc. Ces mugahidin avaient 
pour chef un notable Afsar d'Urumiyah, Megd-as-Saltaneh. 
"Apres le depart de Ijalil Bek, ce qu'ont perpetre ces messieurs 
les mugahidin et leurs effectifs de Sa tan, ne peut Hre decrit par 
la plume ni raconte avec la langue.. .". On comprend l'indi- 
gnation de notre auteur quand, apres avoir decrit Ies malheurs 
qui se sont abattus sur la population, ił la suite de l'invasion 
turco-kurde, ił rappelle les exactions des mugahidin persans 
qui ont fait souffrir leurs compatriotes, sous pretexte de l'appui 
ił la Guerre Sainte, que le chiisme ne connait que sous une 
forme d e f e n s i v e. 
Apres cette breve digression sur la veritable physionomie 
de la Guerre Sainte, nous reprenons llotre rapide examen des 
elements dont s'alimente le sentiment religieux kurde reel, 
abstraction faite de l'etiquette musuimane. 
On a vu plus haut, dans la citation d'un passage de 
l'etude de M. DRIVER, la mention des survivances zoroastriennes 


14) Yoir .lA, jam'.-mars l!1
!J, lOR.
		

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			UNE APOLOGIE KURDE Dl] SUNNISME 


123 


dans le milieu kurde. Il avait la en vue la secte kurde dt" 
Yazldis. Comme l'observe J. MENANT dans son ouvrage sur cette 
secte: - "on persiste ił croire que les Yazidis adorent en meme 
temps le bon et le mauvais principe... Ił Y a la evidemment 
un souvenir confus des traditions mazdeennes (p. 82). Ce cullc 
interesse du mauvais principe - rappelle cependant MENANT, - 
ne constitue pas le fon d de la doctrine de Zoroastre (p. 83). 
Les Yazidls ont egalement beaucoup de rapports avec les Sa- 
beens (p. 85)... croient a l'immortalite de l'ame et a metem- 
psycose (p. 87)". Bref: "la religion des Yazldis presente un 
singulier melange de mazdeisme, de sabeisme, de christianisme 
et de mahometisme, avec une teinture des doctrines des gnos- 
tiques et des manicheens (p. 88)". Dans un ouvrage plus re- 
cent sur le me me sujet, on peut lire 10): "There is much to be 
said for the belief that the beginnings of the worship of the 
Devil by the Yezidls sprang from the rituals of the Zoroastrians. . . 
The cuIt of Manes dwindled at the close of the tenth century, 
and for nearly two hundred years Dualism was at a low ebb 
in Persia, consequently, on the coming of Sheikh 'Adi from 
the Zoroastrian element in Western Persia, the wilder people 
were ready to accept anything of the nature of a new doc
 
trine". Nous meme, dans une communication faite au XVII 
Congres International des Orientalhtes a Oxford en 1928, sur 
Quelques Jab/es kurdes d'animaux, avons eu a examiner une 
fable, que nous avons cm pouvoir rapprocher du culte du 
serpent, qui serait repandu chez les Yazidis egalement 10). 


1'0) H. H. \I". EMPSON, T/le Culi ul thc Peacuck Angcl: a short fl('CU1£11t 
ol tlic Yezidi tribcs ut" Kurdistall. Witherby, London 1928. A con
ulter 
egalement I'ouvrage de 	
			

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B. P. NIKITINE 


Toutes ces remarques nOtis montrent, ił quel point la vie 
religieuse kurde offre un curieux exemple du syncretisme des 
cultes divers, qui ont jadis fleuri dans cette partie de l'Asie 
Anterieure. Le Prof. N. Marr, dans sa remarquable etucle Ell{e 


moi a ce qu'ił y a de divin dans I'univers". A ee moment, un serpent 
passa sous le lit dam; lequel ił etait coucht'\, et se glissa dans un trou 
de la muraille. Bien que le serpent apparaissp. frequemment au moment 
de la mort, cp.tte Iegende est a mettre en relation avec le recit sur 
l'evocation du demon de Plotill. Le demon, qui etait eu realite lm dieu, 
est sans doute identique au serpent qui abandonne Plotin, au moment 
de sa mort. On connait , a Alexandl'ie, liI dieu sel'pent, Agathodaemon, 
dont le role ost a peu pres celu i d'Hermes Thot, e.-a-d. celui d'un re- 
velateur de la verite divine (cf. R. GANSZYNIEC, De AgatllOrlae-mone, d'apres 
PhiI. Woch., HI21, p, 565); c'est peut-ihre lui que la superstition de l'Ale- 
xandrin Eustochius attribuait a Plotin p.omme demolI. Voir encore 
egalement: VOGEL, Indian SerjJent-L01'e (Probsthain 1926); THORINGTON, 
8erpent Legend" of the Valais (Bull. Geogr. Sty of Philad. XXIV. Oct. 
1926) et KOSTER, Die Scl
lange in rler grieehishen KW/st und Religim/, (1913) 
- II Y avait une secte gnostique sous le nom des Ophidiells. Les 
Eddas scandinaves parlent des sages et vertueux serpents Vanir, qui 
habitnient au midi du pays primitif des Ases, e.-a-d. sorciers de la 
Scythie, on ils abondaient (HERODOTE, Melpo-mene, 67). Des serpents 
s'enroulaient autour du Caducee de Mercure, qui etaient 1111 baton au- 
gural; le dieu des guerisseurs thaumaturgiques, Aselepios, avait pour 
embleme le serpellt; les etres mythiques, chefs theoerntiques, etaiellt 
anguiformes: Echidlla, Boree, Typhon, Kekrops. - Triptoleme, qui 
synthetise les trois principales confreries des pretres antiques, est fi- 
gure sur Uli ehar traine pal' des serpellts. - Voir am;si au sujpt d@ 
Aidahaku, daUH I,e ]Jroble-me des Centaw'es par DUMEZIL. 
Pour ma part si j'ai a ap porter quelques suggestiolls dans ce pro- 
uleme, je voudrais m'arreter sur quelques cOIlsiderations d'ordre fol- 
klorique, se rattachant d'ailleurs aux l'emarques que nous avons men- 
tionnees plus haut. Pour ce fair e, je me seri:I de quelqlles nhservatiolls 
formulees dans une autre etude, sous presse. egalement du doml\ine de 
kurdologie. II s'agit notamment de tout Uli em,emule de trauitiol1!'1 reI a- 
th'cs au serpelIt, qu'on rellCOl1t!'e en parcounmt les domaines armenien, 
kurde, mede et scythe. 
Ainsi. apres Fr. SPIEGEL (el. Erfmis('he Alte'rtllU1t/ł5
'ullde, Hl. Hanu, 
p. 227 et seq.), ił faU(h'ait reprenure l'aualyse comparee de la legende 
rapportee par Moise KHORENATSI. relative a la lutte 	
			

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			UNE APOLOCIE KURDE DO SUNNISME 


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o C.ll.OBe lJe.l1.e6u 17), fait voir, pour l'etude de civilisations dis- 
paru es, l'importance de l'analyse des differentes couches de 
croyances qui se deposerent, au cours de siecles, dans les tra- 
ditions kurdes, chez ce "peuple oublie de l'histoire".1H) 


flue egalement, quI' le mot oirlahak ne SP rencontre pas dans la legende 
armellienne, qui ne connait 'lue Jes 1lI0ts t'i8hop (serpent) et t'is/wpazounk 
(ellfants du serpent), maiR que, d'autre palt, l'analogie avee Ja legende 
iranie1ll1e dl' hohak est ćvidente (entre autres le rOJe que Je marćeJ131- 
ferrant joue dans les deux versions; les monts - Demavpn grands se Hont caches. Les el'uels Al'abe!'1 ont mis en deroute leB 
Kurdes. Les Kurdes se retirerent unx Jimites de 8are
ml'. Les femmes et 
les fi1leH fureut faites prisonniel'es. Les heros fureut tues en ernbuscade. 
La loi de Zerdest resta sans mains. Ormuzd n'a plus de clemence pOlU' 
pel'sonne". 
ous p05sedons le texte kurtle cn questioJJ.
		

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			1:26 


B, p, NIKIT1NE 


Parmi ces couches, la plus profonde, initiale en quelque 
sorte, est certainement representee par les superstitions et usages 
pop ul aires. Nous avons eu l'occasion d'en parler dans nos 
notes sur la vie kurde et nous croyons egalement que, parmi 


aJors que, d'autl'e part, nom; constatons Ja presence d'un thi>me folklo- 
rique. ayant un rapport constant avpc II" serpent, qui revient dans la 
mfhne sphere d'investigationH. V oici qui ne doE pafol etre pnssp sous 
8ilence, I:!urtout foli nous nous 80uvenons de quelques !łutres dćtaiJs. Le 
rOle des serpents aux epaules de Zohak. dans la tradition popnlaire 
kurde sur les origilles de la race (ił reste Ił faire l'analyse Iinguistique 
des noms des trois cnisiniers de In legende - Armail, Kurmail et Dur- 
mail - sauvenrs (le la jeunesse destinee aux serpents, interessants sur- 
tout en raison du second element identique dans les trois nOJllS et 
pouvant receler de
 survivances ethnogćniques,. Le riHe du serpent 
dans la tl'adition et la rpligion des Yazidis, qui (llIt probablement le 
plus fidNpment conservć les survivances payennes cher. les Kurdes. 
Quelques indications toponymiques, enfin, par exemple, le petit pays 
d'Oramar au coeur meme du Kurdistan Central, ou la tradition place 
le refuge des serpents. II y a la probablelllpnt une fusion de deux le- 
gelldes: une payenne, qne nous ramenons a l'ensemble deja observe; 
une chrćtienne, qui s'est greffee sur la premiere. Un !'1aint, Mari Mammu, 
aurait charme les reptiJes et les aurait enfermefol dans une cave. au 
dpssus de laquelle nne i'glise sous son voeabJe a ete construitp. Elle 
s'y trouve enCOl'e et elle a pOlU' gartliens une familie chaldeenne, seule 
au miJieu des Km'des. Tous lps ans le gardien cluetien voit "le pere 
des serpents". D'apres la croyance locale, si la familie chretienne etait 
pl"ivee de son pJ"iviJege, les reptiles quitteraient leur eave et 8e repan- 
draieut dans la region. Si jp ne me tl"Ompe, le serpent a pgalement 
'luelque chose a faire avec Je pays de l\lusasir urartique, que ron situe 
a peu prpfol dans cett.e partie £lu Kurdistan CentraL Rapidement enume- 
res, tels sont l)uelque!'1 traits encore qu'on doit retenir en scrntant le 
foJklOl'e kunIe, pour y recllCrcher quelques pointf' de repprp danH I'pvo- 
lution ethnogenique. 
Le domaine est d'nillPlu's tres vastp. Lais80ns de c6te le mythe 
nOl"dique de Sig-urd, Je Tueur de Dragom;, tout en remarquant que, s€'lon 
Jes croyances popuJan'es gennaniques, dont nous con8tat0l18 des repli- 
'lues dans les conies kurdes, Je dragon (serpent) ,'eille sur des tresors 
caches. La victoire sm" le lllonstre, celi e de Sigurd chez ICH Gennains 
ou celle de Kaveh dans la sphere dite, ponr le moment, iral1ienne, 
pourrait refl{>tpr l'i(lee de J'homme ayant conquis Jes IlH
taux, deblltallt 
(lans la metalJurgil". Cette interpretation serait tont a [ait dans le sens 
des preoccnpatiOllH "teehnologiques" de I'ecole japhćtiuologique. .\. l'e- 
I1wrquer, enfin, que pour :\1. N. MARR le mpue (.Muocrcul1 en rU8se) 
::;'expliquel'ait pal' la filiation suiv:j.nte: me-d +--+ mi-d -ot- mii-d ł mar-d
		

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			UNI'. A,'OLOGIE KUROE Dl! SUNNISME 


121 


les superstitions des Assyro-Chaldeens, que nous avons publiees 
dans la meme Revue, plusieurs sont communes aussi aux Kurdes 1H ). 
Pour completer cette documentation, nous reproduisons 
ici, a l'intention des folkloristes auxquels ces donnees pour- 
raient echapper, quelques materiaux publies en russe, dans le 
BulI. de l'Institut Caucasien d'Histoire et d'Archeologie, t. III, 
Tiflis 1925, etude de M. TCHOURSIN sur les Kurdes d'Azerbeigan. 
N o t i o n s c o s m o g o n i q u e s. Le soleil, pour les Kur- 
des, est une belle femme, c'est pourquoi il nous eblouit. La 
lune est un homme 
0), d'ou une figure plus sombre, couverte 
de taches, tra ces de la petite verole. D'apres une legende 
populaire, la lune et le soleil etaient des jeunes gens. Les 
avances du jeune homme n'ayant pas He accueillies favora- 
blement par la jeune filIe, le fiance econduit s'est ecrie: - 
"transforme-toi en un elre tel que personne ne puisse t'atteindre". 
Elle est devenue lune, lui-soleil. L'eclipse du soleil et de la 
lune est due a quelques etres. Pour chasser ceux-ci, il faut 
faire du bruit: on tire des coups de feu, on frappe sur la vais- 
selle en cuivre. L'eclipse signifie egalement, d'apres les Mollas, 
le courroux divin. La priere est recommandee. Le ciel, comme 
un toit, est pose sur des poteaux qui sont sous le pouvoir de 
f:IaQ.rat Suleiman, qui peut les detruire. Chaque siecle, I'aspect 
du ciel se modifie. La voie lactee est la raute vers la Mecque, 
son embranchement - celI e qui conduit a MedIne. Tout homme 
a son etoile, qui tombe du ciel quand il meurt. Le Kurde diŁ 


et l'armeu. mm'. Ce r(\ll, 
die den M o n d a I s m ii n u l i c h e s, die 80nne aIs we i b 1 i c h e H 
Wesen auffasst, wahrend hei Grieclwu und Lateinern der lHond weib- 
lich und liiI'. HOlUle mannIich ist". Cette remarque n'est pas sans prć- 
I:!enter un certain iuteret dans l'evolutioll des idee s coslllogoniquPI:! et 
1"eli
'ieu
e8.
		

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			128 


R. P. NIKITINP. 


une pnere quand ił voit une etoile fHante. La comete signifie 
qu'un grand malheur approche. L'arc-en-ciel est appeIe "la 
ceinture de la mere de Fatma" (Fatma ananl kursag
). Comme 
quelques autres peuples, les Kurdes croient que si un homme 
passe sous l'arc-en-ciel, ił se transforme en femme, celle-ci 
dans ce cas devenant un homme. La partie rouge du spectre 
promet le bonheur et l'abondance; la jaune ne signifie ni le 
bien, ni le mai; la foncee -le malheur. Les enfants, en voyant 
l'arc-en-ci el, crient: "Mon rouge!". La pluie est repartie par 
Dieu. Cest lui qui commande ił I:ła<;łrat Suleiman d'envoyer de 
la pluie dans telle localite. Suleiman, en sa qualite de chef su- 
preme des animaux et des oiseaux, transmet l'ordre au Humai', 
dont relevent tous les oiseaux 21). Humai reunit immediatement 
tous les oiseaux et leur ordonne: ramassez de l'eau dans tel 
Ocean, ou telle mer, montez en haut et arrosez tel endroit de 
vos becs. Les oiseaux executent l'ordre de leur souverain. La 
difference des gouttes de pluie, grandes et petites, provient 
de la taille des oiseaux. La grele, la neige ont la meme ori- 
gine, et s'expliquent par une temperature plus basse ił mesure 
que les oiseaux montent plus hant. Le tonnerre et la foudre 
proviennent d'un cavalier qui chevauche dans le ciel a\"ec un 
fouet de feu; les coups de fouet - c'est le tonnerre; les 
etincelles du fouet - c'est la foudre. Si quelqu'un est foudroye, 
on dit que Dieu l'a puni pour ses peches. On ne doit pas 
eteindre l'incendie provoque par la foudre, comme on ne peut 
pas consommer les betes foudroyees. Au dernier mercredi 2') 
(al.J,ir carsamba) avant le Nowrfiz Bairam, l'eau s'arrete dans 
les rivieres et les ruisseaux et se fige im mobile ; la nature 
entiere s'endort, et le ciel s'ouvre. Celui qui verra ce pheno- 
mene, et reussira au moment me me de formuler quelque voeu, 
ce dernier sera exauce sans faute. Le tremblement de terre 
vient de ce que la terre repose sur le dos d'un taureau rouge. 
Celui-ci, de temps en temps, dresse les oreilles, remue la queue. 


21) CI. la r(>mnrquable etude de }I. HTASIAK S11r l'oise,m ('lIt"kll 
no. II, :ł3-117. 
2
 Cf. aU8si: Y. MARR. Ur.e ltlltobiugr'aphie cle mirza Molwłltll/l!d Ker- 
-mani et SOli- ouvrllge sur te. croyances et co'Utumes se rattachant au "mercred
 
ruuge" (en rus,,!:,) dam; le Bull. de l'A.c. des Se. de l'URSS, 1927,5-6, 467-4nt
		

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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


129 


D'autres disent: une mouche tourne autour du taureau. Quand 
elle s'approche de l'oeil, le taureau cIigne, la terre tremble. Si, 
jamais, la mouche se pose sur le dos du taureau, ił se secouera, 
et le monde entier perira. 
On releve egalement, dans l'etude de M. TCHOURSIN, quel- 
ques indications relatives ił des idees et pratiques magiques. 
Ainsi, en vertu de la croyance que la connaissance du nom bre 
des objets communique un pouvoir sur ceux-ci, les Kurdes 
s'abstiennent de compter leur betail, de crainte que le voisin 
ne puisse en apprendre la quantite et jeter le mauvais sort. Pour 
les memes raisons, il n'est pas admis chez les Kurdes de 
mentionner le chiffre exact des animaux domestiques. Pour 
assurer l'abondance, il est d'usage d'envoyer au voisin qui 
n'en a pas encore eu de ses betes, du lait de la vache qui en 
a donne pour la premiere fois. En renvoyant le recipient, ił faut se 
garder de le retourner vide. On y mettra toujours un peu de sel 
ou un oeuf, autrement l'annee suivante on manquerait de lait 
chez celui qui en a envoye. Quand le parrain (Krvo en kurde; 
kirvii en azeri; Kariva chez les Assyro-Chaldeens) envoie 
ił son filIeul, qu'ił a circoncis, du plow, en lui retournant la 
vaisselle on y mettra ou on le fera accompagner d'un cadeau 
(une piece d'etoffe, une vache). La coutume d'echanger Ies 
cadeaux a ici, dit M. TCHOURSIN, comme corollaire l'idee magi- 
que, selon laquelle celui qui aurait re
u de retour un rcki- 
pient vide, serait menace dans son bien-elre, contamine en 
quelque sorte par "le vide" qui entrerait dans sa maison. C'est 
encore cette idee qui preside ił l'usage, lors de l'achat d'une 
vache, de se serrer les mains apres y avoir au prealable pris 
une poignee de terre, en disant "Allah !Jer versin" "que 
Dieu vous fasse du bien". Le cheval est vendu obligatoire- 
ment avec les renes et la couverture (tchul); autrement ił ne 
profitera pas ił l'acheteur. Comme beaucoup d'autres peuples, 
le Kurde croit ił la propriete magique du cercIe. Ił le tracera 
autour de lui, en se couchant dans un endroit isole et inconnu, 
pour se preserver des mauvais esprits. Si on etend en outre 
du goudron autour, le diable s'y collera et pourra etre pris. 
Pour combattre la secheresse, les femmes vont ił la source 
et se douchent mutuellement. Elles s'attellent aussi ił une charrue. 


Rocznik Orjentalistyczny, VIII 


9
		

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			130 


B. P. NIKITINE 


la trainent ił la nVłere et labourent l'eau. Par contre, pour 
aire cesser la pluie, on prend par ex. une corde, on la noue 
7 ou 9 fois, en appelant ch.. :e noeud du nom d'un homme 
chauve J on la jette ensuite au feu en disant : "j'ai mis du feu 
aux chauves J que le soleil mette du feu a moi". Les chauves J 
par leurs calvities qui brillent J doivent faire briller le solei!. 
Ces pratiques concernant la secheresse et la pluie sont d'ail- 
leurs communes a quelques autres peuples du Caucase. Les 
milieux paysans russes, dan's plusieurs regions, partagent aussi 
la croyance dans les vertus speciales de la calvitie. Une autre 
coutume kurde, pour faire arreter la pluie J est celle de Kodu. 
Plusieurs gar
ons de 10 a 12 ans preparent une poupee, en 
habillant un baton dont un bout J un peu plus gros, fait la tete. 
Ils se promenent avec cette poupee, en chantant: Kodu, Kodu. 
Les maitresses de maison leur donnent des cadeaux, du fro- 
mage, du ble. Coutume qui a aussi une vaste aire d'expansion. 


* 


* 


* 


Certes, nous le savons bien, ce domaine des croyances 
populaires, loin de nous aider a circonscrire quelque notion 
magique, religieuse, nous oblige pluto t de conclure a une large 
extension d'une coutume, d'une idee dans des milieux differents. 
Cette difference d'ordre ethnique est d'ailleurs attenuee par 
les similitudes du stade social des conditions d'existence. 
Toutefois J ił nous a semble utile de rappeler ici que, pour 
les Kurdes, comme pour les autres groupes ethniques appar- 
tenant au meme stade d'evolution sociale, une bonne part des 
regles de conduite relevent, non pas de leur religion, mais 
de leurs superstitions et croyances qui, pour beaucouPJ sont 
dictees par leur mode de vie, leurs occupations, etc. Des re- 
gions definies par des similitudes et affinites pareilles semblent 
se dessiner, dans lesquelles on devine en quelque sorte un 
substratum commun. Des ressemblances frappantes peuvent se 
manifester J nous venons de le dire, dans des contrees et chez 
des peuples separes par des distances qui excluent l'hypothese 
d'emprunts, comme elles peuvent s'observer dans la sphere 
plus etroite que nous avons plus specialement consideree ici. 
Ainsi, dans les superstilions des Kurdes de l'Azerbaigan no-
		

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			UNE APOLOGłE KURDE DU SUNNISME 


131 


tees par M. TCHOURSIN, ou dans celles des Assyro-Chaldeens 
que nous-memes avons publiees, un fond commun se degagera, 
les rattachant aux croyances des peuplades voisines. Cette 
observation aura pour nous d'autant plus de valeur que, par 
ex., chez les tribus du Caucase, se manifeste la survivance du 
culte des arbres et des pierres 23), observee aussi chez les 
Kurdes par M. DRłVER qui dit (op. cit.): "There are ais o a few 
whole tribes which worship the trees of the forest and have 
altars formed of rude blocks of stone, like dolmens or men- 
hirs, in the secret recesses of their country...". Nous croyons 
pouvoir comparer egalement le "geant a figure repoussante 
(alki), qui ne se montre que avant la maladie, la mort ou la 
folie" 24) avec l'esprit du nom de al, dont parte M. Y. MARR 25) 
comme d'un etrt:; connu a la fois du pandemonium persan 
et du folklore caucasien. Ił nous semble aussi que - "l'habi- 
tant des endroits deserts (pirawlulk ou pirelwulk) " , - dont 
il est question dans notre etude susmentionnee, appartient 
peut-elre a la meme categorie des etres du typ e al (du point 
de vue linguistique le II initial, est une aspiration courante 
	
			

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			132 


B. P. NIKłTlNE 


Ces rapides annotations nous ont permis de voir que la 
vie religieuse chez les Kurdes offre une grande richesse de 
fai ts et que, meme une analyse superfidelle nous y fait decouvrir 
plusieurs couches, chacune bien distincte, qui concourent ił 
la fonnation d'un ensemble complexe, dissimule sous le vernis 
isIamique. 
A la question que nous nous som mes posee, dans quelle 
mesure le texte publie id reflete les veritables sentiments re- 
ligieux kurdes, nos remarques ne permettent peut-elre pas de 
repondre d'une fa
on definitive, mai s elles donnent au pro- 
bIerne ił sonder sa dimension et sa portee reelles. 


houlk est egalement un des mots designant dans cette lallgue l'araignee- 
en meme temps qu'i1 signifie 'vieille femme', 'sorciere': 'pir hil + vu-k' 
(a noter toutefois ici l'elision du l). M. l\'[ARR (op. cit., note 2, p. 34) 
attire notre attention to ut specialement sur la valeur que ce terme 
peut avoir pour I'etude du probleme de l'institution des 'meres-vierges'. 
dans sa seconde partie notammellt, qui, prise independamment, veut 
dire chez les kurd es (he-vu he-m) 'concubine', 'femme de harem'. Les fem- 
mes kurdes l'emploient entre elles avec le sens de 'chere amie', 'ma 
chere'. Les femmes du meme mari Ront des hil-vz reciproquement (in- 
dication de M. J. A. ORBELI ił M. l\'IARR). M. MARR croit que l'institution 
des 'meres vi erg es'. organisation collective et sociale ayant prececte 
celle de la famille, a survecu dans certains termes georgiens, armeniens, 
etc. (cf. op. cit., pp. 53-54, et note 1 a la p. 54). Ił nous sera permis 
d'ajouter qu'un autre mot kurde pour l'araignee (que nous rencolltrons 
precisement dans le texte donne ici), 'dapirouchk' se rattache egalement 
n l'idee de vieille femme et veut dire 'sage-femme'.
		

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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNlSME 


133 



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B. P. NIKITINE 


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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


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			136 


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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


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			T r a d u c ti o n d u t e x t e kur d e. 


Ił Y a a present dix ans, que vivait dans la ville de 
Sulaimanieh un derviche, 'AlI. II avait appris un petit peu 
de science, ainsi que la langue persane. II etait malin et 
intelligent. Souvent, ił avait des disputes et des discussions 
ave c de doctes moll as. Toutefois son occupation principale 
etait le vagabondage. Ił s'en allait a Bagdad, a Kerkuk, ci 
Erbił et a Maw
il. II mendiait chez les riches et ił gagnait 
ainsi la vie de sa familIe. Une fois, ił se dit: "Si j'allais a 
Kerbela ; quoiqu'iłs soient chiites par la-bas, mais mon nom 
y est connu aussi; iI est possible qu'en consideration de mon 
pelerinage au tombeau d'lmam tlusain, iłs me donneront une 
bonne aumóne". 
Bref, ił alla a Kerbela. II vint en presence du mugtahid 
et ił protest a de son devouement et de son amour pour 
Imam tlusain. - Le mugtahid lui dit: "Les recits sur 
ta capacite et ton intelligence sont parvenus jusqu'ici. II n'y 
a chez toi aucun defaut ni aucune lacune; n'etait-ce une pe- 
tite tare, ił n'y en aurait pas d'autres comme łoi". Le derviche 'A. 
demanda: "Quelle est ma tare? s'il est possible, je m'en de- 
partirai en l'honneur de Son Eminence le mugtahid". "Oui, 
c'est possible et tres facile". - "Comment est-ce possible?" 
Le mugtahid repondit: "Eh bien, toi, sunnite, vas-y, fais- 
toi chiite". "Qui, avec la bouche, c'est facile de dire que je 
sui s devenu chiite, mais ił est impossible que ma conscience 
consente a changer de religion, sans une preuve solide et 
evidente. Au fait, je serais tres content et tres reconnaissant 
si S. E. le mugtahid m'apportait une preuve telle, que mon 
coeur y pretat foi et adoptat la verite du chiisme; alors su- 
rement et sans demande de S. E., je deviendrai chiite natu-
		

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			150 


B. P. NIKłTłNE 


rellement. Mais des a present, je prie S. E., si pllr la neces- 
sile des debats je fais une reponse inconvenable ou s'il m'ar- 
rive un a propos malsonnant, de ne pas m'en vouloir et de 
m'accorder une complete liberte de parole". "Mais bien 
entendu, dans une conversation religieuse la liberte de pa- 
role est essentielle, autrement la verite sur le sujet ne saurait 
etre etablie". "Alors bon, Votre Eminence doit daigner me 
dire par quelle preuve le chiisme est plus vrai que le sunn i- 
sm e". - ".uJ \ JJ 
 
 oh, 'AlI, saint de Dieu, oh, douze 
Imams! par la benediction de vos nom s bien doux, je m'en 
vais avoir une conversation. sans fanatisme ni parti-pris et 
arriere-pensee avec mon honorable frere, le derviche 'Ali. 
Mon espoir est qu'avec votre zele, benediction et beatitude, 
le derviche 'AlI embrassera la vraie religion. Oh, honorable 
'AlI, ton nom est de bon augure, ił n'y a pas de doute que 
tu ne le suives et ton grade sera eleve. Ainsi donc, on 
appelle la religion chiite "ga'fari", car nous pratiquons d'a- 
pres les dires d'lmam ta'far Sadik, qui est la pierre angu- 
laire de notre foi c.S-1"! J Jj c.-'a-d. l'amour des 12 Imams 
et la haine des ennemis des Imams 1 ) sont la premiere condi- 
tion de la religion chiitej ceci n'existe pas dans la religion 
sunnite. Quoiqu'ił y ait beaucoup de preuves de la religion 
chiite, mais celle-ci, je suppose, est suffisante par elle-meme 
a ceux qui sont aussi intelligents que toi". 
Le derviche 'A. dit: "Sien que ce soit impoli, mais je le 
dirai en la presence de S. E. le mugtahid j la premiere chose 
que S. E. a daigne dire .uJ\ J J 
 
 etait maI a propos, car 
au debut de la parole, le nom de Dieu conviendrait plus. Des 
lors, ił serait bon que vous disiez .uJ\ 
 avant Ie nom d"AII. Puis 
vous avez daigne dire que c.S-1"! J J.i est la pierre angulaire de la 


J) La traduction de c.S-1"! J Jj par "l'amour des 12 Imams et 
la haine des ennemis des Imams" n'est pas exacte, mais nous la lais- 
sons telle que; J.i veut dire "etre orthodoxe, voire meme saint" et 
c.S...r; "excommunier".
		

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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


131 


religion chiite. Si vous vouliez dire par la l'amour des 12 
Imams qui sont des personnages nobles, croyants, avec du 
zele et appliques a l'expansion de la foi, alors nous autres, 
sunnites, l'approuvons de meme, mais si par l'amour des Imams 
vous sous entendez la question de leur succession au Prophete, 
estimant que la succession d'autres qu'eux est injuste, alors 
nous, sunnites, disons que notre religion est fondee sur les 
versets du t(ur'an et les traditions exactes. Or ni dans 'le 
t(ur'an, ni dans nos traditions ił n'y a pas de preuves evi- 
dentes, donnant une affirmation categorique, que les 12 Imams 
soient superieurs a Abfi Bakr, 'Omar et 'Otman. A ce sujet 
ił n'y a pas de versets explicites. Quant aux traditions, s'il 
n'y a pas de continuite ou qu'elles ne soient pas expIicites, 
on ne peut pas s'y fier en matiere de croyance. S'ił y en a, 
dis-Ies moi". 
Comme ił n'y en a pas en effet, le mugtahid etait confus; 
ił en cita beaucoup, mais elles n'etaient pas probantes dans la 
matiere. - "Si vous vouliez dire par c.S...f! que la haine et l'ani- 
mosile soient licites contre celui qui dira que les 12 Imams sont 
mauvais, que Dieu me pardonne, nous autres sunnites ne pri- 
sons pas tels individus. S 'iI s'agit de la haine et de l'animosite 
pour Abfi Bakr, 'Omar et 'Otman, nous sunnites n'approuvons ni 
l'amour ni l'inimitie pour personne, sans nous baser sur les versets 
ou les traditions veridiques. Surtout pour ceux comme Abfi Bakr, 
'Omar et 'Otman, dont le zeIe pour le Prophete etait grand. 
Comment pouvons-nolis faire c.S...f! a leur egard? Ou bien 
cette foi d'lslam ne doit pas etre la vraie, ou si elle est la 
vraie, alors eux iłs sont superieurs". 
Le mugtahid repondit: "Oui, c'etait comme 
a: Abfi Bakr, 
'Omar et 'Otman ont montre beaucoup de zeIe pour le Prophete 
et pour sa religion, mai s apres ils ont fait beaucoup d'injustice 
a Sa Saintete 'Ali. La succession au Prophete etait son droit, mais 
ils s'en sont empares par violence. N'avons-nous pas raison de 
faire lSJ! aux sunnites, puisque ils ont fai t le malheur du 
neveu du Prophete?" Le derviche 'A. dił: "V ous, chiites, 
vous vous basez sur deux opinions qui s'annulent reciproque-
		

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			152 


B. P. NłKITINE 


ment. TantŁt 1I0US dites qu"Ali est le Lion de Dieu 2), qu'ił 
est Ie plus courageux et le plus puissant, et apres vous dites 
qu'Abu Bakr, 'Omar et 'Otman ont employe la violence vis- 
a-vis de Iui. Si 'Ali, sachant qu'iłs ont la priorite et plus de 
droit que lui, s'est tu et a acquiesce a leur succession, alors 
ił est a comprendre qu'ils n'ont pas employe la violence, peut- 
etre ont iłs plutOt fait une chose qui, a sa place, etait bien. 
D'autre part, si 'AlI, par peur, n'a pas ose repousser leur vio- 
lence, alors comment est-il possible de dire, com me vous, qu'il 
soit le Lion de Dieu? Qu'ił prenne peur d'Abfi Bakr, qu'il 
renonce a son bon droit et apres, de meme. prenne peur 
d"Omar et d"Otman, n'est-il pas plus approprie de l'appeler 
le renard de Dieu au lieu d'en faire un lion? Ainsi, oh emi- 
nent mugtahid. ou bien le nom de Lion de Dieu est appro- 
prie et il n'est pas juste d'accepter la version de la violence 
des trois autres Khalifs, ou la violence et l'oppression sont 
justes, mais alors la version de Lion de Dieu n'est pas vraie. 
Choisis ce que tu choisis. je remets le bon plaisir entre les 
mains de S. E." 
Apres que le derviche 'A. eut parle, le mugtahid - 
,,
.ó!\ IJ'" .iJ 
LL:i!\ IJ"') (que Dieu broie ses dents et 
plie son dos) resta ebahi, etonne et sllns voix com me la 
poule sous le coq 3). Apres un peu de si lence, le mugtahid 
reprit : "Oui, c'est possible que, d'apres les exigences du moment, 
Sa Saintete 'Ali ait ac cep te leur vioIence, autrement ił pouvait 
les repousser". Le derviche 'A. dit: "Chacun peut faire une 
chose juste, mais il peut aussi la negliger ou la retarder, alors 
c'est de la betise. Votre Eminence a encore plus abaisse et 
avili Sa Saintete 'AlI". Le mugtahid dit: "Bon, je ne discute 
pas sur Sa Saintete 'AlI, et toi, n'attache pas d'importance 
a ces preuves; ton but est la dispute, abordons une autre 
question". Le derviche 'A. dit: "Que Dieu me pardonne. 


2) Ce cri lugubre \J>. 
 
 
 est bien connu des Europeens 
qui ont vu les mysteres de Moł}arram en Perse. 
8) C'est un dicton kurde S.f 
 
 
./' SJ (veki mrilki 
lebi" Ic,'ekilki).
		

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			UNE APOLOGII': J<:URDE DU SUNNISMl. 


153 


comment pUls-le ne pas attacher d'importance a ces preuves ? 
Mon but n'est pas la dispute, au contraire mon desir est que, 
par une preuve evidente, la jusksse devienne fondee et pa- 
tente, mais V. E. le mugtahid n'a pas encore apporte une 
telle preuve, qui puisse convaincre meme un en fant dans le 
berceau. Ou moment que V. E. desire discuter une autre ques- 
tion, ił est libre de choisir, qu'ił daigne parler". 
Le mugtahid dit: "Vous, sunnites, vous etes sans equite, 
votre coeur est tres dur, vous n'organisez pas du tout de mysteres 
a la memoire d'Imam I-:-Jusain, martyr offense de Kerbela, vous ne 
vous frappez pas, vous ne vous lamentez pas. Et nous, la 
communaute chiite, nous organisons Ull grand mystere pour le 
petit-fils du Prophete au mois de Moąarram. Chez nous, il 
est certain que Oieu nous pardonnera grace a I'Imam I-:-Jusain, 
parce que notre coeur bnlle beaucoup pour lui". Le dervi- 
che 'A. dit: "Premierement, une obligation de la loi religieu- 
se ne peut elre fondee qu'a l'appui des versets et des tradi- 
tions vraies. En ce qui concerne ces mysteres, surement il 
n'y a ni verset ni tradition, car iłs ont eu lieu apres le Pro- 
phete; ił n'y a non plus ni t.
l (synthese, consensus) ni J"t} 
(analogie), parce que tous les fideles ne le font pas et ne se 
lamentent pas. Secondement, j'ose dire comme ceci a V. E. - 
est-ce le Prophete qui est plus grand et plus noble, ou Hu- 
sain? et est-ce 'AlI qui est superit:ur, ou I-:-Jusain?" Le mug'- 
tahide dit: "Assurement le Prophete et 'Ali sont plus grands 
et plus nobles que I-:-Jusain". Le derviche: "Alors, tu restes 
sans preuve et a bout d'argument". - "Pourquoi ?". - 
..Comment pourquoi? du moment que le Prophete et 'Ali sont 
plus nobles, et que le Prophete, malgre tous les attentats, n'est 
pas mort, tandis qu' 'Ah est devenu martyr par la main 
d'lbn Mulg'am? Alors, s'il faut faire des mysteres, ił le faut 
d'abord pour eux et apres pour I-:-Jusain. Comme nous n'en 
faisons pas pour les plus nobles et les superieurs, pourquoi 
en ferions-nous pour les plus bas et les infimes? Et encore 
si le meurtre de tJusain etait juste, ił n'est pas martyr; 
s'ił n'etait pas juste, ił est martyr et son grade est eleve pres 
de Oieu, c.-a-d. de cette fa
on sa mort etait meilleure. Or 
pour une chose qui est meilleure pour sa vie ulterieure, ił faut
		

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B, P. NIKlTłN"E 


que nous soyons gais qu'elIe soit advenue, et non pas que 
nous nous en attristions. Est-ce nous, sunnites, qui sommes ini- 
ques ou vous, chiites, qui etes betes, ne faisant pas la diffe- 
rence entre le bon et le mauvais, et au lieu de mettre chaque 
chose a sa place vous la mettez ou il ne faut 
p a s". 
De nouveau le mugtahid resta etonne et ne sut que 
repondre, car la parole du derviche 'Ali etait plus raison- 
nable que la sienne. Ił dit: "Que Dieu soit loue! ton coeur est 
dur comme du fer et ił ne s'adoucit nullement". Le derviche: 
"Mon coeur est plus dur que l'acier, en face de ce genre de 
preuves, mais ił est beaucoup plus mou qu'une chandelIe, en 
face de preuves certaines et bien placees". Le mugtahid: 
"II y a une autre chose que tout le monde reconnait; c'est 
ce que nous voyons tous les jours et que nous entendons: 
beaucoup de sunnites deviennent chiites, mais nous n'avons 
jamais su qu'un chiite quelconque devint sunnite. Cest la 
sagesse divine qui fait la victoire de la vraie religion et c'est 
un indice puissant de la superiorite de la religion chiite. Et 
pour ceux qui ont la conscience et l'equite, c'est une preuve 
suffisante et rationnelIe de la justesse de la religion elevee 
chiite. je dis: mon cher et honorable frere, le derviche 'Ali, 
l'approuvera ainsi dans son coeur et n'objectera plus. II acce- 
dera sans demande ni reponse a l'honneur de la religion 
benie chiite et en aura sa part. II nous ren dra tous, ses amis 
et freres, tres contents et gais". 
Le derviche rit d'abord un peu, puis il dit: "Que Dieu soit 
loue I je m'etonne beaucoup de la science et des vertus de S. E.le 
mugtahid, ainsi que de sa confiance vis-a-vis de ce genre de preu- 
ves, qui sont plus fai bies que la toile d'araignee. Une religion dont 
les bases sont dans ce genre de preuves, est comme un mur 
sur la glace: du moment que le soleił y tape, la glace fon dra 
et le mur s'ecroulera". Le mugtahid: "Pourquoi parles-tu 
comme r;a? est-ce qu'ił manque quelque chose dans cette 
preuve, ou y a-t-ił une lacune? si cette religion n'etait pas 
juste, pourquoi Dieu fait-ił toujours des chiites de sunnites, et 
pourquoi n'a-t-il pas une seule fois fait un sunnite d'un chiite? 
est-ce que Dieu serait ennemi d'une bonne oeuvre? .---: Le
		

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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


155 


derviche: "je supplie S. E. de ne pas se facher si, en re- 
ponse a cet argument, je suis force de parler par rapproche- 
ment et analogie. Et dans ceci des choses malpropres seront 
dites, a Oieu ne plaise que le coeur de S. E. en souffre". 
Le mugtahid: "Non, sois tranquille, tout ce que tu as a dire, 
dis-le, je ne me facherai pas". Le derviche: "Est-ce le fro- 
ment qui est plus noble ou l'excrement 7" Le mugtahid: 
"Qu'est-ce que tu dis 7" Le derviche: "Comment, qu'est-ce 
que je dis 7 c'est une parole tres a sa place: Oieu, toujours 
par sa puissance et sa volonte, fait de l'excrement avec du 
froment, jamais nous n'avons ni vu ni entendu que Oieu ait 
fait du froment avec de l'excrement. Serait-ce, qu'Allah nous 
protege, que Oieu f Ut ennemi du froment et ami de l'excre- 
ment 7 - Et d'autre part, dans l'idee de S. E. le mugtahid, 
est-ce la chose don t tout le monde soi t a l'affUt et la desire 
qui est la plus noble et la plus juste 7 or ceci n'est pas cer- 
tain, puisque la passion de l'homme desire toujours plus une 
chose vii e qu'une chose sublime. N'as-tu pas lu que les gens sui- 
vaient plus volontiers le Pharaon que Moi'se, et qu'ils allaient 
apres les pharisiens, non apres jesus, apres Abfi Lahab et 
non apres Moąammad, apres Yazid et non apres Imam ł:fusain. 
Ainsi, d'apres ce qu'a dit S. E., celui dont la suite est plus 
nombreuse est le plus juste, mais dans aucune religion ceci 
n'est certain; s'il en etait autrement, tu ne pourrais prouver 
la justesse d'aucune religion". 
Quand le derviche 'Ali eut donne cette explication, 
de nouveau S. E. 
 Ąu\ i.J.J (que Oieu fasse enfler son 
ventre) devint comme la poule sous le coq et se tut un peu; puis il 
dit: "Ił y a autre ch os e, notamment que vous, sunnites, estimez 
une femme grossiere et vicieuse, mais nous, chiites, en toute con- 
science et avec un coeur pur, n'admettons nulle chose pareille". 
Le derviche: "Qui est cette femme 7" Le mugtahid: "Que Oieu soit 
loue! tu n'as pas encore compris qui est cette femme 7 c'est plus 
clair que le jour, si tu n'acceptes pas des choses si eviden- 
tes, comment peux-tu te soumettre aux preuves basees sur le 
raisonnement 7" Le derviche: "je vous prie, expliquez-moi 
qui est cette femme; si apres, je ne peux pas donner la re- 
ponse, alors votre objection est juste". Le mugtahid: "Cette
		

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B, P. NIKITlNE 


femme, c'est 'Aj sa ; j'ai sali ma bouche! (en pronon
ant ce 
nom)". Le derviche: "C'est la femme de qui?" Le mugtahid: 
"Que Dieu soit loue! de nouveau tu ne sais pas une chose 
evidente". Le derviche: "Que je le sache ou non, je te prie, 
dis-le, que je tienne l'aveu de toi". "Le mugtahid: ,:Ajsa 
etait la femme de Moł}ammed et la fille d' Abfi Bakr, elle 
etait mauvaise et devergondee; de nouveau j'ai sali ma 
bouche". Le derviche: "La reponse ił cela est tres faci/e, 
mais i'ai peur que S. E. soit fachee, comme ił est be soi n que 
quelques mauvais mots soient prononces". Le mugtahid: 
"Non, non; j'ai dit des le commencement que tu sois tran- 
quille; tout ce qui vient ił ton coeur, dis-le, n'aie pas honte; 
s'ił y a des reflexions et des considerations dans le coeur 
de l'interlocuteur, ił devient imposible de parler comme il 
fa ut". Le derviche: "Bien; alors veuillez attendre que j'aiIle 
ił l'eau pour faire les ablutions et dire la priere; apres, je re- 
viendrai et donnerai une bonne et faciłe reponse ił S. E. au 
sujet d"Ajsa". Le mugtahid: "C'est 
a, j'irai aussi ił la maison 
en attendant ton retour". 
Le derviche alla ił l'eau, le mugtahid alla ił sa maison, 
y resta un peu et revint tres vite. Le derviche 'AlI revint 
aussi. Quand i/ arriva en haut, ił enleva ses souliers, les 
apporta dans le meglis et les pla
a devant lui. II y avait 
du monde, on dit: "Le derviche 'AlI, qu'est-ce que 
c'est? pourquoi fais-tu 
a? il n'est pas convenable de met- 
tre les souliers devant soi en presence de S. E." Le 
derviche: "Oui, je le sais aussi que c'est mai et impoli, con- 
traire ił l'habitude du Heu, mais que dois-je faire, il n'y a pas 
moyen, ił faut que je le fasse, car du temps de Moł}ammed les 
gens apportaient leurs souliers ił la mosquee et les mettaient 
devant soi, craignant que les chiites ne les volent; maintenant J 
comme iei c'est l'endroit des chiites, je crains qu'ils ne me 
les volent et je resterai pieds nus. je sui s pauvre, je n'ai pas 
d'argent pour m'acheter des souliers". Le mugtahid: "Que 
Dieu soit lo ue f je m'etonne d'un mensonge aussi grand; 
quand est-ce, au temps de Moł}ammed J qu'il y avait des chii- 
tes? la communaute chiite s'est creee ił peu pres 200 ans 
apres Mol;tammed. Des lors, comment est-il possible qu'ils
		

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			UNE APOLOGIE KURDE DU SUNNISME 


151 


aient vole les souliers du temps de M09ammed? il n'y a pas 
de calomnie plus grande que celle-ci, au sujet des chiites". 
Le derviche: "Oh, vous qui etes presents a cette reunion! 
vous avez tous entendu que S. E., avec sa propre langue, 
a avoue que du temps de Mof:tammed, les chittes n'etaient 
pas. Une religion qui s'est manifestee 200 ans apres le Pro- 
phete, et du temps de ce Prophete n'existait aucunement, 
comment ses adeptes peuvent-ils dire qu'ils sont les eleves 
du Prophete? Et nous, sunnites, seuls sommes des mof:tamme. 
dans. Entre nous, ił n'y a aucune controverse au sujet de la 
mauvaise conduite d"Ajsa. Une chose qui aura ete dite apres 
200 ans est un pur mensonge et une grande calomnie". 
De nouveau le mugtahid 
.JJ\ d (que Dieu rende 
odieuse son oeuvre) se tut, comme une anesse (?), et se frappa 
la bouche. 11 ne savait que repondre. Et le derviche 'Ali dił: 
"Votre Eminence, nous avons faim, qu'on nous apporte quel- 
que chose a manger". Le mugtahid donna l'ordre - "O 
serviteurs, allez et apportez de la bonne nourriture pour nos 
hótes qui nous sont chers et honorables". Les serviteurs 
allerent et apporterent de bons mets. On mangea un peu, On 
se Iava les main'!;. On apporta du cafe et du the, on en prit. 
Apres, le derviche 'AlI dit aux gens de la reunion: "je dis 
que l'epouse de S. E. est une femme tres sage, soignee, intel- 
ligente et belle, delicate et fine, a la parole agrćable". Le 
mugtahid se facha un peu de cette parole j ił fron
a le front. 
Les gens de la reunion dirent au derviche: "Prononcer de 
telles paroles dans une reunion, est pris chez nous pour une 
grande grossierete, et une telle licence de parole n'est pas 
bonne. Mais vraiment S. E. est tres gracieux envers toi; son 
coeur n'est pas froisse; si c'etait un autre, ił t'aurait repri- 
mande". Le derviche: "je n'ai dit aucune parole deplacee au 
sujet de l'epouse, je l'ai louee, je n'ai pas fait de reproche, 
je ne sais pas quelle est ma faute". Les gens de la reunion 
dirent: "C'est comme tu daignes le dire, tu as vante, mais ił 
est malseant qu'on dise, meme du bien, d'une femme dans une 
reunion" 4). Le derviche: "Ou moment que c'est ainsi, tous 


4) On sait bien cette regle de bon ton musulman. S'il arrive a un 
Persan de mentionner sa femme, ił dira 
 ("cl'eature faible").
		

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			tss 


B. P. NIKITlNE 


es chiites sont dignes de l'enfer: ou Mof:tammed n'est rien, 
n'est pas Prophete et H est un homme impudent, sans honneur 
et vil, alors toute insulte et vilainie qu'on dise sur sa femme 
n'est pas un peche vis-a-vis de lui et tous les adeptes d'un 
tel Prophete sont dignes de l'enfer, ou bien si c'est, comme 
le clit to ut I'Is1am, que c'etait un personnage tres eleve et 
superieur a tous prophetes, tres vaillant et audacieux et 
plein de zele, alors, encore une fois, les chiites sont dignes 
de l'enfer, car silrement son zele est un peu plus important que 
celui de S. E. le mugtahid. Pourtant, comme on le declare 
du haut des minarets et des chaires, les chiites s e s a- 
l i s s e n t l a b o u c h e au sujet d"Ajsa, epouse du plus noble 
des prophetes, que Dieu prie sur 'ui et lui donn e la paix 
4.J...,.J 
 Ąu\ 
 comment ne serait-il pas froisse par la 
communaute des chiites 7 Oh, gens de la reunion! soyez equi- 
tables, est-ce comme (,ta ou non 7" 
Le mugtahid et les gens de la re unio n resterent 
ebahis. Apres un long silence confus, le mugtahid dit: 
"Nous tous, chiites, sommes dignes du paradis a cause de 
deux choses: l'une, c'est que notre amour pour la famille 
du Prophete est grand et plus grand que celui des sun- 
nites, comme l'univers entier le sait; 
l'autre, c'est que tan t 
qu'il est possible, nous apportons les os de nos morts 
a Kerbela et les enterrons pres d'Imam ł:łusain; si ce n'est 
pas possible, nous formons dans notre coeur le desir 
d'etre ensevelis la. Silrement, notre amour pour la famille du 
Prophete et l'enterrement de nos morts a Kerbelii seront la 
cause de notre salut, tan dis que 'es sunnites n'ont aucun 
espoir". Le derviche: ,,11 est plus facile de repondre a ceci 
que de boire de l'eau; je prie que personne ne se fach e 
quand des paroles inconvenables seront dites en reponse". 
Tous dirent: "Parle, personne ne se fachera". Le derviche: 
"En fait, l'amour pour la famille du Prophete est bon et ił 
est possible qu'il soit aussi une cause de salut, mais fa ut-ii 
encore qu'il soit a sa juste limite, ni peu ni trop. Notre amour 
a nous, sunnites, est ainsi, mais votre amour de la commu- 
naute chiite, qui s'est manifestee 200 ans apres l'exode du 
Próphete, n'est pas ainsi, car vous haissez une partie des 
compagnons du Prophete et de ses femmes, et une autre par-
		

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			UNE POLOGIE KURDE DU SUNNtSME 


159 


tie, vous l'aimez plus que le Prophete lui-meme; un tel amour, 
qui embrasse et plus et moins (en meme temps), ne peut 
causer que l'abaissement et la deperdition, non pas le salut 
et la beatitude; il en est loin, cent fois loin! - Quant a l'en- 
sevelissement dans un endroit noble, ni par raisonnement, ni 
par tradition il n'est pas sur que ce soit une cause de salut, 
puisque p t,.,: 01J y}:. I..e- 01 
 I..Sfi ",.,jl c. a. d., 
l'homme est puni par ses oeuvres, si elles sont bonnes par 
le bien, si elles sont mauvaises par le maI". Par exemple, si 
vous enterrez un homme bon, parmi les tombeaux des juifs, 
il n'y a aucun maI, et si vous enterrez un juif dans le tombeau 
d'Imam Ijusain, cela ne profite a rien. Le fondement et la 
base du salut sont dans la foi en Dieu, et la foi en tout ce 
qui a et
 revele de la part de Dieu; a part cela, tout est ba- 
liverne. Et si, supposons, l'enterrement dans les lieux nobles 
et le voisinage des nobles etait une cause de salut, il faudrait 
que le salut d'Abu Bakr, 'Omar et 'Ajsa fUt avere et indubi- 
table; ne sont-ils pas enterres pres de Moł)ammed? et sure- 
ment, la noblesse de Moł)ammed est plus grande que celle 
d'Imam Ijusain, parce que cette derniere n'est due qu'a Mo- 
ł)ammed, non pas a l'Imam lui-meme. Neanmoins vous, chiites, 
s a li s s e z toujours votre bouche a leur sujet. Oh, gens de la 
reunion, soyez equitables, n'est-ce pas comme je le dis?" 
Encore tous resterent confus et ne savaient que repondre. Le 
derviche se dressa comme une perdrix maje, commen
a a parler 
et dit: "Dans la communaute chiite ił y a un crime qui n'e- 
xiste dans aucune communaute: chaque communaute vante 
et loue les adjudants de son Prophete, les juifs le font pour 
Aaron, les chretiens pour les Ap6tres, les sunnites pour qua- 
tre amis et compagnons, mais les chiites medisent et repro- 
chent constamment aux personnes, telles que Abu Bakr et 
'Omar, au zeIe et aux efforts desquels est du le progres de 
l'Islam. Ni 'Ali, ni Ijusain n'ont defendu la foi dans la meme 
mesure qu'eux. La pensee de la communaute chiite est tou- 
jours faussee et sens des sus-dessous. Les sunnites disent que 
le 
ur'an prescrit
' 
 

 )II 
\.:5JI
' I).)
 ":łJ 
c. a. d. "ne vous disputez pas avec les chretiens et les juifs 
qui ont leurs ecrits, a moins que (,ta ne soit par des paroles
		

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			160 


B. P. NIKITINF. 


meilleures", plus delicates et agreables; et le {- 
w:, -' p j>- <-;-J\:.(J\ \j" -,I Q.lI\ iw:' c. a. d. "la 
nourriture de ceux qui ont les ecrits vous est permise et 
votre nourriture leur est permise" . Toutefois vous, chiites, 
dites que les juifs et les chretiens sont 
 sales, de la cha- 
rogne, ainsi vous portez prejudice au {\; d_J' 
c. a. d. ,,'Omar a orne la place de Khalifat, n'ecoute pas le 
chiite sale, le chiite est un ane, ił est dit dans le Kur'an 
.\...>\; de. t. "communaute impure", ceci aussi est une preu've de 
l'impurete de ce peuple". Le mugtahid: "Maintenant c'est assez, 
je te prie causons seuls, toi et moi". Les gens de la reunion se 
retirerent. Le mugtahid dit: "je sais que la communaute chiite 
a deshonore le monde musulman et l'humanite, ils sont sales 
et sans foi ni loi, viłs; leurs arguments sont faibIes et ils ne 
font que repeter les erreurs de leurs and
tres; je desirais 
beaucoup que ces arguments fussent apportes, pour qu'ils sa- 
chent que les chiites sont plus betes que les anes: sache 
que je suis sunnite et tous les 'ulama's bons, experts et equi- 
tables sont sunnites, mai s nous ne pouvons pas nous mani- 
fester, car notre vie depend de ce peuple-ane; si nous nous 
manifestons, iłs nous tueront; notre situation est tres penible 
a cause de ces chiens". Bref, le mugtahid devint sunnite, 
mais le derviche ne se fit pas ane, ne devint pas chiite. 
Paris, Janviel' 1932.
		

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			Wl.ADYSŁA W ZIMNICKI 
Jarłyk Maksud ben Selamet Girej Chana z r. 1767. 


Uwidoczniony na fotogramie jarłyk krymski, pisany pismem 
diwanf1) na papierze czerpanym, ze znakami wodne mi FF i 3 
półksiężycami, o wymiarze 66X 44 1 /2 cm, jest oryginałem, znaj- 
dującym się w dziale rękopisów Bibljoteki Uniwersytetu Ste-' 
fana Batorego w Wilnie. U góry umieszczono huwa 'On', t. j. 
Bóg, jako skrót formułki inwokacyjnej 2). 
Od drugiej połowy jarłyku zaczyna się tekst, zakończony 
odciskiem pieczęci formy jajowatej, o wymiarze osi 2,5X2,2 cm. 
Na odcisku tym uwidocznione są wyrazy: /:fan Maqsud Giraj 
ban Sa/amiii Giraj /jan ze znakiem tamgą B), przedstawiającym 
trójząb, który był godłem państwowem Chanatu Krymskiego. 
Tuż nad pieczęcią z lewej strony u góry napis 
alJ.lJ.a, co znaczy 
w tłumaczeniu 'zgadza się'. Na stronie odwrotnej napis w języku 
polskim: "List Hana Tatarskiego przez umyślnego posłanika 
Dr. Assan Agę 4) odebrany w Białymstoku d. 3 augusti 1767 a. cc 
Pismo jarłyku kunsztowne, staranne i zakończone bez 
pośpiechu, gdyż nie wychodzi poza brzegi dyplomu i końcowe 


1) Pisma diwani używano w Stambule do pisania fermanów 
sułtańskich. Chanat Krymski we wszystkiem starał się naśladować Stam- 
bul, to też i charakter pisma, używany w Stambule, zastosowano na. 
Krymie. 
2) Fr. KRAELlTZ, Osmanische Urkunden in tiirkischer Sprache aU/ł der 
zweiten Half te des 15 Jahrh., Wien 1921. 
5) Taraq Tamgasy; patrz Sureja Bej SZAPSZAł., Qyrym Qaraj Tilrk- 
lari (w piśmie Tilrk Jyły, Stambuł 1928) ; również B. .lI.. CMHPHOB, Kp".."l- 
CKoe Xa/lCmBO noiJ BepXOBe/lCmBO.M OmmO.MaHCKOii nopm", iJo HaltalUl XVIII B., 
Cn6 1887. 
4) Prw. A. KRAUSHAR, Ksiąłe Repnin i Polska, I (Warszawa 1900),347, 


Rooznik OrjentaIiotyczny. VIII. 


11
		

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			162 


WŁADYSŁAW ZIMNICKI 


słowa cechuje ten sam charakter pisma, co i poprzednie. 
jarłyk, datowany dn. 25 miesiąca 
aziran, odpowiadającego na- 
szemu czerwcowi (1767) ó) i skierowany do Wielkiego Hetmana 
Koronnego i Wojewody Krakowskiego Branickiego (Jan Kle- 
mens Branicki, kasztelan krakowski i wielki hetman koronny, 
ur. 21. IX. 1689, zm. 9. X. 1771), zawiera powiadomienie Mak- 
sud ben SeIamet Girej Chana o jego intronizacji na Krymie. 
Jednocześnie Chan odwołuje z Polski Seid Ahmed Beja, wy- 
słannika zmarłego Arsłan Girej Chana. Struktura jarłyku jest 
naśladownictwem fermanów sułtańskich z XVIII w., o czem 
świadczy kwiecisty styl i zawiła składnia, właściwe fermanom, 
pochodzącym z tego stulecia. Tytulatura na początku wzoruje 
się na korespondencji sułtanów do hetmanów polskich 6). Da- 
lej następuje część ekspozycyjna, zawierająca pozdrowienia 
i zapytania o zdrowie adresata. Właściwą treść dokumentu 
'stanowi zawiadomienie o intronizacji Maksud ben Selamet Gi- 
rej Chana. W zakończeniu chan zapewnia o swej przyjaźni 
sąsiedzkiej i prosi o rychłą odpowiedź. 


Transkrypcja '7). 
[1] Qudviii-i-iimiirli-i-milliit-iil-miisii}.[jii vii ziibdiit-i-kiibiirli-i- 
-!li'i/iit-iil-'isiivijii, i}.lilli miimliikiit-i-Liihi/J bas !Ja!mliny, 
ada- 
qailu, ragbiitlii, riitbiitlii qadim[ dosiumuz Braniski Vojvoda 
Qraqoski !Juiimiit 'avliqybuhu [2] bil-!Jajr qybłyna iinv.'-i-dostłuq 
vii qomsuługa lli'iq vii siiza siillim-i-siillimiit iinglim vii piijlim-i- 
miisiirriit irłislim iblligilii i}.lil-u-!Jli!yr-i-miiviiddiit si'lirY1JYz su'- 
lillardan so1Jra dosilinii inhli [3] ołunur ki isbu slil-i-miijmiiniit 
i!;łimlilda Qyrgm !Jany ołan Arsłan Girlij !jan bii-iimr-i-!Judli- 
i-ta'lilli vii/lit iidiib miisniid-i-!Jan[dii siivkiitlii, kiir limiiilii, 
qudriitlii, 'a:famiitlii Padislih-i-liliimpiinah [4] ii/iindimiz i}.a4riit- 


5) Brak źródeł tatarskich, względnie tnreckich w Wilnie, gdzie 
opracowywałem niniejszy rękopis, pozbawił mię możności zaopatrzenia 
w komentarze historyczne dat i wypadków krymskich. 
6) Qudvat-i-iimarii -il-kiriim-il- 'isav i:ia 'iimdat-i-kiibiirii-il- fihiim-il-miil>i- 
[ilja Lak viliijiitiniIJ biijiik !Jatmiiny fil(ln !J
{timat 'aviiqybuhu bil-!Jair qyb- 
łyna.. .... (Miinia'iit-iis-saliitin, oprac. FERIDUN Beja, t. I, str. 13, Stam- 
buł 1849 r., wyd. II). 
7) Podaję transkrypcję pisma, a nie wymowy.
		

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			JARŁYK SELAMET GIREj CHANA 


163 


liiriniJJ ganib-i-miiluk'aniiliirindiin bu dostuJJuza tiivglh vii i::san-i- 
humajunłary bujurulub isbu mah-i-/}aZlranytJ jigirmi biisingi 
giinii ma
l}ubiin bil-'a/ijii diirun-i-Bugaqda vaqy' Qovsan nam 
[5] /ja
ijiitimdii niizul a.diib otadiinbiirii Liih giimhurl dostłarg- 
myz vii /ju
u
iin siz riitbiillii dostumuz ilii ma biijnliirimizdii 
mustaqyrr vii bu anii giilingii miitbut vii muqarrar ołan /}uqflq-i- 
[6] dostłuq vii miirasim-i-hiimgivarlyq iqlirJasilii su'al-i-/ja!yr-i- 
miiviiddiit si'argtJyz ilii mijaniidii miirbu! rJavaby!-i-/}uqflq-i- 
mul}abbiitiJJ tiigdld vii titkidinii vii siira'i!-i-/julfl
-i-miivalatytJ 
liizjid vii tii'jldinii [7] ri'ajiit-i-qa'idii-i-qadlmiidiin ołduguna 
bina'iin bu diif'a miigiirriid siz dostumuz ilii vii kiillijiin giim- 
hur dostłarymyz ilii qadlmdan biirii biijnimizdii miiUn vii miis- 
taMiim ola n dostłuq vii hiimgivarlygYJJ [8] miirasim-i-surfl[una 
turuq-i-dostalliimizdiin min kiill-il-vuguh ri'ajiit vii qomsułuq 
/}asbilii vaqy' ołan umur vii /ju
u
łaryJJyza kiimal-i-sa'i vii 
dyqqat ołunagagyny i;har vii /jatyr-i-miiviiddiit si'aryJJyzfj [9] 
isti/sar rJymnynda miiktub-i-dosil uslub ta/}rlr vii ma/j
u
 ada- 
mymyz lf asan Aga ilii irsal ołunub muqaddima /jan-i-miir/}fl- 
mytJ fara/yndan varan Sajjid A/}miid BiijitJ oł tara/da miikiit 
iidó."giik bir ma
lal}aty [10] ołmadygyndan muma-iliijhi bila ta- 
vaqqu/ 'avdiit iitdiriib siz ragbiillii dostumuzutJ vii 'ala-l-/ju
u
 
giimlii-i-giimhflr dostłary myzytJ diivliit-i-' alljii-i-da' im-ul-qarar 
ilii biijnliiriJJizdii ma'qud vii miirbu{ ołan [11] miirasim-i-dosll 
vii m
a/atYJJ diivam vii isliqraryna vasilii ołagaq l}alatYJJ 
kiillijiisindii ganib-i-dostaniimizdiin giiriiki gibi i'lina vii dyqqat-i- 
tam olunagagy ma"lum-i-dostaniiJJiz ołduqda siz dostumuz [12] 
da/jy /}aldii dostłuq-i-qadimiijii ri'ajiit iidiib i/jtibar-i-siilamiitiJJizi 
musi'r miiktub-i-dosli-uslubUJJUZ ilii adamymyzg bir giin iivviil 
'avdiit vii riig'at iitdirmiilJiz mii'muldur. 

aQ.l}a 
/jan 
Maq
fld Giraj 
biin Siilamiit Giraj 
/jan 


Przekład. 
,,[1] Do wzoru książąt narodu mesjaszowego [= chrześci- 
jańskiego) i śmietanki magnatów gromady jezusowej, obecnie 


11-
		

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			164 


WŁADYSŁAW ZlMNICKI 


głównego hetmana państwa polskiego, łaskawego, szacownego
 
wysoko postawionego, dawnego przyjaciela naszego Branic- 
kiego, wojewody krakowskiego - oby ostatnie jego dni były 
przypieczętowane szczęściem I [II] Po skierowaniu w jego 
stronę zdrowie niosącego pozdrowienia, stosowoie i odpowie- 
dnio do wszelakiej przyjaźni i uczuć sąsiedzkich, tudzież wieści 
radosnych i zapytań o wasz słan i usposobienie godne miłości, 
donosi się uprzejmie co następuje. [III] W tym oto roku po- 
myślnym. na rozkaz Allaha - wzniosły jest On I - przeniósł 
się chan krymski Arsłan Girej Chan do wieczności, a tron 
(dosl. wezgłowie) krymski został najłaskawiej powierzony 
i ofiarowany temu Waszemu przyjacielowi (= mnie) ze strony 
królewskiej naszego pana, potężnego, łaskawego, mocnego, 
wspaniałego Padyszacha, obrońcy świata (= sułtana turec- 
kiego). [IV] Dwudziestego piątego dnia tego oto miesiąca 
ł:łazlran stanąłem w zdrowiu w mej posiadłości zwanej 
owsan 8), 
leżącej w głębi Budziaku. [V] Wobec tego, że (zawsze) respek- 
towano starą zasadę, iż należy pomnażać i umacniać warunki 
szczerego zbliżenia, tudzież odnawiać i wzmacniać raz zawią- 
zane węzły praw przyjaźni, oraz pytać o usposobienie Wasze. 
godne miłości. zgodnie ze zwyczajami sąsiedzkiemi i prawami 
przyjaźni, trwającemi nie wzruszenie od dawna aż do tej chwili, 
a łączącemi nas ze wszystkimi przyjaciółmi polskimi, a szcze- 
gólnie z Wami, nasz dostojny przyjacielu, - i tym razem. 
zgodnie z uczuciami sąsiedzkiemi i całkowitym szacunkiem 
(wynikającym) z naszych przyjaznych dróg dla zwyczajów 
i praw sąsiedztwa, tudzież pewnej i ustalonej od dawna przy- 
jaźni, szczególnie między Wami, nasz przyjacielu, i wogóle 
wszystkimi naszymi przyjaciółmi - został napisany i wysłany 
przez naszego umyślnego czło
ieka Hasana Agę przyjacielski 
list w celu dowiedzenia się o godne miłości usposobienie Wa- 
sze i w celu okazania, że sprawom i okolicznościom Waszym 
poświęci się (z naszej strony) całkowitą gorliwość i uwagę. 
[VI] Spodziewamy się, że wobec tego, iż pobyt tam Sajjida 
Ahmeda Beja, który poprzednio poszedł (jako poseł) ze strony 
zmarłego chana, nie przyniesie żadnego pożytku, każecie wy- 


8) 25 klm na południe od Bender (w Besarabji). Patrz T. KOWALSKI 
i J. DUTKIEWłCZ, Jarłyk tatarski z r. 1177 R. (= 1763 D.), RO II, 215.
		

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			JARŁYK SELAMET GłREJ CHANA 


165 


mienionemu wrócić niezwłocznie. [VII] (Spodziewamy się rów- 
nież), że, przyjąwszy do łaskawej wiadomości, iż z naszej 
przyjaznej strony dołoży się - wedle potrzeby - wszelkich 
starań i uwagi we wszystkich sprawach, mogących stanowić 
sposobność do podtrzymania i umocnienia zwyczajów przy- 
jaznych i serdeczności, nawiązanych i umocnionych między 
Wami, szacowny nasz przyjacielu, i wogóle [w tekście przez 
pomyłkę: w szczególnościJ wszelkimi naszymi przyjaciółmi, 
li. Wysoką Portą, trwającą na wieki - Wy również, przyja- 
cielu nasz, okażcie względy dla dawnej przyjaźni i pozwolicie 
niezwłocznie (dosI.: przed upływem jednego dnia) wrócić 
i odejść zpowrotem naszemu człowiekowi wraz z przyjaznym 
listem Waszym, który zaznajomi nas z wieściami o waszem 
zdrowiu. Zgadza się. Chan Maksud ben Selamet Girej Chan". 


Poselstwo to miało miejsce w okresie Konfederacji Ra- 
domskiej 9). jarłyk Maksud ben Selamet Girej Chana z 25-go 
czerwca 1767 r. skierowany był, jak podano wyżej, do Hetmana 
Koronnego jana Klemensa Branickiego 10) w Białymstoku 
i doręczony tamże przez posłannika Hasan Agę 3-go sier- 
pnia 1767 r. ll ). W r. 1764 hetman Branicki powrócił do swej 
rezydencji w Białymstoku po krótkotrwałym pobycie w Bar- 
djowie na Węgrzech. Zmuszony był uchodzić wraz z innymi 
-członkami partji t. zw. hetmańskiej z Warszawy 12), gdzie 
Czartoryscy opanowali sytuację na Sejmie konwokacyjnym. 
jako szwagier królewski szybko uzyskał przebaczenie i po- 
wrócił do Polski z zamiarem niemieszania się do spraw poli- 
tycznych. jak wiadomo, nie brał czynnego udziału w gwałto- 
wnie rozwijających się wypadkach w latach 1764 do 1767. 
kiedy to na prośbę Radziwiłła podpisał akces do Konfederacji 
Radomskiej 18), w której zresztą nie odegrał żadnej roli. Tem 
znamienniejszym wydaje się fakt, że Maksud ben Selamet Ci- 



) od 23 czerwca 1767 do 15 grudnia tegoż roku. 
JU) C60pH.U1(' H. P. Hcmopu'tecKazo 06w,ecmBa. T, 51, '-I. 2 N. 791. 
11) Napis na odwrocie jarłyku. Wspomina o tym posłanniku rów- 
nież A. KRAUSHAR w cytowanem dziele (I, 347). 
12) C60PH.UK... T. 51, '-I. 2, N 956. 
III) 21-go lipca 1767 r., A. KRAUSHAR, op. cit. I, 347.
		

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WŁADYSŁAW ZłMNIClG 


rej Chan powiadamia go o swej intronizacji. Tłumaczyć to 
należy dawnemi stosunkami Branickiego z Wysoką Portą Otto- 
mańską i Chanatem Krymskim 14), jak również i tern, że Porta 
Ottomańska i posłuszny jej Chanat Krymski popierały stron- 
nictwo nieprzychylne królowi Poniatowskiemu 10). Porta przez 
dłuższy czas nie chciała uznać Poniatowskiego lG). 


Uważam za obowiązek serdecznie podziękować p. prof. 
T. KOWALSKIEMU z Krakowa i j. E. S. SZAPSZAŁOWI z Wilna za 
łaskawie wyświadczoną mi pomoc w niniejszej pracy. 


Le yarlik de Maksood ben Selamet Girey Khan de la Crimee. 
(Resume) 
Le yarlik de Crimee 66X 44 1 /2 cm. de dimension, ecrit 
en caracteres diwani, sur papier parchemine et muni des fili- 
granes FF et 3 croissants, c'est un original, se trouvant entre 
les manuscrits de la Bibliotheque de l'Universite a Wilno. 
Le yarlik est dat e le 25 e juin 1767 et contient l'annonce 
de Maksoud ben Selamet Girey Khan de son intronisation 
en Crimee. 


Wilno, listopad 1931 r. 


H) Branicki w swym liście do Radziwiłła z 3D-go lipca wspomina 
e stosunkach zagranicznych, A. KRAUSHAR, op. cit. I, 347; także C6op- 
IłUK. .. T. 51, 'I. 2 N 978: "PeCKpHnT N 31 ceKpeTHeHwiH 06peCi!OBy 
B KOHCTBHTł-IHOnonb" ; T. 51, 'I. 2 N 933: "Koni!l c pen!lldH N 18 pe3ł-1AeHTB 
06pecKoBB ł-I KBH
enllpiH COBeTHHKB neBBweBB H3 I	
			

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			H. SERAJA SZAPSZAŁ. 
Znaczenie opisu podróży Ewlija Czelebiego dla dziej6w 
Chanatu Krymskiego 1). 


Histoire de la Tauride Stanisława SIESTRZEŃCEWICZA-BoHUSZA 2) 
przez długi czas była cytowana przez późniejszych autorów 
i uważana za jedyne systematyczne dzieło dla dziejów Krymu. 
jednak Geschichie der Chane der Krim unter Osmanischer 
Herrschaft uczonego orjentalisty j. HAMMER-PURGSTALLA, która 
ukazała się w r. 1856, położyła kres autorytetowi metropolity 
SJESTRZEŃCEWICZA-BoHUSZA. Z biegiem czasu okazało się, że i praca 
HAMMERA wymaga przejrzenia i przeróbki. W r. 1887 ukazała 
się :latem rozprawa profesora uniwersytetu Petersburskiego 
W. D. SMIRNOWA, p. t. Chanat Krymski pod zwierzchnictwem 
Imperjum Ollomańskiego 8), poddająca pracę HAMMERA krytyce 
bardzo poważnej. Ważkie i obszerne dzieło SMIRNOWA jest na- 
wet obecnie uważane za najlepszą pracę o historji Chanatu 
Krymskiego. Tak przynajmniej wyraża się o niej znakomity 
orjentalista, dawniej moskiewski, obecnie kijowski A. KRYMSKlj 4). 
Prof. SMłRNOW, krytykując i obalając na przestrzeni całej 
swej pracy te lub inne wywody HAMMERA, pomiędzy innemi 
przytacza wiele szczegółów ze źródeł wschodnich. Wśród 


1) Jest to odczyt, wygłoszony na I Polskim Zjeździe Orjentali- 
stycznym w Warszawie 26 maja 1931 r. 
2) Książka ta wyszła w Brunświku w r. 1800; str. 184-353 drugiego 
jej tomu dotyczą specjalnie Chanatu Krymskiego
 
3) B. ll. C M H P H o B "1>, KpbIMCKoe X8HCTBO nO.l1"1> BepXOBeHCTBOM'b 
OTTOM8HCKOH nOpTbI .110 H8'łana XVIII B. Część I wyszła w Petersburgu 
w r. 1887, zaś II w Odesie w r. 1889. 
') Historja Turcji i jej literatury, Moskwa 1916, str. 174.
		

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			168 


H, SERAJA SZAPSZA'. 


licznych autorów muzułmańskich, na których powołuje się 
i z których przytacza cytaty w oryginałach, tylko parę razy 
spotkać można imię znakomitego podróżnika tureckiego 
z wieku XVII EWLljA CZELEBJ'EGO (Ewlija Celebi). Okoliczność ta 
tembardziej zwraca na siebie uwagę, że na długo przed wyj- 
ściem w świat dzieła SMIRNOWA już był wydrukowany prze- 
kład na język angielski zapisków CZELEBI'EGO, dokonany przez 
tegoż HAMMERA 5). 
Nie znajdujemy również wyjaśnienia, dlaczego nie uwzględ- 
niono tak bardzo ważkiego źródła, i w samym Chanacie 
Krymskim SMIRNOWA, a przecież niewykorzystanie materjału 
EWLlJA CZELEBJ'EGO, zmniejsza do pewnego stopnia wartość pracy 
uczonego rosyjskiego. W jakiż sposób mogło się to zdarzyć? 
Na pytanie to znajdujemy szczegółową odpowiedź w innej 
pracy tegoż autora, wydrukowanej w 16 lat po wyjściu w świat 
jego Chanatu Krymskiego, a mianowicie w jego chrestomatji 
osmańskiej 6) : 
"już dawno poczyniłem kroki celem odnalezienia 4o\:.:>-L 
EWLlJA CZELEBI'EGO, przedewszystkiem oczywiście w samej Turcji, 
a mianowicie wśród bibljofilów konstantynopolitańskich za 
pośrednictwem pierwszego dragomana, następnie Radcy Po- 
selstwa Rosyjskiego w Konstantynopolu, a potem posła w Ate- 
nach, nieżyjącego już M. K. Onu. Poszukiwania przez długi 
czas były bezowocne. Wreszcie, p. Onu, przy pomocy ówczes- 
nego pierwszego dragomana A. G. jakowlewa, udało się 
drogą zwykłego kupna na rynku, nabyć olbrzymi foljał, jakoby 
zawierający poszukiwane dzieło... Lecz jakież było moje roz- 
czarowanie, gdy przeczytałem w przedmowie, że olbrzymi fol- 
jał zawierał w sobie tylko skrót całej pracy EWLIJA CZELEBI'EGO, 
dokonany przez BOLBoL-Efendi'ego. M. K. Onu prawdopodobnie 
nie przeczytał tego wstępu, tak bardzo zmniejszającego war- 
tość jego zdobyczy. jednak trzeba się było zadowolić choć 
tym skrótem, nie posiadając całkowitego oryginału i mając 



) Narrative of Travel8 in Europe, Asia and Africa... by Evliya Efendi, 
translated by J. v. HAMMER, London 1850. (Orientał Translation Fund) 
ti) B. JI.. C M H P H o B "1>, 06pa311.0BblSl npOH3Be.a:eHiSl OCMaHCKOK .IIHTe. 
paTypbl B"I> H3Bne'leHix"I> H OTpblBKaX"I>, Cn6. 1903, str. VIII-IX wstępu.
		

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			ZNACZENIE PODRÓŻY EWLIjA CZELEBIEGO 


169 


pod ręką kiepski skrócony przekład angielski Hammera, który, 
nie wiedzieć dla jakich przyczyn, nie podał miejsca, skąd po- 
chodził oryginał, wykorzystany przezeń dla przekładu. Lecz 
wkrótce potem, podczas swego pobytu w lecie r. 1896 w Lon- 
dynie, zupełnie nieoczekiwanie natrafiłem na ten oryginał w nie- 
wielkim zbiorze rękopisów wschodnich w bibljotece The Royal 
Asiatic Society, machinalnie przeglądając te rękopisy w towa
 
rzystwie ś. p. GIBBA, gorliwego pracownika na polu historji 
poezji osmańskiej. Tam EWLlJA CZELEBI okazał się w dwu olbrzy- 
mich foljałach wspaniałego, ścisłego, drobnego pisma, upstrzo- 
nych różnemi notatkami i zakreśkniami, tak w tekście, jak 
również i na marginesach, systematycznie ołówkiem. Ostatnia 
okoliczność wskazuje niewątpliwie na to, że kodeksy te znaj- 
dowały się w ręku HAMMERA, lecz jak i kiedy trafiły one na 
ulicę Albemarl w Londynie, tego w żaden sposób dociec nie 
mogłem. Na wszelki wypadek zrobiłem kilka wyciągów, po- 
myślawszy jednocześnie: "A dlaczegoby Turcy sami nie wy- 
dali tego tak bard7.o ciekawego pomnika swej literatury, jeżeli 
wydają różne paskudztwą, oprócz rzeczy wartych wydania"! 
I wkrótce czytam w tureckiej gazecie i\J9\ ogłoszenie o za- 
mierzonem wydaniu .ul::;...l;- EWLljA CZELEBI'EGO, z zaprosze- 
niem do przedpłaty. Druk, wbrew namiętności organicznej 
Turków do wszelkiego przewlekania, poszedł bardzo prędko, 
wyszło sześć tomów. Lecz na tern stanęło; a następnie roze- 
szły się pogłoski, że i wydrukowane egzemplarze zostały 
skonfiskowane z rozkazu rządu tureckiego. Biedny EWLljA, nie 
powodzi mu się aż do dnia dzisiejszego! W jaki sposób ten pi- 
sarz z XVII w. mógł zawinić przed prokuraturą turecką z XX w., 
trudno się domyślić i dowiedzieć przy najsumienniejszych 
dochodzeniach" . . . 
Otóż, autor Chanatu Krymskiego nie zdołał w swoim 
czasie wykorzystać dzieła EWLljA CZ£LEBJ'EGO i zmarł, nie docze- 
kawszy się ukazania się VII tomu. Tom zaś ten wyszedł w naj- 
nowszych czasach, a mianowicie w r. 1928, t. j. akurat po 
25-letniej przerwie od wydrukowania VI tomu! 7). 


') EVLlY A QELEBł 8eyahatnamt!Bi yedinci cHd, Tiirk tarih encum6ni
		

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			170 


H, SERAJ A SZAPSZAŁ 


Ponieważ o autorze tureckim i pracy jego podałem już 
krótkie wiadomości, nie będę tu się powtarzać 
). Przechodząc 
do nieścisłości i braków w pracy SMIRNOWA, które wynikły na 
skutek niewykorzystania przezeń EWLIJA CZELEBI'EGO, zwrócę 
uwagę na fakty poniższe. 
Przedewszystkiem należy zaznaczyć, że sąd SMIRNOWA 
co do pochodzenia założyciela dynastji chanów na Krymie- 
Hadżi Gireja (Hagi Giraj) , wyłożony na całych 26 stronach 
ścisłego druku, jest 
ylny. Wbrew zdaniu tak europejskich 
jak i muzułmańskich pisarzy autor przychodzi do wniosku, że 
chan ten był synem Tasz Timura 9). W zdaniu zaś innych 
historyków, przeważnie muzułmańskich, skłonnych uwa- 
żać za ojca tego pierwszego chana krymskiego - Gyjas-ed- 
Dina, widzi on tylko wynik nieporozumienia 10). 
W. W. BARTHOLD, rosyjski tłumacz dzieła znanego angiel- 
skiego uczonego numizmatyka - STANLEY LANE POOLE'A, pisząc 
po SMIRNOWIE, nie zgadza się ze zdaniem autora oryginału 
angielskiego, który sądził również, że Hadżi Girej był synem 
Tasz Timura, lecz ogranicza się li-tylko do wskazania w oso- 
bnej uwadze, że pochodzenie Hadżi Gireja jest wątpliwe 11). 
Dzięki zaś EWLIJA CZELEBI'EMU kwest ja rozstrzyga się obec- 
nie całkiem pewnie na rzecz tych, których właśnie chciał 
obalić SMIRNOW. 


kiilliyatz, 
det: 11, Istanbul- Devlet M:atbasl 1928, 0'""4.4l:;:;...
 l.$7\::;- 
 -' \ 
d.1:> - J 
\.:..,\ " :>..\C J

 
\ t..J\j 
Jj 
 

 
-0'""
 
B) Myśl Karaimska, t. II, z. III-IV, Wilno 1930-1931, str. 63. Patrz 
też Brusały Mehmcd TaMr, - "Olmwuly lIluellifleri" , Istanbul 1343, str. 
15-16. 
9) Chanat KrYl1lski, l, 213. 
lU) Op. cit., I, 220. 
11) The Mohammadan Dynasties, chronological and genealogical tubles. u'ich 
historical introduction, Westminster lR94. Tłumaczenie rosyjskie: CT€HnK 
nIilH"b-nynb, MycynbM8HcKi JlHH8CTił\, Cn6. 1899, 195. Nowe wydanie an- 
gielskie jest reprodukcją heljograficzną starego i żadnych zmian nie 
zawiera.
		

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			ZNACZENIE POORÓŻY EWLIjA CZELEBIEGO 


171 


We wspomnianym artykule w Myśli Karaimskiej, wskaza. 
łem, że CZELEBI przytacza napis arabski, przepisany przezeń 
w Krymie, w twierdzy karaimskiej Guher-Kermen, obecnie-Cziift 
Kale, z płyty kamiennej, wmurowanej w ścianie nad drzwiami nie- 
dużego meczetu, wzniesionego przez chana Hadżi Gireja 
który to napis brzmi: r1
'Y10\kL.JI 
J
\
\ LiA 
 
0\;. 
\..r 

 0W\
I.J 
 .rI1
 j.. J.JA r-blI0\!ttl.J 
4.:..... .o.J) 
I.J ojF... 0\:>' jF .J)) u
 0l>. u:
\6l;C 0: 

WW .J 
 .J 
 t. j. "Wybudowałten błogosławiony 
meczet wielki sułtan i wywyższony chakan, władca królów 
arabskich i perskich Hadżi Girej Chan, syn Gyjas-ed-Dina 
chana, syna Ózdogmaz (7) chana... r. 859 (1454) 12). 
Następnie, rozważając wszechstronnie nader ważną oko- 
liczność zajęcia przez Turków osmańskich Kafy i jej obwodu. 
SMIRNOW prawie całkiem nie wskazuje rozmiarów i granic po- 
siadłości tureckich na półwyspie Krymskim, a przecież dla 
historji Chanatu Krymskiego jest to kwest ja pierwszorzędnej 
wagi. Swe skąpe wiadomości w tych sprawach autor czerpie 
ze znanego zbioru FERiDUN Beja 13). Opanowanie przez Tur- 
ków pewnych miejscowości Krymu, wcale nie wyłączało 
władzy chana krymskiego nad niemi, lecz trudno teraz wy- 
jaśnić bez żadnej wątpliwości, jak te dwie władze dzieliły swą 
kompetencję. - dodaje ten historyk Chanatu Krymskiego 14). 
jako ilustrację, przytacza on następujący fakt nader cha- 
rakterystyczny, zaczerpnięty przezeń z .::J j.. J
\ j J\:-J T 
\ 
);"\;" li): Sahyb Girej Chan, syn Mengli Gireja W), udahc 


12) Myśl Karaimska, t. II, z. III--IV, 64. EWLIjA CZELEBI, t. VII, 
str. 588. 
1
) Op. cit., I, 335. O pracy FERloON Beja (Miin8a'(lt iis-scll"i{11l-), patrz 
mój artykuł: Karaimi w służbie u chanów krymski('h w piśmie Myśl Ku. 
raimskrt, t. II, z. I, 6. Por. jednak ujemną opinję o niej u F. BABINGERA. 
])ie GC8chichtss('hreiber der OSma1łen und ihre 1Verke, Leipzig 1927, 107. 
14) Op. cit., I, 336-387. 
1'» Dzieło SAjjlD MEHMED RYzy, 8i
dm plnnet, wydane staraniem 
A. KAZEMB£KA w Kazaniu 1832, 194. 
16) Panował od r. 1532 do r. 1551.
		

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			172 


H, SERAjA SZAPSZAŁ 


się na wyprawę przeciw Czerkiesom. w drodze zatrzymał 
się w gOSCJnłe, łaskawie uwzględniając prośbę jednego 
ze swych poddanych, w ogrodzie jego, który się znajdował 
niedaleko Kafy. Natenczas stawił się przed chanem tłum raj'ów 
ze skargą na niesprawiedliwość i ucisk. które muszą znosić 
od tureckich żołnierzy i poborców podatków osmańskich. Chan 
zawołał ich do siebie i wybuchnął gniewem. Poborca nie wy- 
trzymał i powiedział chanowi: "Chleb ten dany jest nam przez 
padyszacha, i inni nie powinni się wtrącać". Chan, rozgnie- 
wawszy się jeszcze bardziej. odrzekł: "Przy podbiciu Kafy 
wszystkie ziemie jej poza wystrzałem armatnim z woli pady- 
szacha zostały nadane na własność przodkom naszym za ich 
zasługi. . . " 17). 
A. KRYMSKłj, opierając się również na zasadzie "odległości 
wystrzału armatniego", powiada. że, poza nim, wszystkie zie- 
mie za Kafą już nie są pod zarządem tureckiego beglerbegi, 
lecz pozostają pod władzą chana krymskiego. Jednak uczony 
ten dodaje, że przedstawiciel władzy sułtańskiej mógł natu- 
ralnie rozszerzać swe pełnomocnictwa, daleko poza ich właś- 
ciwy zakres... 18). Tę okoliczność udowadnia też. przytacza- 
jąc wspomniany wyżej incydent pomiędzy Sahyb Girej Chanem 
a tureckim poborcą podatkowym 19). 
Dużo dokładniejsze wyobrażenie o granicach turecko- 
tatarskich na Krymie byliby mieli historycy rosyjscy oczywi- 
ście, gdyby byli posiadali VII tom pracy EWLljA CZELEBI'EGO 20) 
Ten podróżnik turecki, który przemierzył od krańca do krańca 
wszystkie posiadłości tureckie i tatarskie na Krymie, daje nam 
wyczerpujące wiadomości dla ścisłego określenia interesujących 
nas granic. U niego też znajdujemy i odpowiedzi na pytania 
o stosunkach wzajemnych i granicach jurysdykcji tak tatar- 
skiej. jak i tureckiej władzy państwowej na półwyspie Krym- 


li) Op. cit., I, 337. 
18) Hi8torja Turcji. Moskwa, r. 1916, 181. 
]9) Ibidem, 182. 
20) Tutaj należy jednak podkreślić, że P. KOPPEN w swym Zbiorze 
I(rllłnBkim (n. 11. K e fi fi e K "1>, KpblHCKilł C60PKKK"b, Cn6. 1837) chociaż i nie 
czerpał ze źródeł pierwotnych, jednak daje mniej lub wifłoej ścisłe 
wiadomości o granicach posiadłości tureokioh (s. 79).
		

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			ZNACZENłE PODRÓŻY EWLI.JA CZELEBIEGO 


173 


skim. Daje on również ciekawe wiadomości o twierdzach tu- 
reckich, o ich załogach, liczbie dział i t. d. i t. d. 
Posłuchajmy teraz, co mówi EWLljA CZELEBł przy opisie 
Inkermanu (w pobliżu dzisiejszego Sebastopolu) : 

-' J?-, 
-"-' 
5 ". .J
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)
 Jy;- c
\i.J-,1 
)-' 
"Do twierdzy Kafa, do twierdzy Kercz, na wschód i południe -- 
do twierdzy Sudak, do fortecy Tat i do przylądka Anapy, do 
Bałakławy i od tej twierdzy Inkerman do Sary-Kerman, cały 
brzeg morza, góry Czatyrdag i twierdza Mangup - wszystko 
to wchodzi w skład prowincji Kafa i znajduje się we \\ łada- 
niu rodu Osmanów. Chanowie żadnej władzy w górach nie 
mają. Na brzegu morza li-tylko twierdza Gozlewe 21) i prze- 
strzenie stepowe wewnątrz Krymu należą do chanów" ;!;!). 
W ten sposób mniej lub więcej szczegółowo wskazane 
granice posiadłości tureckich dają nam całkiem określone po- 
jęcie o tern, że Turcy zabrali sobie lepsze i bogatsze części 
półwyspu. O tern, że obie posiadłości, t. j. turecka i tatarska, 
na półwyspie były ściśle odgraniczone tak, że każda z nich 
podlegała odrębnej zupełnie władzy, świadczą nader liczne 
przykłady, przytaczane przez EWLljA CZELi:BI'EGO, w liczbie ich 
i fakt, że turecka moneta obiegowa nie miała kursu w obrębie 
- .. - 
tatarskiej części Krymu: .J\i\i c.JA j "C..f:r:- lS"'
 \ 0
 J \ 

 c
W' lol .A" c..\:-c.J T to jest: "moneta osmańska wśród 


21) Obecnie miasto Eupatorja. 

) EWLljA CZELEBł, t. VII, str. 573.
		

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H, SERAjA SZAPSZAŁ 


tatarskiej ludności Krymu nie miała obiegu, jest ona w obiegu 
w Kafie 23)". 
jak poważne znaczenie nadawali Turcy posiadłościom 
swoim na Krymie, widać z tego, że na rządców wilajetu Kaf- 
skiego lub beglerbegilik wyznaczali znakomitych książąt krwi, 
którzy następnie zostawali sułtanami, jak Selim Groźny, Sui ej- 
man Wspaniały i inni 24). Rządcy ci, mając tutaj mennicę 
(istniała, chociaż nie była czynna, za EWLIjA CZELEBI'EGO 25), bili 
monetę dla swych włości, które sięgały, jak wiadomo, do sa- 
mej fortecy Azowu z jednej strony i do północno-zachodniego 
wybrzeża Kaukazu z drugiej. 
Tak bliskie sąsiedztwo Turków z Tatarami na Krymie 
wywoływało stale, aż do czasu zawarcia umowy pokojowej 
w Kuczuk-Kajnardżi, t. j. do r. 1774, szereg nieporozumień, 
kolizyj i nawet starć zbrojnych. Do tego dochodziła, oprócz 
intryg namiestników tureckich na Krymie, i swoista "polityka" 
Stambułu w stosunku do chanów. Częsta zmiana tych ostatnich 
jak również dwukrotne i trzykrotne nieraz zjawianie się ich 
na tronie, są dostatecznym tego dowodem 21;). Niezawsze, ma 
się rozumieć, przechodził gładko sam fakt detronizacji chanów. 
EWLIjA CZELEBł właśnie był świadkiem obalenia przez Portę Mu- 
hammed Girej Chana. Z opowiadań jego widzimy, z jak 
otwartą złością i siłą objawiał się gniew Tatarów przeciwko 
nienawistnej im feruIe Turków-Osmanów. 
Gdy otrzymano pismo Wielkiego Wezyra Kópriilii Zade 
Fadył Ahmed Paszy z powiadomieniem o tern, że sułtan 
rozkazał usunąć chana i wyniósł na tron Czoban (Adil) Girej 
Chana, wyznaczając mu na "kałgę" Krym Girej Sułtana, to 
chociaż nieznaczna część wojska, składająca się z "kapukułłary". 
potraktowała to obojętnie, karaczowie, badrakłowie, nohajowie, 
a w szczególności bejowie Szyryńscy i Mansurscy wzburzyli 


23) Ibid" 604. 
24) Ibid. 668, 673. 
25) Ibid. 673. 
26) Współcześni nam historycy tureccy krytykują nader ostro bez- 
sensowne postępowanie sułtanów i Porty w stosunku do chanów krym- 
skich. Patrz wstęp Prof. NEDŻYB ASYM Beja do 'Umdet iit-tewiiri!1. Konstan- 
tynopol 1343. 3. Również Dr. RIZA NUR Bej, T1"irk Tarichi, Konstantyno- 
pol 1925, t. V, 59.
		

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			ZNACZENIE PODRÓŻY EWLIJA CZELEBIEGO 


175 


się gwałtownie, zakipieli i rozgniewali się za wielką krzywdę, 
wyrządzoną ich sędziwemu chanowi. "Niech chan oblegnie 
Kafę", mówili jedni. - "Nie wpuścić przez Perekop kałgę 
Krym Gireja i wezyra Islam Agę", mówili inni. "Będziemy 
walczyli z Osmanami, pójdziemy na Adrjanopoi i Saloniki, 
zabijając i niszcząc na swej drodze wszystkich i wszystko" ,- 
mówili jeszcze inni. Wszystkich opanowała straszna wściekłość, 
oburzenie i wszyscy krzyczeli: "Idziemy na Turcję, idziemy 
na Turcję"! Sprawa doszła do tego, że sam Muhammed Gi- 
rej, który wcale nie miał zamiaru przeciwstawić się rozkazowi 
sułtana, nie miał odwagi wypowiedzieć tego otwarcie przed 
swymi poddanymi. Po długim namyśle zmuszony był udać, że 
idzie na Turków, na Kafę, i z tern wyruszył z Bachczyseraju. 
Wyjeżdżając ze swej stolicy, naprzeciwko bramy miejskiej - 
przy Daragaczu, zsiadł z konia i, uklęknąwszy dwukrotnie na 
namazie, zawołał: "Boże, Władco Wszechmocny! Odłącz od 
duszy tych, którzy odłączyli mię od korony i tronu mojego 
w podeszłych latach moich - Czarnego \VJ ezyra, Kaimakama, 
defterdara Husejn Paszę i Kapudżi Paszę Chalii Agę! Niech 
Kopriilii Ogłu, nie nasyciwszy się młodością, skończy dni 
swoje, kładąc głowę na pniu przed sądem Padyszacha"! 27). 
Odmówiwszy potem fatychę 28), wsiadł na koń i ruszył w drogę. 
Karaczowie i badrakłowie nie mówili o niczem innem, jak 
tylko o oczekującej ich bitwie z Osmanami. Chan dla zamy- 
dlenia oczu zakomunikował, że wyśle ludzi dla odcięcia wody, 
pojącej Kafę, a sam pójdzie pod "Ak-kaja" na naradę 29). Po 
przybyciu do Ak-Mesdżid wyprawił stamtąd 40-ech sułtanów 
(książąt tatarskich) do Bałakławy, aby wsiadłszy na statki, 
(naturalnie potajemnie) odpłynęli na "Próg Szczęścia", t. j. do 
Porty 30), sam zaś na czele wojska ruszył do Starego Krymu, 
stamtąd - do wsi Kulecz, niedaleko Kafy. Tutaj stosując różne 


27) Ibid. t. VII, 695. 
:!8) Modlitwa, składająca się z początkowego krótkiego rozdziału 
Koranu. 
:!fI) Skała przy m. Karasubazar, pod którą zwykli się byli zbierać 
bejowie i karaczowie na narady przed wojną lub przed przewrotami 
w Chanacie. 
BO) EWLIJA CZELEBł, str. 696.
		

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			176 


H. SERAJA SZAPSZAł. 


manewry i wywiady, niby to w celu oblężenia Katy 81), nieocze- 
kiwanie, w nocy, na czele nieznacznego oddziału, szybko ru- 
szył w kierunku Kerczy , dokąd dotarł po 9-godzinnej jeździe. 
Tutaj siadł na przygotowane statki wraz ze swym konwojem. 
Przybyłe wojsko tatarskie, widząc, jak chan odpłynął na prze- 
ciwległy brzeg cieśniny morskiej, w kierunku Tamanu, zanie- 
pokoiło się i krzyczało: "Chan, okazuje się, nie oddzielił się 
od Porty i uszedł z rąk naszych"! Chan zaś, wydostawszy 
się z pośród zbuntowanego wojska, rozlokował się na Tamanie. 
W ten sposób EWLljA CZELEBI, jako świadek naoczny opi- 
suje wydarzenia, które nastąpiły po otrzymaniu urzędowego 
zawiadomienia o detronizacji chana, nie chcącego wystąpić 
przeciwko suwerennej władzy sułtana, lecz jednocześnie nie 
decydującego się jechać do Turcji z obawy przed intrygami 
swego nieprzejednanego wroga - Wielkiego Wezyra, K6priilii 
Zade. SMIRNOW zaś wyjaśnia wydarzenia zupełnie inaczej. W Porcie 
obawiano się, powiada on, że Muchammed Girej stawi opór, 
i dlatego rozkazano ruszyć wojskom sandżaków sremskiego 
i semendryjskiego, a również słano bejlerbejów rumelijskiego 
i ocz akowskiego z ich wojskami. L e c z o b a w y t e b y ł y 
n i e p o t r z e b n e i p r z e d s i ę w z i ę t e ś r o d k i o s t r o ż- 
n o ś c i - z b y t e c z n e. Muchammed Girej Chan wcale nie 
cieszył się tbką miłością i oddaniem swych poddanych, aby zna- 
leźć w nich pewne oparcie w chwili krytycznej 32). 
Naturalnie, jeśliby autor Chanatu Krymskiego zaznajomił 
się z opowiadaniem naocznego świadka wydarzeń, EWLlJA 
CZELEBI'EGO, który razem z Muchammed Girejem przeszedł na 
brzeg kaukaski i udał się z nim dalej do Dagestanu, to nie wy- 
stawiłby detronizowanego chana w świetle tak niepochlebnem. 
Sami Turcy, oczywiście, lepiej się znali na sprawie, będąc 
pewni popularności tego chana. Nie wiedząc jednak, jak zarea- 
guje chan na swą dymisję, ruszyli swe liczne wojska na po- 
moc nowemu chanowi. O b a w y b y ły n i e p o t r z e b n e 
i przedsięwzięte środki ostrożności zbyteczne 
li-tylko na skutek lojalności Muhammed Gireja Chana w sto- 
sunku do sułtana. 


31) Ibidem, 698. 
32) Op. cit., I, str. 575.
		

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			ZNACZENIE PODRÓŻY EWLIJA CZELEBlEGO 


177 


Chan ten, jak nam wiadomo z innych źródeł, zmarł po 
dziewięcioletniej tułaczce po Dagestanie w r. 1085 (r. 1674) 
w wieku lat 80 33 ). Zwłoki jego przewiózł potem syn jego, 
Dżanibek Girej Chan, który panował na Krymie, i pochował 
w Bachczysaraju obok prochów dziada jego - Dewlet 
Girej Chana 34). 
Pozostawiamy całkiem na uboczu bardzo ciekawe opisy 
przybycia do Bachczysaraju nowego chana, Czoban Gireja, 
niesłychanych w historji Krymu przez swą odwagę wystąpień 
jego przeciwko lennym bejom szyryńskim i ostatecznego 
uśmierzenia tych pierwszorzędnych wasalów - karaczy, bę- 
dących w pokrewieństwie z Girejami. \VJ ażne te dla owego 
czasu wypadki, szczegółowo opisane przez EWLlJA CZELEBI'EGO 
SMIRNOW całkiem pominął. 
Również jestem zmuszony opuścić opis zwycięskiej wy- 
prawy Tatarów w r. 1660 na Rosjan, gdy to oddał się im do 
niewoli naczelny dowódca wojsk moskiewskich, znakomity 
wojewoda, bojar Bazyli, syn Borysa, Szeremietiew, o czem 
też wcale nie wspomina SMlRNOW. 
Wspomnę jeszcze, że EWLlJA CZELEBI przytacza ciekawy 
opis narodów, które wchodziły w skład Chanatu Krymskiego, 
podaje dużo wiadomości o trybie życia Tatarów, ich zwycza- 
jach wojennych i pokojowych, przytacza wiele danych staty- 
stycznych o liczbie ludności, liczbie jeńców, rynkach niewol- 
ników, o wszystkich klasach ludności, o sędziach i ich jurys- 
dykcji i t. d., co się też zupełnie nie odbiło w dziele 
Smirnowa. Należy podkreślić, że obserwując ludność, byt 
i religję obcoplemieńców, EWLIJA CZELEBI prowadził nawet 
notatki filologiczne, dotyczące dialektów lokalnych. Poważne 
'Zainteresowanie wzbudza sporządzony przez niego opis wojska 
tatarskiego, jego urządzenia, uzbrojenia, organizacji wojskowej 
i składu dowództwa oraz samego sposobu prowadzenia wojen. 
Wylicza on zalety i braki tatarskiej siły zbrojnej w zestawie- 
niu z nieprzyjacielską. Tłumaczenie wszystkiego, co przytaczam, 
z oryg-inału tureckiego na jeden z języków europejskich wy- 


BB) CHALIM GIREJ Sułtan, Giilbiin-i-lj(ln(in, Stambuł, r. 1327, str. 97. 
U SMIRNOWA, op. cit., I, s. 577. 
54) Ibidem. 


ROCZllik Orjelltalistyczny, vrl 


12
		

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			178 


H. SERAjA SZAPSZAŁ 


pełniłoby znacznie istniejącą lukę u autorów europejskich. Na- 
leży zanotować, że niektóre szczegóły opisu Krymu, sposobu 
źycia jego mieszkańców, wojska i organizacji przez EWLljA 
CZELEBI'EGO zgadzają się w zupełności z takiemiż opisami innego 
świadka naocznego, który również odbywał wyprawę z jednym 
z chanów - barona de TOTT'A, chociaż różnica chronologiczna 
pomiędzy temi opisami wynosi 100 lat! 3;:;). 
Uważam za niezbędne wspomnieć, że tylko EWLljA CZELEBI 
daje nam wyjaśnienie niezrozumiałego określenia besz-basz, 
tak często używanego w jarłykach chanów krymskich, poczy- 
nając od dość starych, chociażby naprzykład od jarłyka Gaz i 
Girej Chana do króla polskiego Zygmunta z r. 1000 (r. 1591) 36). 
Chanowie w stosunkach z Polską i Moskwą starają się przed- 
stawiać napady względnie niedużych oddziałów tatarskich na 
posiadłości sąsiadów podczas swych rozmów ustnych z po. 
słami lub w korespondencji z carami i królami, jako napady 
samowolne oddzielnych osób 

 J.: besz-basz, t. j. 'pię- 
ciu głów', 'pięciu ludzi'.. . 
W rzeczywistości zaś ciągłe napady Tatarów na posia- 
dłości państw sąsiednich stanowiły znaczną część ich docho- 
dów państwowych. Napadali oni kolejno, na zmianę, to na 
Polskę, to na Moskwę, to na Kozaków, to szli na Kałmuków 
i t. d., zabierając zewsząd jeńców, stada bydła i wszelkie 
inne bogactwa. 
U EWLIjA CZELEBI'EGO znajdujemy takie objaśnienie wyra- 
żenia besz-basz: .;: oJ.JJ 4l.o
1 ci:-->t.J I 

 ) p"
..;- o).y. \.ol 
) J'..
 

 
 
.y. )4.-5 .J.y. 
 ..J. o

'J t. j. "Lecz to 
nie nazywa się napadem, jeśli w ilości 10.000 ludzi raz na 
miesiąc lub raz na tydzień idą na czapaul (napad), to się na- 
zywa: besz-basz". 
Lub też: o j,/ 
.;: o
 ..J.::. \.o j;- c.$'; o ) 

 ).J I 
 };.;: 4.\: 1 
 
 ci: E.J\ 
\ 


1SJ'j:- 

 

 ) -"

 


S5) .Memoires du Buron de Tott SUi' les Turcs et les Turtures, Amster- 
dam 1785 (tom II jest poświęcony Krymowi). 
86) Matiriuux pOW' servir it l'histoire du KhanlIt de Cdme'e, publles par 
V. VELIAMINOV-ZERNOFF, Petersbourg 1864, p. 16 etc.
		

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			ZNACZENIE PODRÓŻY EWLlJA CZELEBIEGO 


179 


).J.;[ C
 U:! t. j. "innych karadżów jakikolwiek wybitny 3,) 
murza, ..tając na czele 2-3000 junaków-bohaterów, którzy 
się zebrali razem, idzie na besz-basz". Widać z tego, że besz- 
basz uchodzi za rodzaj przemysłu, zjawisko zwykłe, bez bez- 
pośredniego udziału rządu tatarskiego, nic wspólnego nie 
mające z wojną lub wyprawą oficjalną. 
Należy tu podkreślić, że, chociaż chanowie krymscy, być 
może, nie byli zainteresowani bezpośrednio w wynikach besz- 
basz, to jednak z owoców wojen, wypraw i większych cza- 
pułów, brali dla siebie część zdobyczy w pieniądzach lub 
nnturze. Danina, płacona w ten sposób chanom, nazywała się 
w języku tatarskim sauga. EWLlJA CZELEBI podaje również cie- 
kawe wiadomości o tej saudze... 38). 
Zdznaczymy wreszcie, że w tomie VIII Podróży EWLlJA 
'CZELEBI'EGO, który świeżo się ukazał, na str. 2-56 podane są 
dodatkowe wiadomości o Krymie, a mianowicie o panowaniu 
Adil (Czoban) Gireja. 
Już tego, co przytoczyliśmy wyżej, wystarczy, aby prze- 
konać, że nie próżno zmarły SMIRNOW tak długo oczekiwał 
ukazania się nowych tomów, gdzie, jak widzieliśmy, dla hi- 
storyka Krymu odkrywają się nie napoczęte skarby. 
Uważam za swój obowiązek nadmienić, że tureckie towa- 
rzystwo historyczne (Tiirk Tarich Endżumeni) w ciągu szeregu 
lat drukowało, jako dodatek do swego organu (Medżmua), 
opatrzone oddzielną paginacją dzieło uczonego krymskiego 
HADŻI ABDUL-GAFFAR Efendi o dziejach Krymu, które w 1343 
.(r. 1924) wyszło w świat w oddzielnej okładce. Dzieło to, no- 
szące tytuł t.)yJI ó
, zostało napisane przez autora 
w czasie panowania chana Selim Gireja, syna Kapłan Girej 
Chana, w r. 1157 (r. 1744). 
Chociaż dzieło to zawiera w sobie wiele ciekawego 
i cennego materjału, jednak dotychczas nie ściągnęło na się 
uwagi orjentalistów, co, być może, da się wytłumaczyć przez 
obecny brak uczonych specjalistów, interesujących się histo- 


87) Ibid. 533. 
8
) Ibid. 543 i 11. 


12
		

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			180 


H. SERAJA SZAPSZAŁ 


rycznemi losami Krymu. W każdym razie ukazanie się jego 
w związku z wydaniem VII i VIII tomów dzieł EWLIJA CZELEBI'EGO 
nietylko daje możność, ale nawet wymaga przejrzenia Chanatu 
Krymskiego SMIRNOWA, które to dzieło nic w całości swej nie 
traci ze znaczenia i powagi naukowej, jednak w pewnych 
częściach obecnie winno być również uważane, r;odług naszego 
pojęcia, za przestarzałe do pewnego stopnia. 


Ewliya Tchelebi, sur le Khanat de Crimee. 
(Resume). 
L'eminent voyageuf turc (1611, jusqu'apres 1678), EwIiya 
CeIebi, parcourut en 1665 la peninsule de Crimee; il nous 
a laisse, dans la description de son voyage, d'interessantes 
informations sur les rapports qui existaient ił. cette epoque 
dans le Khanat de Crimee. Ces informations n'ont pas encore 
pu etre utilisees par les savants, n'ayant ete pubIiees que de 
nos jours ił Constantinople, dans le tome VIIe de la description 
de son voyage, paru en 1928, et partiellement dans le tome 
VIIIe, en 1930. L'auteur en passe en revue les donnees les. 
plus importantes, demontrant la haute portee qu'elles possedent 
pour I'etude dll passe cłu Khanat de Crimee. 
Wilno, 22 maja 1931 r. 


, .
		

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			ANANJASZ ZAJĄCZKOWSKI 
Przekłady Trenów Jeremjasza 
w narzeczu trocko-karaimskiem. 


jak już stwierdził prof. Tadeusz KOWALSKI, piśmiennictwo 
karaimskie nie posiada jednolitego k a n o n i c z n e g o prze- 
kładu Biblji, istnieje natomiast spora ilość róż n y c h tłuma- 
czeń poszczególnych ksiąg Starego Testamentu 1). Coprawda, 
przeważna część uczonych, a zarazem tłumaczy karaimskich. 
zadowala się drobnemi tylko zmianami w przekładach swoich 
poprzedników, lecz spotkać można także zupełnie oryginalne 
tłumaczenia, różniące się w sposób zasadniczy od innych. 
Dotychczas mamy dopiero jedno jedyne wydanie tekstu 
zachodnio - karaimskiego z podaniem warjantów - mam na 
myśli przekład joba w edycji RADŁOWA. Lecz, jak wykazał 
prof. KOWALSKI, sam tekst tej księgi (coprawda nie cały, lecz 
tylko do połowy 40. rozdziału) jest pisany w narzeczu trocko- 
karaimskiem (północno-zachodniem), zaś warjanty pochodzą 
z jakiegoś rękopisu łucko- halickiego (w narzeczu południowo- 
zachodniem) 2). jeśli dodamy, że wydanie to jest pozbawione 
jakiegokolwiek wstępu, z któregobyśmy mogli dowiedzieć się, 
z ilu i z jakich rękopisów czerpał RADŁOW swój tekst i war- 
janty, pokaże się, że nie zadowala ono wymagań filolo- 
gicznych. 
Zadaniem mnIejszego artykułu jest krytyczne wydanie 
przekładu trocko-karaimskiego Trenów jeremjasza na podsta- 


I) I'rw. TADEUSZ KOWALSKI, Teksty karaimskie fl" narzeczu trockiem 

Prace Komisji Orjentalistycznej Polskiej Akademji Umiejętności, Nr. H), 
Kraków 1929, 
tr. XX, 283. 
2) Prw. ibidem, str. 2R4.
		

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			182 


ANAN]ASZ ZA]ĄCZKOWSKł 


wie czterech różnych rękopisów w temże narzeczu. Wybór 
Trenów został podyktowany tą okolicznością, że jest to bo- 
dajże jedyna z m n i e j s z y c h ksiąg Starego Testamentu, 
zachowana w kilku redakcjach. 
Po tych uwagach wstępnych przechodzę do opisl! 
i"ękopisów. 
1. Za podstawowy tekst obrałem n a j s t a r s z y z czte- 
rech dostępnych mi przekładów. Mieści on się w dużym zbio- 
rze najróżnorodniejszych pesat'ów. Rękopis pisany jest na 
dosyć grubym, pożółkłym papierze i liczy 337 kart, numero- 
wanych literami hebrajskiemi (T,tt'), po 23 wierszy na stronie, 
o wymiarze 10 1 /2 X 17 cm., oprawny w skórę. Tłumaczenie 
Trenów znajduje się wśród innych utworów religijnych, o tre- 
ści żałobnej, recytowanych w czasie popołudniowych nabo- 
żeństw, tzw. t'usk'u 3 ). Przekład tych utworów mieści się w na- 
szym zbiorze na str. 258' (n':i) - 280' (::Ji) , poszczególne zaś 
rozdziały Trenów: I na str. 263 v - 265" II - 267 v - 269',. 
II1-. 271 v - 273 v , IV - 277' - 278 v , V - 279' - 280'. 
Na końcu przekładu, na str. 280', znajduje się notatka 
w języku hebrajskim: 
OJin

 i'31

 P!)? n,A mtt'.::l Oi1)D tt'''in' II
 311.::l
" IJ 01' 
jl
 tt'
31" 6) ?:£T 5) ")31,.,' o
n,., om'
 ,.,m

 

.::l4) 

'i '''''31tt'' 
j':m!) 7) i'31.::l 


a, t'ul;l.ł
t jest to pierwotnie n o m e n r e l a t i v u m od t'u.f 'po- 
łudnie' i znaczy 'popołudniowy' (jak k'uź-g'u 'jesienny' od k'uf 'jesień'.. 
huruII-Tu 'pierwszy' od burun 'naprzód' i t. d.). Pierwotnie wyrazu tego 
używano prawdopodobnie w połączeniu z t'eli/Jła: t'uBk'u t'efinla 'popo- 
łudniowe nabożeństwo', d:t.iś samo t'u.,k'u odczuwa się jako rzeczownik, 
prw. zwrot: ha'rabyz t'uSk'ug'a 'idziemy na nabożeństwo popołudniowe'.. 
Prw. też A. ZA]ĄCZKOWSKI, Sufilosy imienne i czasou'nikmce te Języku za- 
chodnio-kal"Gi-mskim (Kraków 1932), str. 34. 
Nabożeństwa te odbywają się u Karaimów podczas czterech wzgI. 
pięciu sobót od 9 Tammuza do 10 A va. Tekst hebrajski znajduje się 
w modlitewniku (Siddur), wyd. SZYSZMANA, cz. I. str. 107-121. 
4) Skrót = 
:H
 \]',
 p. 
5) Skrót = ;"1:Ji:l' p.,
 i:JT . 
6) Rozwiązanie skrótu tej eulogji podał B. MUNKACSI, Kariiisclt-ta- 
turisdte Ryml/en aus Polen (Keleti Sze11l1e, X, str. 186). 
7) Gdzieindziej występuje poprawniejsza forma: !'
?;e (str. 329 v 
u dołu). .
		

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			PRZEKŁADY TRENÓW jEREMJASZA 


183 


"Trzeciego dnia tygodnia (= we wtorek), pierwszego (dnia) 
miesiąca Menazem
) roku 608 małej liczby 9) (= 1848 
po Chr.). Biedny (= ja) tłumacz: lesaia'(u ROE (= Izajasz 
ROJECKI) 10), syn mego pana, mego ojca, czćigodnego starszego 
hazzana, ribbi Pinazas'a, mądrego i pokornego (człowieka), 
oby pamięć sprawiedliwego była błogosławiona i oby za- 
znał spokoju w miejscu przebywania. (Napisano) w mieście 
Pompiany" 11). 
Ponadto tłumacz podaje o sobie, że urodził się w Upicie I2 ), 
w r. (5)568 (= 1808). Prw. str. 5 v u dołu, w winietce: 
.nl/op;, m
'::l i1
':m
 ,Ji1 ;",,
 "31' . . . 
Na końcu zaś całego zbioru, na str. 337 v, wymienia jako datę 
ukończenia rękopisu r. (5)611 (
";i = 1851 po Chr.) oraz 
miejsce ówczesnego zamieszkania: zajazd Lihłówki pod 
Nowem Miastem 13). .(i1
tl/"'in '"'31' ::l"P 'P::l1'J', Q'n'1N j1'
::l i1
) 
W szystkie tu wymienione miejscowości 14) znajdują się 
dziś na terytorium Litwy kowieńskiej i leżą w powiecie po- 
niewieskim, niedaleko od Poniewieża 15). Tłumacz zatem z na- 
tury rzeczy pisał swój rękopis w narzeczu poniewiesko - kara- 
imskiem. To ostatnie jednak, jak już wykazał RADŁOW, zupeł- 
nie nie różni się od narzecza trocko-karaimskiego. 
P i s m o hebrajskie rękopisu jest bardzo ładne i starannie 
wokalizowane. Właściwości ortografji, zasługujące na wzmiankę, 
są następujące: 


8) .}fenoxem, po kar. uvutuvcu 'pocieszycie!', jest nazwą opisową na 
oznaczenie miesiąca Av (lipiec-sierpień). 

? t. j. z opuszczeniem tysięcy, a więc 5608 od stworzenia świata. 
l0) Na str. 330v u dołu w winietce, obok imienia i nazwiska po 
hebrajsku, tłumacz umieścił także po polsku łacińskiemi literami: 
Izaiah ROIECKI. Ród Roe lub Rae ('widzący') czyli Rojeckich z Ponie- 
wieża wydał szereg znanych uczonych karaimskich. 
11) W obecnej pisowni litewskiej: Pumpenai. 
]2) Obecnie: Upyte. 
IE) Obecnie: Naujamiestis. 
14) Wszystkie te miejscowości miały niegdyś g m i n y karaimskie. 
15) Obecnie po litewsku: Panevezys.
		

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			184 


ANANJASZ ZĄJĄCZKOWSKI 


1) C 
, np. :¥'
 ńeCżk, '¥



O sukłancy, lecz czasem 
i
 (na wzór polskiego cz): 'i




o (str. 264 T w. 1). 
2) 3 fi np. ii
 Jan, t:
f
 3yrnai, '7

ił
1N o/ja/andy. 
3) "( (tylnojęzykowy spirant dźwięczny) = ; (z kreską u góry), 
np. PJ

 a'(araz. 't;tp
'
';i2 kai'(yrlly, lub też niekiedy 
- .:1 (bez kreski): 

¥''?

 a'(ały 'ka, 't;ę
'

'j2 (str. 264 
w. 3 od dołu). W wyrazach zapożyczonych '( = 
 : 


,

, sa"(ar. 
TT 


4) Z (bezdźwięczna odmiana poprzedn:) w nagłosie = n. 
np. P'
?tr zan/gz, zaś w w y gł o s i e .= p (zawsze bez 
kreski) p

 kabaz, i'PR; bazkyn. Wyjątek: i
t:i"i1' 
ioziur. 
S) i = ", np. 
.
' las, 
9
'.' i.g/arna, i'
R kyiyn, lub " tylko 
w nagłosie przed 1: 






, jllbaiuvcll. 
: T 
6) b - 
 (bez kreski), 
'
1
 bołdu. 
7) v = i o ile poprzedza tę literę 1, np. 

S
t:
5
N UVUillVCll 
(bardzo rzadko bez kreski: "

'

'O śuvarlar, str. 263 v ), 
w innych wypadkach v = '1, np. i
':'

'p kora/avcll. 
8) p 
 (bez kreski), np. !:1: k'op. 
9) f 
 (z kreską), np. "":'t fikir. 
10) Palatalizację spółgłosek z a z n a c z a SIę zapomocą , po 
znaku spółgłoskowym: N'

'
1:1'?;' b'erivc'uga, "
't;

: 
[ellilar. 
Początek w oryginalnem piśmie przedstawia się nastę- 
pUJąco: 

1': i '
 . C'r:;
'1-' '-
... -
... 
1N t',"'I "'0;;" 
'-'

1N -'
" 
.II T 
 liT 
 
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 i

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rr91' ,:
		

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			PRZEKŁADY TRENÓW JEREMJASZA 


185 


'1

t; 



R'

1J 
i

t:
'
 .,,
 it;R1'
1P t,.:
 iV':R 
11
: 
"
'j"J"'N ;"0';' "
N 'j
 i"'t:t:" 'i,

:h
1" ,
 ;"'
:'t: 
T : - : I. I. . .. -.:.. . - : I - I .:: . 
Powyższy rękopis znajduje się obecnie w posiadaniu p. 
jakóba Poziemskiego, zakrystjana kienesy karaimskiej w Wilnie. 
2. Drugi przekład Trenów, którego warjanty podaję 
w przypisach, oznaczonych znakiem B 1(j), jest wyjęty z ręko- 
piśmiennego "bakalarza" czyli zbioru tłumaczeń poszczególnych 
zwrotów i wersetów Pisma Świętego. Rękopis, mający 354 
kart, oznaczonych literami hebrajskiemi ("J
') + 3 karty nad- 
liczbowe, po 25 wierszy na stronie, o wymiarze 10 1 /2 X 16 1 /2 
cm., oprawny w półskórek. Na str. 301 r (N
') - 308 r (M
') 
znajduje się prawie całkowite tłumaczenie Trenów, opatrzone 
hebrajskim tytułem: 
:.
. Brakuje kiiku najłatwiejszych wer- 
setów: rozdz. III: 6, 27, 40, 46, 52, 55, 58; rozdz. V: 15, 16. 
Rękopis ten jest o 12 lat młodszy od poprzedniego, cały 
bowiem "bakalarz" ułożono w r. 1860, o czem świadczy napis 
hebrajski na drugiej kartce nadliczbowej przed tekstem: 
"pt, '
p., '-
, '; c,. 
'r.:
 .,. 1"I:N'

 i"p::
 
i ,jj,n"1"I:"i '
1"1' 
'Cil1"l 
,
 C'.,Jt:. qHir.:) t:i
" 'i " lVi"
 '''1'i: 1'iJ
' 'N ,;
 ',: 
',. N
1'i 1"I..:...to;; :"iN'''
' " c,' 
p1'iV
 
r.:,
'
' C''''
'J
 i"Jr.:, 
""' n .... (i '
-'-' ) ]" ' ."""" ......0;; '
".. ... ' ....0;; 0;;"'- n .... '"; , 0;;'" ' , ...0;; 


.J\. II 1.1 I ....
 ..I_
". .... II ... . -'II 
..I'-' . .to" II. 
· NJ"" V"J'
';1 '''z,'' 'p
it: ,'z,' '''j
 
"Zaczęto ten bakalarz pracą moich rąk istotnie dnia 
trzeciego (= we wtorek) po parasa "waiiaqhel" i "paqude" 1
), 
(dnia) 26 Adara l-go roku 620 od stworzenia świata, 7 marca 
roku 1860 ery chrześcijańskiej; zakończono przekład w dniu 
szóstym stworzenia ( w piątek) po parasa "tece" HI), 14 Elula 
roku wspomnianego od stworzenia świata, 19 sierpnia roku 
wymienionego. Miasto Troki, gubernji wileńskiej". 


16) B v oznacza warjanty tegoż rękopisu; "bakalarz" bowiem po- 
daje niekiedy dwa tłumaczenia do wyboru. łącząc je spójnikiem he- 
brajskim (1
) 'albo'. 
17) Tłumacz, podając polskie nazwy miesięcy obok rosyjskich, po- 
mylił s i e r p i e fI z grudniem. 
]
) 22-ga i 23-cia część Pięcioksięgu (ostatnie sześć rozdziałów 
F,xodus), recytowane podczas nabo7.eństwa sobotniego. 
19) 49-ta część Pięcioksięgu (Deuteron. 21, 10 - 25).
		

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			186 


ANANJASZ ZAJĄCZKOWSKI 


Na tejże karcie znajduje się nazwisko tłumacza: 


.-..,.-......ro; "lU T i ....-... --.....- ...
 ......
 


JI 
I.
..
:... +++ 6 1)l11.
 J 1111__ _
" .11.'" 


j
 'i:"jro; i1ii
 .

 


"Ja, kawaler Levis, syn mego pana, mego ojca czcigo- 
dnego, starszego hazzana ribbi AZl'ezer'a iO), oby pamięć jego 
była błogosławiona, Ławl"zecki '21)". 
p i s m o hebrajskie tego przekładu, dokonanego w Tro- 
kach, jest bardzo staranne, wyraźne, lecz n i ewo k a l i z o w a- 
n e (z wyjątkiem kilku wyrazów trudniejszych). Co do orto- 
grafji, to jest ona w porównaniu z poprzednim rękopisem 
prawie identyczna. Należy tylko zauważyć, że: 
1).3 T
 (jak polskie di), np. ji'; .3an; 2) c = 
 (zawsze); 
3)"( ; lub bardzo rzadko 3 (z kreską) np. :1;"'7;" varda"(a. 
Początek w oryginalnem piśmie (po tekście hebrajskim): 


· '''m':lu.t tj': '-'N 'c"j' 'i:1'i:' ,,
 
"j' T';"" ''''7-'t:'iN :.
..) 
. _ 1 """-'" ...ro;""I'C;:' M ........ , ro;<;.... ."".,""1 -...... j ""'''''I ro; , .", " ro;... ....,.. 
I J .' I"" I.I.....)J I n .. I"" '-' I.... _ -- _ ...1........ .1_ _ 
 J. 
. , .. " .-... !"\"".. ....ro; , .. _ I '" ..ro;... ...."":...."1......""1... .-.... ......... 
...:ii I __ 1...... I.. __ I .J..ł,. I I I I . .J ,_ _ I.", I I 
 . 
Rękopis "bakalarza" znajduje się w posiadaniu autora 
niniejszego artykułu. 
3. Trzeci pod względem wieku przekład Trenów, uwzględ- 
niony tu w warjantach (= T), wchodzi również jak i tekst 
podstawowy w skład tłumaczenia nabożeństwa popołudnio- 
wego t'usk'u. Rękopis na zwyczajnym cienkim żółtawym pa- 
pierze jest pisany fioletowym atramentem i liczy 30 kart 
(stronic numerowanych 60), po 22 - 24 wierszy na stronie. 
o wymiarze 15X21 1 /2 cm. Rękopis nieoprawny, składa się 
z dwóch osobnych zeszytów (20 kart + 10 kart). Przekład 
Trenów mieści się: rozdz. I na str. 8-10, II - str. 12-14. 
III - str. 17-19, IV - str. 22-24, V - str. 24-25. 
Rękopis nosi tytuł hebrajski: 
m
;"1 1'1jj1
'i:"'i:' 1'1i')'p O';'irl i' :'in 
"Oto ci tłumaczenie pieśni żałobnych na soboty Tammuz'a", 
Pozatem brak jakichkolwiek danych. Nazwisko kopisty oraz 



() Tłumacz przytacza także dalszą genealogję: ... ben Iczak ben 
Iaakov ben l\lurliexai. 

1) Na tejże kartce u dołu znajduje się podpis \V języku rosyjskim.
		

/195.djvu

			PRZEKŁADY TRENÓW JEREMJASZA 


187 


data są nieznane. Jednak z całego wyglądu rttkopisu należy 
sądzić, że może mieć najwyżej lat 30, czyli, że pochodzi z po- 
czątku naszego stulecia. Kopistą był prawdopodobnie jakiś 
starszy uczeń, - pismo bowiem jest niewprawne z dość licz- 
nemi błędami, prw. 1, var. T 29: i
1
(
P zamiast i
1
(1
. 
Kilka miejsc (2, 3-4 czttściowo, 3, 20--21) opuścił ko- 
pista przy przepisywaniu, przez nieuwagtt. Ortograf ja iden- 
tyczna z poprzednio omówioną z tą róźnicą, że Z = 1"i 
(zawsze). 
Początek przedstawia sitt nastttPlljąco: 


t1": r
 e"
;'1i; "':i::r;' -::r;. ,1N t":R. T"

'; 1il1

1N :"¥":1 


Ni2
'?

 
j7

'

1J ..,.
 n
::r
 


-1II1iIIIII"- 
--:-"':'" 


'1
 


1'
1
 


1'9 1 '1N 


: 
'
1';;
1-'
 ne" 
li'1
 Nii'
"'" 
- 
 .. -. : -:-:T-- 


Powyższy rttkopis znajduje sitt w posiadaniu p. Józefa 
Zajączkowskiego w Trokach. 
4. Najmłodszym z uwzglttdnionych tu rttkopisów jest 
przekład Trenów, dokonany w r. 1929 przez hazzana karaim- 
skiego w Wilnie Józefa ŁOBANOSA (= Ł) 22). 
Właściwości ortograficzne: 
1) .3 = 'J (jak transkrypcyjne g-) np. 'i

'
;iN o/.3a/ and y; 
2) r = 5 (zawsze z kreską) w rodzimych wyrazach: np. T'
'{: 
iałjyz; 
3) Z = r; (zawsze z kreską) w wygłosie oraz n a g ł o s i e: np. 
;,,"S X anł yz ' 
1-- . :'1- .' 
4) nieodróżnianie niepalatalnego p k (q) od palatalnego: k', np. 
p'¥'
 n'ecik, P"
'::;: kibik, '¥


10 suklancy; 
5) odróżnianie niepalatalnych spółgłosek przed samogłoską a 
zapomocą N: 
N

'!N
N
RNt;

 bulazłanadyr/ar, lecz 
'}

T
 n'ers'alari. 
Początek w oryginalnem piśmie: 


2'2) L v oznacza warjanty tegoż tłumaczenia p. ŁOBANOSA.
		

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			188 


ANANJASZ ZAJĄCZKOWSKI 


i'9
'
N t1
: 
7

 '
';R. -::!:;' ,1N i 

R. t.
;: ii
it:;1
 i":;'
 
N



:

l N
'''
 
;:'C..N '
R'


 i';,iN p'
':;: rt;j2 ,it: ii';1
 
: 

i
1'}''; i'
: i'
1
 
Pod względem j ę z y k o w y m przekład Ł różni się nieraz 
od poprzednich - powiedziałbym - zbytnią czystością. Tłu- 
macz usiłuje zastąpić wszytkie zapożyczenia hebrajskie i sło- 
wiańskie 23 ) wyrażami rdzennie karaimskiemi (tureckiemi). Wśród 
nowowprowadzonych wyrażeń należy rozróżnić dwie grupy: 
1. wyrazy już istniejące w języku karaimskim użyte jednak 
w n o we m z n a c z e n i u, 2. wyrazy z a p o ż y c z o n e z języka 
kry m s k o-karaimskiego. Przykłady: 
1. borla caryry, dsł. 'wódka winogronowa' 24) zamiast (słow.) 
vina 'wino' (2, v. 71 :!:i), 
nisan, dsł. 'znak', zam. (słow.) cel 'cel' (3, v. 33), 
syndyryłran balcyz (savui), dsł. 'połamane gliniane naczynie' 
zam. (słow.) cerep (savul) 'czerep' (4, v. 9), 
la3łan"{an el, dsł. 'ukoronowani ludzie', zam. (hebr.) nazir(lar) 
'książęta' (4, V. 36), 
kara kus, dsł. 'czarny ptak' zam. (hebr.) n'eser 'orzeł' (4, 
v. 100), 
oiun, dsł. 'instrument muzyczny' zam. (słow.) tan'eć 'taniec' 
(S, v. 43); 
2. syryn zam. (słow.) o/en' 'jeleń' (1, v. 36), 
duvar wł
ść. 'ściana, mur' zam. (słow.) v' da 'wieża' (2, 
v. 4S), 
soba zam. (słow.) p' ec 'piec' (S, v. 27). 
Ta dążność do wyeliminowania zapożyczeń obcych nie 
jest zjawiskiem odosobnionem i indywidualnem, lecz przeciwnie 
jest ona charakterystyczna dla wszystkich tłumaczeń n a j- 
n o w s z e j daty. 


211) Że dotyczy to tylko zapożyczeń hebrajskich i słowiań- 
s k i c h, należy tłumaczyć tem, iż inne zapożyczenia (arabskie, perskie) 
nie są odczuwane jako wyrazy o b c e. 
24) Pierwotnie samo caryr oznaczało 'wino', p1"\\'. cO"{yr I/cn't' 'prasa 
do wina'. 
25) Pierwsza c
rfra oznacza rozdział, druga liczba z dodatkiem v. 
= warj an t.
		

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			PRZEKŁADY TRENÓW JEREMJASZA 


lh9 


Po tym opisie rttkopisów chciałbym krótko omOWłC 
róż n i c e, zachodzące pomiędzy poszczególnemi przekładami 
Trenów. Różnice te można podzielić na kilka kategoryj. 
1. Różnica polega tylko na szyku w y r a z ów: 
2, 1: n'eeik kararlty ccuvu była adonai, 
B n' eeik kararlty adonai acuvu była (2, v. 2). 
3, 4lJ: kaitaiyz t' eSuva była adoilat{a, 
Ł t'esuva była kaitaiYZ adonut{a (3, v. 101). 
3, 48: ias en' di' r' adir k' oz' um, 
Ł en'di'r'adir k'oz'um ias (3, v. 120). 
5, 19: duniara d' eiin' kal/'ia ms yn, 
T kal/'iamsljn duniara d' eiin' (5, v. 47) i t. d. 
2. Poszczególne wyrażenia różnią się postacią f o n e t yc z n ą 
wskutek istnienia form o b o c z n y c h : 
iaiaz, Ł ianaz 'policzek' (1, v. 13). 
k'ustun-, Ł k'ostun-, B kystun- 'westchnąć' (1, v. 24). 
ot'm'ak, T et'm'ak 'chleb' (4, v. 22). 
om'uz'd'ur-, B emiz'dir- 'nakarmić piersią' (4, v.14). 
syzłavum, T syzłavym 'moja udręka' (1, v. 119) [oboczność 
sufiksu zaimkowego -um II-ym po wargowem v]. 
asyvcu, B, Ł, T asuvcu 'przechodzień' (1, v. 83) [oboczność 
su£. -uvcu II -yvcu]. 
bo'łałmeimyn, B, Ł, T bo'łałmyimyn 'nie mogę' (1, v. 99) 
[oboczność starszej formy na -mei II młodszej na -myt], 
i t. d. 
3. Użyto różnych form m o r f o log i c z n y c h od tegoż sa- 
mego wyrazu: 
4, 12: ki k' elg' ei 'oby przyszedł', Ł ki k' eldi 'że przyszedł', 
T ki k'elir 'że przyjdzie' (4, v. 62). 
4, 17: ranuz t' elm' a'riredilar 'jeszcze spoglądali z utęsknie- 
niem', B, Ł ranuz t' elm' alr' adirlar 'jeszcze spoglą- 
dają z utęsknieniem' (4, v. 90). 
1, 13: ada'(an 'osłupiały', Ł a' defdoron 'w osłupieniu' (1, 
v. 91). 
3, 10: anldYidoron 'czatując', B anduvcu 'czatownik' (3, v. 25). 
5, 13: tasyi 'dźwigając', T ta'slJido"(on 'ts.' (5, v. 38). 
1, 16: (s'ep etivc'u) 3anymny 'pokrzepiający moją duszę', 
Ł (s'ep etivc'u) 3anyma 'dodający siły mojej duszy' 
(1, v. 108).
		

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			190 


ANANJASZ ZAJĄCZKOWSKI 


2, 4: catyrłarynda 'w jego namiotach' lub 'w ich namiocie', 
B, Ł catyrynda 'w jego namiocie' (2, v. 24). 
2, 11: ias była 'łzą' lub 'łzami' (zbiorowo), T jasłar byla 
'łzami' (2, v. 62). 
2, 15: (kaztylar) uvuClaryn 'klaskali w :swoje dłonie', 
Ł (kaztylar) uvuClarra ts. (2, v. 88), i t. d. 
4. Do wittkszych różnic należy zaliczyć użycie przez poszcze- 
gólnych tłumaczy różnych s y n o n i m ów: 
syf 'cześć, szacunek', r' orm' at' ts. (1, v. 35). 
acuv 'gniew', Ł kazir ts. (2, v. 25). 
fazyz 'grzech, występek', B, Ł g' un' az ts. (2, v. 83). 
fer 'ziemia, miejsce', B, Ł, T orun 'miejsce' (3, v. 28). 
rast 'sprawiedliwy', T t' ug' al 'doskonały' (3, v. 100). 
baszala- 'podeptać', B, Ł t'ept'ar et'- ts. (1, v. 100). 
fan- 'zapalić sitt', B kabun- 'zająć sitt (o ogniu)' (2, v. 19). 
ceipa- 'niszczyć', Ł ver'an' et'- ts. (2, v. 27, prw. tamże v. 
26, v. 33). 
salYs et'- 'myśleć', Ł fikir et'- 'myśleć' w stosunku do Boga) 
(2, v. 101). 
zet/la- 'żałować', B, Ł, T Ziayfsun- 'litować się (2, v. 105, 
126). 
bufur- 'rozkazać', B zgnlarla- ts. (o Bogu) (1, v. 73), Ł 
symarla- ts. (2. v. 104). 
kapla- 'pokryć', B korała- 'otoczyć, ukryć' (3, v. 108). 
(kol) b' er- 'dawać rttktt', Ł (koł) coz- 'wyciągać rttkę (S, 
v. 11) i t. d. 
5. Ostatnią gruptt stanowią różnice, polegające na odmien- 
nem zrozumieniu i interpretacji tekstu hebrajskiego przez 
tłumaczy: 
2, 17: 'k' ot' urd' u d' evlatin' 'podniósł jego potttgę, 
Ł " m' uv' uz' un' " "róg', 
T "basyn "" głowę, 
wszystkie te wyrażenia odpowiadają hebr. i
R 'róg' (2, uw. 106). 
2, 22: caryrdyi..., cyrara b' erdif c' uvrad' an' 'zawołałeś, szybko 
(wydałeś dookoła' (7), 
. .. korzuvlarymny c' uvr' ad' an' 'przywołałeś 
[strachy moje zewsząd", 


B 


"
		

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			PRZEKŁADY TRENÓW JEREMJA
ZA 


191 


Ł 


" 


korzuvłt.l konsułarymny c' U'lJr' ad' an' 'zwo- 
[łałeś moich strasznych sąsiadów zewsząd', 
tirilmi.
 elim' a c' uvr' ad' an' 'zawołałeś lu- 
edziom żyjącym dookoła'. 
dotyczą jednego wyrazu hebr. 'J


 (2, v. 


T 


Różnice tłumaczeń 
128). 
Szczególnie przekład B różni się od innych, autor bo- 
wiem "bakalarza" często tłumaczy pewne zwroty hebrajskie 
o b r a z o w o, a nieraz dodaje wyrazy wyjaśniające do tekstu: 
1, 17: syndyrralady Ciion k01Jlaryn 'załamywał Syjon swoje 
ręce', 
B syndyrdy Ciion ot'm'ak oz' kolu 
chleb własną ręką' (prw. hebr. 
v. 111). 
2, 2: iet' kirdi ierg' a deiin' 'wdeptał do ziemi', 
B iet' k ira di ierg' a kWJłaryn anyn 'wdeptał do ziemi me- 
wolników jej' (prw. he br. r


 
'
::r) (2, v. 12). 
2, 18: firiat etti '" adonaira kalasy ue'un'... 'wołało (serce) 
do Pana o twierdzę...', 
B firiat etti... adolzui1a v'er'an'ligi ue'un' kalasy"yn... 
'wołało do Pana z powodu zniszczenia twierdzy...' 
(2, v. 109). 
3, 20: sarynma SClrynsam 'jeżeli ustawicznie będę wspominał', 
B sa'rynsa 3anym zaualymllY 'jeżeli dusza moja wspomni 
nieszczęście moje' (prw. hebr. ,1:;'ir1 
1:i) (3, v. 51). 
: . T 
3, 41: Ik'ot'ur'aiik iur'agimiz'ni ky'iasa uvuClar us't'un'a 'pod- 
nieśmy serce nasze, jakgdyby na dłoniach', 
B Ik'ot'ur'aiik iur'agimiz'ni bulutlana 'podnieśmy serce 
nasze do chmur' (prw. hebr. C'
:;'-'N) (3, v. 102). 
'T - ., 
Niekiedy spotykamy warjanty o wręcz przeciwnem zna- 
czeniu, np.: 
3, 38: buirurundan t' en' rinin' 'cyxmeidyr ol iamanlyz, lancez 
iazsylyz 'z ust Boga n i e w y c h o d z i zło, tylko 
dobro' , 
B buiru"[undan t' u' v' ulmo iOlany t' en' rinin' cy1radyrłar ol 
iamanlyzlar da oł iazsylyzlar 'czyż nie z ust Boga 
Najwyższego wychodzą dobre rzeczy i złe rzeczy 7' 


była 'złamał Syjon 

',

 i1'
 

.

) (1,
		

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			192 


ANAN]ASZ ZA]ĄCZKOWSKI 


Rzecz godna uwagi, że tylko trzy wiersze (3, 46: S, 11. 
16) z g a d z aj ą się we wszystkich przekładach. Pozatem pa- 
nJje wielka dowolność przekładu. Jednak naogół da się zau- 
ważyć pewne podobieństwa: tekst T jest bardzo zbliżony do 
tekstu podstawowego, zaś wersja Ł często zgadza się z wer- 
sją B. 


(fel.'st jJrzekłarfu oruz słowniczek do 1/. ego uknfą się później).
		

/201.djvu

			Sprawozdania. 


Marcelle LALOU: Iconographie des e/offes peintes (pata) 
dans le Mafzjuśrlmlllakalpa. (Buddhica, Irc serie, tome VI; in-8o 
raisin), 116 p., 11 tableau x iconographiques, Paris, Geuthner, 1930. 
Parmi Ies grands traites dont l'etude est indispensable 
pour la connaissance du Bouddhisme tantrique, BURNOUF avait 
dejił signale le Mafzjzzśrftniilakalpa. Cet ouvrage, qui a ete 
publie en troi s volumes dans Trivandrum Sanskrit Series, 
est une sorte d'encyclopedie religieuse dont la redaction de- 
finitive peut se placer entre le debut du VIIlc et la fin du Xc 
siecle. Ce qui frappe le plus dans ce recueił, c'est l'impor- 
tance des rit es magiques: operations simpIes consistant dans 
la manipulation d'une substance, dans la recitation d'une for- 
mule; operations plus complexes en ce sens que le rite oral 
ou manuel ou le simple souhait doit etre accomp\i devant un 
tableau orne d'images saintes. Ces tableaux se repartissent 
en deux categories: d'une part, les pa
a sont des morceaux 
d'etoffe neuve de coton, quadrangulaires, franges, sur lesquels 
sont peints des personnages sacres avec leurs assistants, 
dans ue decor d'eau et de montagnes; d'autre part les mUl].- 
4ala, dont la composition est asservie ił des figures geome- 
triques, sont traces sur le sol au moyen de sable et de grains 
de riz teintes. MIle LALOU a extrait du Mafzjuśrlmiilakalpa Ies 
passages relatifs aux pata. Elle se propose d'etudier ensuite, 
dans une seconde monographie, les chapitres consacres aux 
mandala. 
- .Comme le texte sanskrit du Mafzjuśrfmiilakalpa est tres 
altere, ił etait indispensable de l'eclairer ił l'aide des versions 
chinoise et tibetaine. C'est de cette tache delicate que MIle 
LALOU est venue ił bout. Dans une introduction substantieIle, 
elle definit les pata, les classe en plusieurs serie s, suivant 
leur contenu et leur utilite, apporte une notable contribution 
ił leur histoire et du meme coup ił ceIle des grands Bodhi- 
sattva: Avalokiteśvara et Mai'i.juśrf. Les quatre premiers cha- 


Rocznik Oricntali.tyczu)'.; VIII. 


13
		

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			194 


SPRA WOZDANłA 


pitres du volume decrivent, d'apres le Mańjuśrlmiilakalpa, le 
pata superieur, le pata moyen, le petit pata et le pata simpli- 
fie. Entin dans un dernier chapitre tres nourri, qui gagnerait 
ił etre repris et developpe l'auteur etudie les attributs et la 
coiffure de Mai'i.juśri, compare ce grand Bodhisattva avec le 
Gandharva Paiicaśikha et le Karttikeya brahmanique et con- 
ciut de la maniere suivante: "De telles analogies ne sont pas 
tortuites. La popularite du Gandharva Pai'i.caśikha et le culte 
dll Bodhisattva Maiijuśrr paraissent deriver d'une meme source 
mythique: la croyance ił un dieu eternellement jeune. Timide- 
ment represente dans le bouddhisme du Petit Vehicule par 
Pai'i.caśikha, qui ne joue jamais qu'un role episodique, ce 
mythe a pris une importance considerable dans certaines 
sectes du Grand Vehicule. Mai'i.juśn, comme le prouvent ses 
epithetes et ses attributs, paralt bien etre l'equivalent mahaya- 
niste du Karttikeya brahmanique et du Pai'i.caśikha hi- 
nayaniste". 
Cette etude est ił la tois importante pour I'histoire de 
l'art et pour celle des religions. Tout d'abord, elle precise la 
disposition materieIle, la coloration, les attributs et les di- 
mensions relatives des personnages. Ces indications permet- 
tront de Jesoudre les problemes que posent souvent les pein- 
tures de nos collections et taciliteront notamment certaines 
identitications. En second Heu, on pourra comparer la te- 
chnique qui preside ił la contection des pata avec celle qui 
persiste dans les ecoles modernes de peinture de l'lnde, de 
la Chine et du Tibet. 
Au point de vue de I'histoire religieuse, la monographie 
des pata eclaire les tormes les plus evoluees de la magie. 
Elle reveIe en outre un pantheon bouddhique difterent de 
ceux que nous connaissions : par exemple, la s :rie des Bud- 
dha qui est peinte sur les etoffes est differente de celles 
qu'on rencontre sur les monuments et dans la litterature. Tan- 
dis que, dans I'iconographie tantrique, Mai'i.juśri tient gene- 
ralement ił la main l'epee et le livre, d'apres le Mańjuśrlmfl- 
lakalpa son seul attribut est le lotus bleu. Entin, la theorie 
de I'identite de Mai'i.juśri, de Karttikeya et de Sanatkumara 
paralt etre de grande consequence pour l'etude comparative 
des religions de l'Inde. 


Jean Przyluski. 


Origin and Growth o/ Caste in /lldia. By Nripendra Ku- 
mar DUTT. Vol. I. London, Kegan Paul, Trench, Trubner 
& Co., 1931. 
The purpose ot the present work is, as the author him- 
self states (p. VI), "to present a systematic and comprehen-
		

/203.djvu

			SPRAWOZDANIA 


195 


sive history of caste and caste-rules tracing as far as possi- 
ble the successive stages of development from the early Ve- 
dic age to recent times, and also the fundament al principles 
of social psychology which have been at work behind the 
apparently diverse and sometimes inexplicable manifestations 
of caste-spirit with regard to the various institutions of Hindu 
society" . 
Mr. DUTT, the well-known author of The Aryanisation o/ 
lndia, has undoubtedly begun an important and valuable 
study. One must be glad that after the work done by RISLEY 
and SENART native historical research should now find another 
representative (the first was S. V. KETKAR) fuli of zeal and 
industry. On the base of a close examination of old Indian 
literature (see e. g. the bibliography on pp. 294--298) Mr. 
DUTT gives us a good review of the caste (and problems 
connected therewith) in the Rigveda (pp. 37-89), during the 
Brahmana period (pp. 80-133), in the Sutras (pp. 134-254), 
in early Buddhist literature (pp. 255-279) and in Greek 
accounts (pp. 280-294). A rich and carefully arranged index 
(pp. 299-310) is added. "In this first volume the history has 
been brought down to B. C. 300, by which date the caste- 
rules had in their main outlines assumed their present shape 
but had at the same time not been influenced by the spread 
of Buddhistic principles and the clash with foreign ideas in 
Maurya and post-Maurya times" (p. VI). 
In conclusion of this short notice we cannot but repeat 
in the main (mutatis mutandis) the opinion expressed by H. 
DODwELL in his review of the English translation of SENART'S 
Les Gastes dans l'lnde: "the organization of Hindu society 
has so close and obvious a bearing on Indian political orga- 
nization that the appearance of Origin and Growlh o/ Gaste 
in lndia at the present time appears peculiarly appropriate. 
Ił were greatly to be desired that all Indians and Englishmen 
concerned with the political future of the country should 
study and meditate on the political implications of the social 
facts discussed and stated in this work". (BSOS, VI, 223). 
Eugenjusz Słuszkiewicz. 


I. KWKłN. The most ancien t mongolian inscription on the 
Kharkhira (Ghingis khan) stone. (Memoires de l'Universite 
d'Etat li l'Extreme-Orient, ser. VI, 5). Vladivostok 1927. 38 str. 
[Tytuł po angielsku i rosyjsku, tekst - rosyjski, resume - 
francuskie]. 
Jest to nowa i, powiedzmy odrazu, szczęśliwa próba 
interpretacji napłsu na słynnym "kamieniu Czyngis-chana", 


13.
		

/204.djvu

			196 


SPRAWOZDANIA 


znalezionym w samym początku XIX w. w Zabajkalu niedaleko 
od rzeczki Chorchira (w dorzeczu Argun'a) a znajdującym się 
od przeszło 100 lat w Piotrogrodzie. Już nieraz próbowano 
odczytać napis (W ANCZYKUW, ScHMIDT, BANZAROW, POZDNIEJEW), 
powstała już dość pokaźna literatura, ale kamień zazdrośnie 
strzegł powierzonego mu przez Mongołów przed 7 wiekami 
faktu, budząc powszechne zaciekawienie. Dopiero w r. 1913 
P. PELLlOT wyraził przygodnie przypuszczenie, że jest to "une 
inscription de hasard, sans caractere officiel" 1), a obecnie 
I. KLUKIN obszerną analizą i nowem tłumaczeniem jakby po- 
twierdza słuszność tego przypuszczenia. 
jak już miałem sposobność zaznaczyć 
), wszystko prze- 
mawia za tern, że I. KWKłN odgadł sekret "kamienia Czyngis- 
chana" : Mongołowie uwiecznili na nim sukces jednego ze 
swych bohaterów, który ustalił niezwykły rekord w strzelaniu 
z łuku. Pozostanie to stałą zasługą autora, ale nie ze wszyst- 
kiem w jego interpretacji można się zgodzić. 
Zniewala to mię do podania transkrypcji napisu i nowego 
jego tłumaczenia (po polsku i po francusku): 
1. CifJgis xan-i 
2. SartCl(uł irge (Klukin: erke) [dJauli3u ba1u3u 
Xamul MOfJ10ł ułus-un 
3. nojad-i (K. nojon-i) bUla ... och aj (K. 
bOltoluCilar?) zurilsan dur, 
4. jisiilJke ondudur-un lurban ja"(ud) (K. ja"(un) lućin 
tabun aldas 
5. tur ondudłala (K. ondudułula). 
"Gdy po powrocie Czyngis-chana z najazdu na naród 
Sartagulski przywódcy całego narodu mongolskiego zebrali się 
na sejm..., jisunke strzelił do mety na odległość 335 sążni 
ręcznych". 
"Lorsque Genguis-chan, ayant attaque le peuple Sartagoul 
revenu, les chefs de toute la nation mongole se reunirent... 
en diete, Yisunke tira au but [d'une distance] de 33) toises 
brassees" . 
Sartaluł irge przeciwstawia się MOfJgoł ułus : irge ozna- 
cza naród (państwo, ludzie) osiadły, ułus - koczowniczy. 
CilJgis xan-i i nojad-i oznaczają podmiot logiczny zależ- 
nych zdań, ale użycie formy accusativi może budzić pewne 
wątpliwości, co skłoniło l. KWKINA do szukania innego ujęcia 
niż moje i do nadania czasownikowi zurŹlsan znaczenia prze- 
chodniego. Tymczasem xurixu stanowi tylko rzadszą oboczną 
formę Xur axu 'zbierać się' i dopiero czasowniki pochodne 
l) J. As., juillet-aof1t 1913, 189-190. 
2) ColI. Orient., N. 4.
		

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			Kronika. 


l. Prof. Jean Przyluski w Warszawie. 
18 i 20 maja 1931 r. wygłosił w Uniwersytecie War- 
szawskim dwa wykłady pl.: Les elements IlOn-argens dans les 
langues et dans la civilisaiion de l' Inde profesor College de 
France Jean Przyluski, wybitny i wszechstronny orjentatista, 
pracujący jednocześnie w dziedzinie sinologji i indjanistyki. 
W pierwszym wykładzie prelegent oświetlił zagadnienie 
z punktu widzenia językoznawczego, ustalając następujące 
kryterja, na podstawie których wolno przypuszczać, że dane 
słowo z języka indoaryjskiego jest pochodzenia niearyjskiego: 
1° jeśli mamy do czynienia z nazwą zwierzęcia, rośliny lub 
produktu krajów podzwrotnikowych, 2° jeśli istnieje wielka 
ilość warjantów tego samego słowa i jeśli te warjanty nie 
dają się wytłumaczyć na gruncie fonetyki indoeuropejskiej, 
3° jeśli dane słowo daje się wytłumaczyć przy pomocy zna- 
nych pierwiastków niearyjskich i 4 0 jeśli w budowie morfolo- 
gicznej słowa dają się wykryć niearyjskie prefiksy, infiksy 
i sufiksy. 
Na podstawie materjału językowego odróżnia prelegent 
następujące warstwy etniczne w Indjach: 1° najstarszą warstwę 
drawidyjską, 2° mundajską, 3° austroazjatycką i 4° indoaryj- 
ską. Warstwa drawidyjska, zwana przez prelegenta paleoazja- 
tycką, jest być może zbliżona do języków elamickiego i mi- 
tannijskiego; grupa mundajska jest być może pokrewna z ję- 
zykiem sumeryjskim. Charakterystyczną cechą jezyków mun- 
dajskich jest duża rola sufiksów w przeciwieństwie do grupy 
austroazjatyckiej, którą charakteryzuje brak sufiksów i duża 
rola prefiksów. Warstwę mundajską łączy prelegent z kultami 
wegetalistycznemi, warstwę austroazjatycką z kultami tote- 
mistycznemi. 
W drugim wykładzie prelegent wykazał wpływy nie- 
aryjskie w organizacji społecznej i rodzinnej: powstanie kast, 
jako rezultat pierwotnych różnic etnicznych, powrót do zwy-
		

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			kRONIKA 


199 


czajów materjalnych, charakterystycznych dla cywilizacji 
austroazjatyckiej, matronimika (zwłaszcza w Upaniszadach), 
poliandrja (małżeństwo Draupadi) i t. d. W dziedzinie kultów 
religijnych niearyjskiego pochodzenia są obrzędy wegetalisty- 
czne, a przedewszystkiem totemistyczne, jak aśvamedha i pu- 
rll
amedha. Związków z ideami totemistycznemi dopatruje sitd 
prelegent również w indyjskiej teorji reinkarnacji. 
Wykłady prof. Przyluskiego zapoznały słuchaczy z no- 
wemi i niezmiernie ciekawe mi badaniami, rzucającemi nowe 
światło na oblicze kultury staroindyjskiej. Dodać należy, że 
praf. Przyluski jest jednym z pierwszych uczonych, którzy 
zwrócili uwagę na rolę substratu nie aryjskiego, poświęcając 
temu zagadnieniu szereg przyczynków, drukowanych po czę- 
ści w RO. 


KonsiaT/ty Regamey. 


2. Prace Edwarda Piekarskiego. 
P. Edward Piekarski spędził 25 lat na wygnaniu na Sy. 
berji, wśród Jakutów i doskonale poznał ich zwyczaje, twór- 
czość i język. Zgromadził on obszerne materjały z tej dzie- 
dziny i gdy mu wreszcie pozwolono przenieść się w r. 1905 
do Petersburga, zabrał się energicznie do ich opracowania 
i ogłaszania drukiem. 
Pomimo licznych artykułów z zakresu etnografji i folkloru 
jakuckiego - niektóre z nich ukazały się w naszem czaso- 
piśmie - przedsięwziął p. Piekarski na koszt Akademji Nauk 
w Petersburgu dwa monumentalne wydawnictwa: 
1) Próby twórczości ludowej Jakutów (06pa311bl HapO.Il.Hot1 
J1I1TepaTYpbl 5łKYTOB), zawierające teksty, zapisane przez sa- 
mego wydawcę i innych zbieraczy; w ciągu lat 1907-1916 
ukazały się trzy tomy. 
2) Słownik języka jakuckiego (CJ10Bapb STKYTCKaro ST3bIKa). 
Pierwszy zeszyt tego dzieła ukazał się również w r. 1907, 
ostatni - w końcu 1930 r. Składa się ono z 13 zeszytów, 
tworzących 3 grube tomy, i zawiera 25.000 wyrazów z ob- 
szerną frazeologją. 
Niezwykłej pracy dokonał nasz rodak, poświęciwszy jej 
50 lat swego życia. Wielkie jej znaczenie ocenił naród jaku- 
cki, wyrażając autorowi swą wdzięczność w dostępny mu 
sposób. Z prawdziwem uznaniem przyjął ją i świat naukowy, 
który może teraz oprzeć swe badania nad ciekawym językiem 
Jakutów na mocnej podstawie. 
P. Piekarski stworzył sobie monumentum aere perennius.
		

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KRONIKA 


3. Odkrycie prof. Aleksandra Freimana. 
Znany iranista p. Aleksander Freiman, profesor UnIwer- 
sytetu w Leningradzie, w czasie wyprawy naukowej do Tur- 
kiestanu rosyjskiego w 1933 r. dokonał w republice Tadżyk- 
stanu nad Zarafszanem ciekawego odkrycia. Tam w gruzach 
jakiegoś zamku znalazło się w jednem miejscu przeszło 60 
dokumentów w języku sogdyjskim, jeden w arabskim i jeden 
w chińskim. Wszystkie pochodzą z jednego okresu czasu - 
początku VIII wieku i dotyczą jednej osoby. 
Jak wiadomo, Sogdyjczycy posiadali własne państwo 
z ośrodkiem w Samarkandzie i grali wybitną rolę w stosun- 
kach między Bliskim Wschodem a Azją Srodkową i stepami 
Mongolji. W Turkiestanie chińskim posiadali liczne kolonje 
i w ich ruinach w ciągu ostatnich lat 40 znaleziono dużo za- 
bytków sogdyjskich. Dokumenty, odkryte obecnie, są pierwsze, 
które pochodzą z terytorjum rosyjskiego. Dokument arabski 
pisany na skórze; jest on najstarszym ze znanych zabytków 
tego typu. 
P. Freiman pochodzi z Warszawy. Kilka jego przyczyn- 
ków naukowych ogłosił nasz Rocznik.
		

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			s. p. 
Ksiądz Bogdan Dawidowicz. 


Bądź wierny aż do śmierci, 
a dam ci wieniec ż,l}71'ota. 
(Apoc. L. 10). 
Ksiądz B. Oawidowicz zasnął w Panu w 75 roku swego 
życia, a 51 kapłaństwa, w sanatorjum w Batowicach pod Kra- 
kowem. Zwłoki, przewiezione w ciągu nocy do Lwowa, zło- 
żone zostały w krypcie Archikatedry ormiańskiej, nazajutrz 
zaś przeniesione przy licznym udziale duchowieństwa ormiań- 
skiego i łacińskiego do Katedry, skąd w sobotę po odpra- 
wionych nabożeństwach w trzech obrządkach, mowie żało- 
bnej wypowiedzianej w Archikatedrze przez ks. Prułata Dyo- 
nizego Kajetanowicza, oraz egzekwiach również we wszyst- 
kich trzech obrządkach, odprowadzone zostały na wieczny 
spoczynek do rodzinnego grobowca na cmentarzu tycza- 
kowskim. 
Ś. p. X. Infułat Bogdan Oawidowicz urodził się w ko- 
lebce Ormian polskich w Kutach w r. 1858. Szkołę po- 
wszechną (podówczas ormiańską) skończył w mieście rodzin- 
nem, gimnazjum częściowo ukończył w Kołomyi, częściowo 
we Lwowie, gdzie po ukończeniu studiów teologicznych wy- 
święcony został w r. 1872 na kapłana przez X. Arcyb. Isaka 
Isakowicza. Po dwuletnim pobycie we Lwowie jako wikary 
katedralny, zostaje mianowany początkowo kapelanem, na- 
stępnie pierwszym proboszczem w Sucza wie na Bukowinie 
(1884-1891), gdzie obok prac we własnej parafji, rozwija 
żywą akcję nawracania schyzmatyków. Zasługi, położone na 
tern polu, jak i niezwykłe walory umysłu i serca, jakiemi się 
odznaczał ś. p. Zmarły, sprawiły, że powołano go w roku 
1892 do Lwowa na kanonika gremjalnego Kapituły ormiań- 
skiej. 
Od tego czasu odbywał stale co roku podróże do 
Francji, Włoch, Niemiec, Rumunji, Węgier, Turcji, Rosji i na 
Kaukaz, by poznać zwyczaje i życie Ormian.
		

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			202 


NEKROLOG 


Bogaty zasób wrodzonych zdolności zdobił jego ducha, 
a zapał i umiłowanie wiedzy pobudzały go ciągle do kształ- 
cenia się; tym to właśnie przymiotom zawdzięczał obszerną 
swą wiedzę i tę miłość, jaką sobie zjednał w swej dzia- 
łalności. 
Obszerniejszych dzieł Zmarły nie pozostawił. Zamieścił 
natomiast wiele artykułów i tłumaczeń z zakresu ormiańskiej 
historji i literatury w lwowskich czasopismach, głównie 
w Słowie Polskiem, Roczniku Marjańskim, w organie Archi- 
diecezjalnego Związku Ormian Posłańcu św. Grzegorza 
(1927-1932). Zagranicą pisywał po ormiańsku w filologicz- 
nym miesięczniku 00. Mechitarzystów wiedeńskich "Han- 
fes Amsorya" (Przegląd Miesięczny) i po niemiecku w czaso- 
pismach i wydawnictwach niemieckich. 
Był członkiem Komisji Orjentalistycznej Polskiej Akade- 
mji Umiejętności oraz Polskiego Towarz. Orjentalistycznego. 
W roku 1919 piastował godność prezesa Tow. Polsko-Or- 
miańskiego, współpracując WÓwczas z J. Grzegorzewskim 
i A. Gawrońskim. W czasie wojny światowej tłumaczył dzieło 
wojskowe z węgierskiego na polski. 
W latach 1920-1926 opracowywał wraz z pro£. A. Ga- 
wrońskim dzieło o języku Ormian kuckich, które mieli wspól- 
nie wydać nakładem Akademji Umiejętności; miało to być 
coś w rodzaju podręcznika prof. lipskiego uniwersytetu H. 
Hiibschmanna Die Armenische Sprache. Manuskryptu tego 
nie znaleziono niestety ani w spuściźnie A. Gawrońskiego, 
ani też ks. Dawidowicza i niewiadomo zupełnie, co się z nim 
stało. Jest to szkoda naprawdę ogromna dla nauki nietylko 
polskiej. 
Od roku 1904-1933 był Zmarły pierwszym lektorem 
języka staro- i nowo-ormiańskiego na Uniwersytecie Jana Ka- 
zimierza we Lwowie. 
Był również długoletnim dyrektorem Banku "Mons 
Pius" (w latach 1905-1912 i powtórnie od 1920
1925). Po 
śmierci X. Inf. Jakóba Moszoro otrzymał najwyższą gudność 
w Kapitule. prepozyta infułata. 
Głęboko pobożny, zgadzał się zawsze z wolą Boga; 
dolegli,wości nie brakło w jego życiu; wynikały one z dłu- 
goletniej choroby, połączonej z bezsennością. Cierpiąc, szu- 
kał lekarstwa w Bogu i modlitwie. Szczególnie w ostatnich 
miesiącach życia, kiedy choroba nerwów się wzmogła, łączył 
się coraz ściślej z Bogiem i w tern zjednoczeniu zakończył 
swe świątobliwe życie. 


Stanisław Donigiewicz. 


Adres Redakcji: Lwów, l\Iarszałkowska 1. 
W. KOTWICZ.